L'investisseur doit-il s'inquiéter de la chute du prix du pétrole ?

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(Crédits : Reuters)
Les prix des matières premières, notamment celui du pétrole brut, ont atteint leurs plus bas niveaux depuis des années. Une dépréciation qui complique la stratégie des entreprises du secteur mais offre aussi l'occasion de faire des affaires ,expliquent les analystes de L'Investisseur Français (*).

Cette fois-ci, ça y est : avec l'onde de choc qui s'étend autour de la chute des prix du baril et des matières premières, abdications et opportunités sont de retour.

Les producteurs sont pris entre deux feux : d'un côté la remontée des taux, de l'autre la baisse du cours des ressources qu'ils extraient. Ceux qui marchaient sur le fil du rasoir éprouveront des difficultés à refinancer (sauf à signer pour des termes usuriers), tandis que la capacité de survie des autres sera sérieusement amputée. Bref, les lendemains s'annoncent difficiles.

Propriétaires d'entreprises fortement endettées avec des chiffres d'affaires de haut de cycle, bonne chance : le retour à la moyenne (un fondamental des marchés financiers et des affaires terrestres en général) s'annonce impitoyable. Nous ne sommes pas les seuls à avoir prévenu du danger, et crions au loup depuis des mois. Qui peut encore se dire pris par surprise ?

La catastrophe est bien entamée

Après les premières secousses du début de l'été 2014, le sol s'est effectivement dérobé sous les pieds des foreurs et des mineurs (et des pays producteurs). La catastrophe est déjà bien entamée, et dans son sillage sont apparues les premières pistes d'investissements potentielles : il s'agira ces prochaines semaines d'être alerte, rationnel et courageux.

Une première option (idéale) est de rechercher des entreprises de qualité injustement punies par la chute des cours des matières premières.

C'est à dire, des entreprises dont on peut intuitivement supposer qu'elles souffrent ou souffriront de ladite chute des cours (à première vue, et c'est justement ce qu'anticipe le marché), mais dont l'étude approfondie ne révèle en fait qu'une très modeste exposition.

Répétition d'un partition déjà jouée avec succès

L'un des membres de l'équipe pense par exemple à cette (très spéciale) entreprise industrielle, plate-forme d'acquisitions assumée (spectaculaire croissance du chiffre d'affaires et des profits à l'appui) avec devant elle de gigantesques opportunités de consolidation, derrière elle un actionnariat d'élite (indice : deux familiers de Berkshire Hathaway sont au capital) et aux commandes deux entrepreneurs/investisseurs au curriculum hors du commun - qui d'ailleurs n'en sont pas à leur coup d'essai.

Car ce qu'on tient ici, c'est (peut-être) la répétition ambitionnée d'une partition déjà jouée avec un immense succès (voir la performance boursière du conglomérat Danaher), ancienne (et récente) coqueluche des marchés brutalement délaissée depuis la chute du prix du baril, et cotée en Bourse à moins de dix fois les profits, soit une potentielle fenêtre d'opportunité d'une nature similaire à ce que nous présentions dans cet article.

Autre opportunité potentielle :  le (en quelque sorte) GDF-Suez de nos voisins belges : une déception sans fin pour tous les "bons pères de familles" qui fantasmaient une rente (en dividendes) tranquille et sans histoire.

Plus d'argent a été perdu à la poursuite d'un dividende qu'au bout portant d'une arme à feu... Le vieux dicton boursier a décidément la dent dure.

Un complexe assemblage d'acquisitions en série

L'entreprise en question est aujourd'hui le produit d'un complexe assemblage d'acquisitions en série - stratégiquement valables, mais hélas tragiquement surpayées. Diversifiée partout, concentrée nulle part : on connaît la chanson, et l'inévitable sanction.

Confrontée à une succession de difficultés sur la majeure partie de ses activités, le management d'autrefois a consacré (plutôt englouti) les cash-flows de ses meilleures divisions à supporter les pires.

Aberration suprême : le dividende a été maintenu envers et contre toute rationalité «grâce» au recours à l'endettement, un peu comme chez Total - mais (encore une fois) là n'est pas le sujet.

Le ralentissement économique post-2008 n'a pas non plus manqué de sévèrement punir le business, et par extension d'appauvrir toujours davantage des actionnaires déjà esseulés. Si bien que plus personne ne veut désormais entendre parler (en bien) d'un investissement dans l'entreprise en question - nos amis Belges du club nous l'ont d'ailleurs confirmé.

L'arrivée d'un entrepreneur de légende

Pourtant, le management a dès 2011 commencé à exécuter un plan rationnel et cohérent (enfin !) de recentrage autour des activités les plus rentables. En 2013, un entrepreneur de légende (mais discret, car fanatique du secret) est arrivé aux commandes de l'entreprise.

Indice : ce n'est pas la première fois que nous parlons de lui, et c'est l'un des derniers investissements de notre société.

Étrangement, il semblerait que l'arrivée de ce personnage hors-pair soit passée superbement inaperçue... Ce qui n'empêche pas notre business de faire feu de tout bois. Dans le jargon de l'IF : voilà une affaire qui pulse !

Deuxième option pour travailler dans le contexte déprimé d'aujourd'hui : on peut (mais c'est possiblement plus risqué) assembler un portefeuille diversifié de grosses décotes parmi les meilleurs producteurs dans leurs secteurs respectifs. Par exemple, Tourmaline Oil, Apache, Bellatrix, Penn West, WPX, Chesapeake, etc.

Avec cette dernière formule, la récompense est potentiellement significative, mais le risque de perte de capital existe.

Investir dans des entreprises de service/support à la production

Troisième option pour investir efficacement : choisir parmi ces quelques entreprises de service/support à la production assises sur un avantage concurrentiel majeur, et dotées d'excellents bilans (important : dans un bas de cycle, il ne s'agit pas de prospérer mais de survivre) et de non moins excellentes positions compétitives.

Par exemple, en lien avec le pétrole, et sous certaines conditions : National Oilwell Varco, Distribution Now, TGS-Nopec, etc. Précisons que l'IF n'est actionnaire d'aucune des trois entreprises nommées, ni n'envisage de le devenir (sauf développement décisif).

Accessoirement, au sujet de l'un des derniers investissements communs à tous les auteurs de l'IF, le gag est que, pour la deuxième fois de l'année (après Phillips 66), Warren Buffett rejoint l'équipe sur l'un de ses investissements préférés.

L'annonce de sa prise de participation a beau avoir immédiatement fait  flamber le cours, l'opportunité reste réelle - cf. notre analyse complète du dossier.

>> (*) Pour aller plus loin, retrouver toutes les analyses de L'Investisseur Français sur son site.

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Commentaires
a écrit le 28/01/2016 à 17:08 :
Bonjour !
a écrit le 16/12/2015 à 9:13 :
L'arrivée de Luc Tack à la tête de Tessenderlo a été remarquée depuis longtemps et il est faux de dire qu'en Belgique, plus personne ne veut investir dans cette société. Soi dit en passant, vous devriez peut-être être plus discrets quant aux infos que vous diffusez gratuitement sur le net sur les sociétés dans lesquelles vous investissez, parce que ces simples informations permettent de détecter très facilement non seulement Tessenderlo mais aussi Colfax. Un peu de respect pour ceux qui vous achètent un abonnement me semble être un minimum et sacrifier ce respect au profit d'une démarche purement commerciale est vraiment déloyal de votre part.
a écrit le 15/12/2015 à 8:04 :
Dire que les experts prédisaient un baril à 200 dollars sans espoir de baisse il y a seulement 1 an et demi !

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