Les blancs, les nuls, les extrêmes... des avatars de la crise

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Reuters (Crédits : reuters.com)
Les municipales de 2014 ont conforté une tendance lourde : c'est une tendance de trente années... Le tournant de la rigueur de 1983 a créé des électeurs de gauche mécontents et installé le mot « crise ».

Chaque parti de gouvernement a connu un échec à l'élection majeure suivante. Chaque élection présidentielle a conforté les votes blancs et nuls et les votes extrêmes à tel point que les partis de gouvernement sont minoritaires au premier tour. Le vote contestataire, culturellement ancré en France, devient la règle, notamment aux élections européennes.

Le Front national symbolise la permanence de ce vote. Dominique Reynié (L'Express, 22 mars 2004) relevait déjà que le vote FN ouvrier passait de 19% à 26% entre les présidentielles de 1995 et celles de 2002 : ses électeurs « appartiennent principalement aux catégories sociales les plus exposées à la crise ».

Les catégories sociales exposées à la crise concernent essentiellement l'industrie, et donc les hommes. Il faut comparer l'affaiblissement du poids de l'industrie (23% de la richesse nationale en 1980, 12,5% en 2011), la baisse de l'emploi manufacturer (19% en 1996, 13,5% en 2013) avec la hausse des voix du FN. Ce sont les campagnes et les villes moyennes qui sont concernées par les plans sociaux, c'est la carte du vote FN. Les grandes villes sont « gentrifiées » (population aisée), tandis que les banlieues concentrent les ZUP et ZEP à revenus plus faibles que ceux des ouvriers.

La fermeture de l'usine de Florange (maire FN dans la commune concernée, Hayange) et la hausse du vote FN à Fessenheim (projet de fermeture de la centrale nucléaire) sont des symboles forts. Le vote FN est considéré comme un vote raciste. Peut-être en partie.

C'est surtout un vote de « gens qui veulent bosser ». Il compte dans ses rangs de nombreux délégués syndicaux, d'anciens votants PS, PC. Au point où en est le FN, et compte tenu de la désindustrialisation en cours doublée d'une transition énergétique annoncée et pleine d'incertitudes, la question est de savoir quel serait le plafond de voix du FN.

La réponse à la montée du FN est double et connue. Depuis quarante ans, la France est en crise dans son discours. Elle ne développe pas de vision. Plutôt que de pleurer sur le passé, il faut construire l'avenir à défaut de le subir. Depuis de Gaulle, qui utilisait ce mot pour galvaniser les Français, la France ne parle plus de « nation ». C'est plus qu'un mot, c'est un liant, une adhésion. Un peu de prospective ne ferait de mal à personne...

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

 

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Commentaires
a écrit le 27/04/2014 à 17:25 :
Ils vont constater la confiance que les français ont dans des incapables qui se sucrent.
Maintenant de manière déguisé le PS va vendre ALSTOM.
Comment appelle t on ces politiques?
Réponse de le 28/04/2014 à 9:04 :
Lirema prochaine chronique : "sortez la tête du silo !"
a écrit le 27/04/2014 à 9:23 :
Avec la fusion progressive du PS et de l'UMP sur chaque thème politique et économique,il va devenir hasardeux voir approximatif de parler d’extrême droite en France,l'orientation c'est une nouvelle droite mondialiste,atlantiste et accessoirement européenne en devenir, vas-y ma cocotte enfume moi tous ces blaireaux du dimanche.
a écrit le 25/04/2014 à 13:03 :
L' UE a favorisé le désintérêt de nos concitoyens vis a vis du "politique local" parce que toute harmonisation, en Europe, imposée des décisions non démocratique (directives), venant du sommet de la pyramide du pouvoir!

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