Sortez la tête du silo !

 |   |  440  mots
Reuters
Reuters (Crédits : reuters.com)
Lorsque tous les avis convergent, c'est que l'on fait fausse route ou, tout au moins, on peut être certain qu'il existe une autre manière de voir les choses.

Tout exercice de prospective qui va dans ce sens est concluant : en 2006-2008, on ne parlait que du Hubbert's Peak (basculement de la production de pétrole vers sa disparition) vers 2015-2020 et l'on s'inquiétait de la fin du pétrole. Aujourd'hui le Peak est oublié, on croule sous les énergies carbone ! C'est l'esprit de silo.

Et un silo, c'est vertical et se remplit par le sommet. Le 16 avril, Manuel Valls annonce un programme de réductions de dépenses que n'aurait pas renié François Fillon. La faiblesse des marges de manoeuvre possibles n'aurait offert aucune autre possibilité ! Typiquement, le monde politique français sort d'un moule unique, un silo rempli par le sommet...

Pourtant, l'Allemagne, le Canada, la Suède, le Royaume-Uni, etc., ont mis en oeuvre quatre programmes de réductions de dépenses différents ET efficaces. C'est l'esprit de silo que l'on appelle en politique la pensée unique.

Troisième exemple de l'esprit silo. Les rues des villes françaises, notamment celles de Paris, sont organisées en séparation des modes de transport. La voiture a sa voie (avec les motos), le bus a la sienne, le cycliste aussi.

Par exemple, les pistes cyclables longent des trottoirs et sont protégées de bornes en granit encadrées par des piles en plastiques blanches comme on en trouve dans nos vertes campagnes. Chacun est roi dans sa voie.

En mars 2014, la hausse de mortalité sur les routes est attribuée au temps doux, versus la neige de 2013 qui avait diminué les déplacements. Mais celle des cyclistes et des piétons n'entre pas dans le silo, elle est inquiétante. Ces voies illustrent l'esprit de silo : imaginer uniquement ce moyen de déplacement dans les villes. En supprimant les voies exclusives, le «c'est ma voie» devient «c'est notre voie». La responsabilité est partagée. Briser l'esprit silo est délicat.

En prospective comme en bien d'autres domaines, plus on implique les parties prenantes, plus des solutions nouvelles apparaissent et le silo se brise de lui-même. Si la pensée en silo est le privilège du XXe siècle, sa rupture est celle du XXIe. La pensée en silo, verticale et remplie par la tête, n'a plus sa place aujourd'hui. La pensée collaborative, horizontale, aide à casser les silos, à «désiloter». Sinon, la R&D ne rencontrera jamais le marketing... Rappelons-nous : lorsque tous les avis convergent, c'est inquiétant, il faut casser le silo !

Je repars en plongée.

_______

L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/05/2014 à 15:17 :
ce qui es dénoncé, c'est le conformisme, le panurgisme, le bandwagon, l'étroitesse d'esprit, les idées reçues. c'est ça ?
je ne comprends pas bien les deux premiers exemples. vous avancez des "faits" qui viendraient démentir la pensée silo, ou bien vous dites que l'abondance des énergies carbone et les exemples des 4 pays cités sont aussi des idées reçues résultant de la pensée silo ? cela me semble pas clair.
- affirmer que l'on croule sous les énergies carbone, c'est fiable ?
- affirmer que les réductions de dépenses ont été efficaces dans chacun des 4 pays cités, c'est fiable ? ces affirmations ne sont pas de la pensée silo ?
Réponse de le 06/05/2014 à 12:33 :
Oui : il n'y a plus de perspective à moyen terme de fin des énergies carbone alors que l'on pensait aller vers leur fin en 2006/2008
Oui, ces 4 pays ont fait d'autres réformes que celles faites par la France dont la pensée unique dit qu'il n'y a pas le choix

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :