La concurrence passe au « régime Margrethe »

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Margrethe Vestager, ancienne ministre de l'Économie et de l'Intérieur du Danemark.
Margrethe Vestager, ancienne ministre de l'Économie et de l'Intérieur du Danemark. (Crédits : Reuters)
« Elle a été excellente, au-dessus du lot », commente l'eurodéputée Sylvie Goulard. La nouvelle tsarine de la concurrence a laissé les députés européens bouche bée lors de son audition. Et une fois qu'elle aura pris en main le plus puissant des leviers du pouvoir bruxellois, la direction générale de la concurrence, il y a peu de chances pour que Margrethe Vestager passe inaperçue.

À Copenhague, cette économiste de 46 ans est une star. « La femme forte du gouvernement c'était elle », assure une journaliste. Elle, plus encore que « Helle » Thorning-Schmidt, Première ministre sociale-démocrate d'un petit pays de cinq millions d'habitants, connue de la planète entière depuis son selfie avec le président Obama. « Il fallait qu'une des deux s'en aille ».

« Une main de fer dans un gant de velours »

Devenue députée du parti social-libéral (centriste) à 33 ans, alors qu'elle a déjà deux ans d'expérience gouvernementale derrière elle comme ministre des Cultes, Margrethe Vestager en prend la présidence six ans plus tard. Elle revient au gouvernement en 2011 quand les sociaux-démocrates demandent l'appui de son parti, social-libéral, pour former une coalition de centre-gauche. Elle sera très vite précipitée dans le maelström de la crise de l'euro... alors même que le Danemark s'est refusé à l'adopter.

Au cours du très agité premier semestre 2012, elle préside le Conseil des ministres des finances. « Une main de fer dans un gant de velours », se souvient un diplomate. Le corps de presse bruxellois découvre son anglais parfait, son sourire ravageur, cette allure juvénile - coupe garçonne, regard clair et silhouette de sylphide -qui donne au charme plus maternel de son ancienne patronne sociale-démocrate un côté désuet et bourgeois.

Un libéral-pragmatisme mâtiné de rigueur nordique

Devant les députés, elle a répété quatre fois son credo :

« Neutralité, impartialité et rigueur. »

On s'imagine mal plaider, contre elle, pour plus de partialité et d'amateurisme. Parfait, mais comment voit-elle le boulot, en pratique ? Car si la politique de la concurrence de la Commission repose sur le droit et des analyses de marché fouillées, elle repose également sur des choix politiques forts, comme celui fait par son prédécesseur Mario Monti, de s'attaquer à Microsoft en lui infligeant une amende d'un demi-milliard d'euros. Aujourd'hui, c'est Google qui est dans le collimateur de la Commission. Déviera-t-elle de la ligne fixée par son prédécesseur, le socialiste espagnol Joaquin Almunia, critiqué pour avoir recherché à tout prix un règlement amiable ?

« Je n'hésiterai pas à remettre en question le comportement des acteurs dominants qui écrasent leurs concurrents plus petits », en particulier dans le secteur de l'énergie et du numérique, s'est-elle contentée d'indiquer.

« Elle m'a rappelé Monti. Elle ne se fera pas bouffer par les services », prévoit Sylvie Goulard.

Mais que l'on ne compte pas sur elle pour verser dans la nostalgie d'un monde industriel dépassé, ou opposer politique industrielle et politique de la concurrence.

Quelques jours avant sa prise de fonction, cette fan de twitter retweetait depuis son compte la photo d'une planche de BD de science-fiction des années 1960, Our New Age. Le commentaire : « Amazing sixties : Predictions about satellites, Email and the Internet. »

Le passé est touchant en ce qu'il annonce l'avenir, mais pas le présent qui ne serait que nostalgie du passé.

Le 1er novembre, la Danoise s'est mise au travail. En attendant de trancher le cas Google ou de boucler les enquêtes sur les manipulations de cours sur les marchés des changes ou des matières premières, elle a un menu problème à résoudre. Son cabinet est le seul qui souffre d'un sérieux déficit de parité : au dernier décompte, il ne comptait que six hommes sur quinze.

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Commentaires
a écrit le 12/11/2014 à 11:25 :
Inutile de dire que ce processus "nordique" n'entrera jamais en application en France ! Notre "Modèle Français" nous prouve que nos initiatives, émanant de notre "incroyable talent", engendre des résultats bien supérieurs............ y a qu' a voir notre état de délabrement.......
a écrit le 11/11/2014 à 23:31 :
Promotion Bilderberg Meeting du 29 mai 2014...comme Macron
a écrit le 11/11/2014 à 20:24 :
Le libéralisme et la concurrence peuvent trouver pleinement leur voie à partir d'un nouvel impôt sur les sociétés et le commerce. Il faut séparer le système de l'impôt, de la même façon que nous avons séparé les banques d'investissement des banques de gestion. L'impôt sur les revenus des entreprises tel qu'il est conçu actuellement n'est plus adapté à cause de toutes les possibilités qu'offrent montages fiscaux de détournement. Une gestion régulée du fonctionnement des états en parallèle d'un libéralisme commercial cela est possible avec un autre système de prélèvement.
Réponse de le 28/11/2014 à 15:36 :
C'est vraiment n'importe quoi.
Les banques ont séparé les banques d'investissement des banques de gestion ?
Dans quel pays vivez vous ?
Vous préconisez une enième usine a gaz ?
a écrit le 11/11/2014 à 17:16 :
"Au dessus du lot", "la nouvelle tsarine de la concurrence"…. la presse atlantiste avec ses épithètes des années 20, garde toujours une odeur de naftaline ….

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