UberPOP : quelle vie de chauffeur après l'UberPSCHITT ?

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Même si tous n'étaient au diapason de leurs représentants vis-à-vis du service UberPOP et de ces particuliers qui, en utilisant leur véhicules personnels, sans licence et sans charge, constituaient une concurrence impossible à contrer, au sens économique au moins, le fait est que les chauffeurs de taxi ont obtenu gain de cause.
Le 3 juillet dernier, à l'issue d'opération de blocage, parfois musclées, vis-à-vis des conducteurs UberPOP, voire des utilisateurs de l'application du même nom, les chauffeurs de taxi ont été entendu par les pouvoirs publics qui ont mis Uber sous pression d'un point de vue juridique.
Après avoir tenté de résister, Uber a joué la carte de l'apaisement et a suspendu UberPOP en attendant la décision du Conseil constitutionnel sur la légalité des services du type de ceux d'UberPOP qui doit intervenir en septembre. La société a donc suspendu son service UberPOP qui était utilisé par 500.000 personnes et comptait jusqu'à 10.000 chauffeurs (sources Uber), dont près d'une centaine rien qu'à Bordeaux selon nos informations (non confirmées par Uber).
Un mois et demi après, que sont devenus ces conducteur UberPOP ? Nous en avons retrouvé deux... désormais chauffeurs VTC.
"Le coup a été rude pour beaucoup de conducteurs qui ont dû arrêter du jour au lendemain. Certains d'entre nous ont vu dans cette activité l'opportunité de faire même mieux qu'un job permettant d'arrondir les fins de mois. Il faut reconnaître qu'Uber nous a tous très bien accompagné, nous a conseillé après l'arrêt d'UberPOP mais beaucoup avaient commencé à planifier leur avenir via cette activité, parfois même investi, notamment dans des voitures, surtout les jeunes pour qui UberPOP constituait un tremplin vers d'autres projets entrepreneuriaux."
Romain a été dans ce dernier cas. "Moi, à 28 ans, je rêvais d'acheter un terrain et d'y cultiver du safran pour le marché de la gastronomie bordelaise, une idée que je n'ai d'ailleurs pas abandonné. UberPOP, pour moi qui travaillait au service d'une personne handicapée le reste du temps, c'était un bon moyen de mettre de côté l'argent de l'apport nécessaire pour concrétiser."
Entamée fin janvier 2015, sa "carrière" qui s'est achevée en juillet avec l'arrêt d'UberPOP lui a permis de réaliser environ 1.600 courses.
Mais aussi de se prendre de passion pour le métier.
Serein parce que cette passion est aussi devenu son principal métier aujourd'hui. "Je suis chauffeur VTC pour une société bordelaise qui ne travaille que pour l'application UberX. Je suis salarié, je dispose d'une voiture prêtée, j'ai un salaire et des horaires fixes. Contre les VTC, qui sont tout à fait légaux, les taxis ne peuvent rien dire."
Pas sûr si l'on en croit Jean-Sébastien, un autre ancien UberPOP, lui aussi devenu chauffeur VTC depuis quelques mois.
Après avoir investi dans une berline BMW, 3.000 euros dans une licence et choisi de payer 120 euros d'assurance par mois, il réalise environ 2.500 euros de chiffres d'affaires mensuel.
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Bloqué par des taxis bordelais il y a quelques jours, Jean-Sébastien a envoyé un courrier en recommandé au préfet pour l'en avertir. "Les taxis m'ont dit qu'il allaient casser les VTC, qu'ils prévoient des actions contre les VTC en septembre. Je connais les méthodes des plus durs d'entre eux. J'avoue que quand j'étais UberPOP, j'ai acheté la paix en échange d'un vrai travail de collaboration. Je devais communiquer à certains taxis toutes les informations communiquées par Uber à ses chauffeurs... je n'en suis pas fier, Uber est d'ailleurs au courant et je m'en suis expliqué avec eux, mais j'avais accepté après un blocage place de la Comédie, particulièrement rude."
Bloqué à sept reprises depuis qu'il est VTC, Jean-Sébastien n'en a donc pas fini avec certains des taxis les plus agressifs vis-à-vis d'une concurrence qu'il commence, lui-même, à redouter à son tour...
Pascal Rabiller