L'été de la "Grande Transition"

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Au dernier étage du bâtiment Charlemagne, où il occupe un bureau provisoire en attendant son entrée en fonction le 1er novembre, Jean-Claude Juncker prépare un plan d'investissement géant dont la mise en musique pourrait être confiée au prochain commissaire français, Pierre Moscovici.
Au dernier étage du bâtiment Charlemagne, où il occupe un bureau provisoire en attendant son entrée en fonction le 1er novembre, Jean-Claude Juncker prépare un plan d'investissement géant dont la mise en musique pourrait être confiée au prochain commissaire français, Pierre Moscovici. (Crédits : reuters.com)
Nous avons abordé l'été dans une atmosphère pour le moins confuse. Les eurosceptiques venaient de faire une entrée en force au Parlement européen. La domination allemande dans les affaires européennes rabattait la raison économique au respect d'une poignée de règles juridiques.

À Paris, le président Hollande vacillait sous la poussée des « frondeurs ». Et en Ukraine, on ne parlait encore que de « crise ». Cette rentrée offre un tableau plus clair, à défaut d'être plus rassurant.

La scène macabre des victimes du vol de la Malaysian Airlines, abattu dans l'est de l'Ukraine, marque e basculement possible de l'Europe dans une guerre avec la Russie.

« Le point de non-retour est déjà atteint », a dit samedi 30 août à Bruxelles le président ukrainien Piotr Poroshenko. Même si Vladimir Poutine semble calmer le jeu, la sécurité ne figure plus seulement en tête de l'ordre du jour ukrainien, mais de tout le Vieux Continent, avec d'inévitables effets dépressifs sur l'économie.

Au Parlement, les eurosceptiques ont fait flop

Désunis, ils pèseront essentiellement par la pression qu'ils exercent au niveau national. À Bruxelles, le modus operandi des deux grands partis politiques européens, sociaux-démocrates et les conservateurs, ne changera pas, comme le montre le jeu des nominations qui se terminera avec la formation de la Commission Juncker autour du 9 septembre.

L'Europe restera gouvernée au centre sous l'égide du triumvirat formé par un libéral polonais, Donald Tusk, à la présidence du Conseil européen, une sociale-démocrate italienne, Federica Mogherini, devenue haute représentante de l'Union européenne, et d'un social-chrétien luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, à la tête de la Commission.

Sur le front économique, après deux ans de palabres sur la réforme des règles qui fondent l'union monétaire, le moment est venu de parler chiffres. C'est la revanche des économistes sur les juristes.

Au dernier étage du bâtiment Charlemagne, où il occupe un bureau provisoire en attendant son entrée en fonction le 1er novembre, Jean-Claude Juncker prépare un plan d'investissement géant dont la mise en musique pourrait être confiée au prochain commissaire français, Pierre Moscovici. S'il tient son engagement de débloquer 300 milliards d'euros en trois ans, ce sont 2,3% du PIB qui seront investis dans la machine, environ 0,7% par an. Le coup de sifflet est venu de Jackson Hole.

Lors de la réunion annuelle des banquiers centraux en août, Mario Draghi n'a pas parlé d'union bancaire ou de stabilité financière... mais de l'emploi.

« Les risques de faire trop peu - autrement dit que le cycle de chômage devienne structurel - contrebalance celui de faire trop, autrement dit des hausses de salaires trop élevées et des pressions sur les prix », a-t-il déclaré.

S'il ne faut pas trop attendre du Sommet sur la croissance et l'emploi du 6 octobre en Italie, le Conseil européen de novembre dira si l'axe Paris-Rome-Francfort permettra de faire plier Berlin.

Le « Bad Godesberg » français

À Paris, la formation d'un gouvernement Valls 2 excluant l'aile gauche du PS sonne comme un « Bad Godesberg » français, cinquante-cinq ans après celui des sociaux-démocrates allemands. Au risque de faire exploser le parti. Sans le virage annoncé par le binôme Draghi-Juncker, le président Hollande aurait-il pu se permettre de le courir ?

Au total, nous voici donc avec une guerre, l'ébauche d'un plan Marshall, le retour en force de l'Alliance atlantique face à la Russie et un système démocratique européen renforcé... par sa propre contestation, ce qui est un signe de maturité.

L'été 2014 restera donc comme celui d'une « Grande Transition » commencée après la guerre froide, quand on pensait encore que les puissances asiatiques étaient fongibles dans le bloc occidental et capitaliste, et que l'on pouvait fonder une union monétaire sur des règles de discipline, sans institutions fédérales.

« Nous entrons dans un nouveau monde », disait récemment un ambassadeur européen.

La question est de savoir lequel...

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Commentaires
a écrit le 10/09/2014 à 15:02 :
Les années 14 et 15 d'un siècle sont souvent le théâtre d'évènements importants, même en ne considérant que des dates françaises :
1214 : Bouvines
1515 : Marignan
1715 : Mort de Louis XIV
1814 : Déposition de Napoléon Ier
1914 : Première guerre mondiale
a écrit le 09/09/2014 à 10:57 :
Nous entrons dans le monde de la peur pour le peuple... Le cynisme pour les élites...

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