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UberPOP : quelle vie de chauffeur après l'UberPSCHITT ?

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 20 août 2015 à 12:35 - Mis à jour le 21 août 2015 à 12:39

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le 3 juillet dernier, après des mois de tensions entre les taxis et les particuliers utilisant l’application UberPOP, pour transporter d’autres particuliers en pratiquant des prix beaucoup moins élevés, la société Uber suspendait ce service jugé illégal par les autorités. Que sont devenus les conducteurs UberPOP ? certains ont disparu du métier, d'autres, au contraire, ont choisi de poursuivre en basculant vers l'activité VTC. Exemple à Bordeaux avec deux d’entre eux.

Même si tous n'étaient au diapason de leurs représentants vis-à-vis du service UberPOP et de ces particuliers qui, en utilisant leur véhicules personnels, sans licence et sans charge, constituaient une concurrence impossible à contrer, au sens économique au moins, le fait est que les chauffeurs de taxi ont obtenu gain de cause.
Le 3 juillet dernier, à l'issue d'opération de blocage, parfois musclées, vis-à-vis des conducteurs UberPOP, voire des utilisateurs de l'application du même nom, les chauffeurs de taxi ont été entendu par les pouvoirs publics qui ont mis Uber sous pression d'un point de vue juridique.
Après avoir tenté de résister, Uber a joué la carte de l'apaisement et a suspendu UberPOP en attendant la décision du Conseil constitutionnel sur la légalité des services du type de ceux d'UberPOP qui doit intervenir en septembre. La société a donc suspendu son service UberPOP qui était utilisé par 500.000 personnes et comptait jusqu'à 10.000 chauffeurs (sources Uber), dont près d'une centaine rien qu'à Bordeaux selon nos informations (non confirmées par Uber).
Un mois et demi après, que sont devenus ces conducteur UberPOP ? Nous en avons retrouvé deux... désormais chauffeurs VTC.

"Le bip bip de l'appli était comme une drogue"

"Le coup a été rude pour beaucoup de conducteurs qui ont dû arrêter du jour au lendemain. Certains d'entre nous ont vu dans cette activité l'opportunité de faire même mieux qu'un job permettant d'arrondir les fins de mois. Il faut reconnaître qu'Uber nous a tous très bien accompagné, nous a conseillé après l'arrêt d'UberPOP mais beaucoup avaient commencé à planifier leur avenir via cette activité, parfois même investi, notamment dans des voitures, surtout les jeunes pour qui UberPOP constituait un tremplin vers d'autres projets entrepreneuriaux."
Romain a été dans ce dernier cas. "Moi, à 28 ans, je rêvais d'acheter un terrain et d'y cultiver du safran pour le marché de la gastronomie bordelaise, une idée que je n'ai d'ailleurs pas abandonné. UberPOP, pour moi qui travaillait au service d'une personne handicapée le reste du temps, c'était un bon moyen de mettre de côté l'argent de l'apport nécessaire pour concrétiser."
Entamée fin janvier 2015, sa "carrière"  qui s'est achevée en juillet avec l'arrêt d'UberPOP lui a permis de réaliser environ 1.600 courses.

"La demande des clients était énorme. En dehors de mon travail d'assistant d'une personne atteinte de myopathie, il m'arrivait de rester connecté en permanence pour réaliser environ 50 courses par semaine. Le revenu des courses et les primes à la course attribuées par Uber pour nous motiver à rester disponibles sur l'application m'ont permis de gagner environ 2.000 euros nets par mois."

Mais aussi de se prendre de passion pour le métier.

"Plus serein depuis que je suis VTC"

"J'ai un bac S en poche, j'ai toujours travaillé dans le service. Aussi, j'ai adoré cette période pendant laquelle le bip bip de l'application signalant une demande de course était comme une drogue. Même si elle a été rendue difficile par les coups de force des taxis. J'ai été agressé trois fois physiquement, ce qui a entraîné une riposte de ma part qui me vaut un procès pour agression... intenté par mes agresseurs... On m'a crevé cinq pneus, ma Mégane rouge, sans doute trop facilement repérable, a été rayée. Il ne faut pas généraliser, beaucoup de taxis, même chez ceux qui souffrent le plus de la concurrence, refusent la violence et ne se reconnaissent pas dans les actions les plus dures. Bref, la pression, surtout dans les derniers temps, a été très dure. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus serein..."

Serein parce que cette passion est aussi devenu son principal métier aujourd'hui. "Je suis chauffeur VTC pour une société bordelaise qui ne travaille que pour l'application UberX. Je suis salarié, je dispose d'une voiture prêtée, j'ai un salaire et des horaires fixes. Contre les VTC, qui sont tout à fait légaux, les taxis ne peuvent rien dire."

"Finalement, j'ai été soulagé quand UberPOP s'est arrêtée !"

Pas sûr si l'on en croit Jean-Sébastien, un autre ancien UberPOP, lui aussi devenu chauffeur VTC depuis quelques mois.

"Moi aussi j'ai travaillé avec UberPOP pour arrondir mes fins de mois. C'était en octobre 2014. Je cumulais trois emplois à ce moment-là et les courses me rapportaient jusqu'à 700 euros nets par semaine. Mais quand les taxis ont commencé à être agressifs, j'ai senti le coup venir et j'ai passé une licence VTC en janvier dernier. Avant l'arrêt de UberPOP, à partir du mois d'avril, j'étais déjà passé dans le camp des VTC... etdès lors, je dois bien l'avouer, je trouvais que le système UberPOP, qui avait pourtant été le mien au début, représentait vraiment une concurrence déloyaleet j'ai été soulagé quand il a été suspendu !"


Après avoir investi dans une berline BMW, 3.000 euros dans une licence et choisi de payer 120 euros d'assurance par mois, il réalise environ 2.500 euros de chiffres d'affaires mensuel.

"Je gagne, grâce notamment au système de prime à la course versée par Uber, sensiblement la même chose qu'avec UberPOP, mais je fais moins d'heures puisque je suis connecté 2 à 4 h par jour et puis je suis dans une légalité... Ce qui n'empêche cependant pas d'avoir des problèmes avec les taxis."

Les ex-UberPOP découvrent... la concurrence

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  • Uber se fait tirer les oreilles par le préfet à Bordeaux
  • Bordeaux : Uber mobilise mais divise aussi les taxis

Bloqué par des taxis bordelais il y a quelques jours, Jean-Sébastien a envoyé un courrier en recommandé au préfet pour l'en avertir. "Les taxis m'ont dit qu'il allaient casser les VTC, qu'ils prévoient des actions contre les VTC en septembre. Je connais les méthodes des plus durs d'entre eux. J'avoue que quand j'étais UberPOP, j'ai acheté la paix en échange d'un vrai travail de collaboration. Je devais communiquer à certains taxis toutes les informations communiquées par Uber à ses chauffeurs... je n'en suis pas fier, Uber est d'ailleurs au courant et je m'en suis expliqué avec eux, mais j'avais accepté après un blocage place de la Comédie, particulièrement rude."
Bloqué à sept reprises depuis qu'il est VTC, Jean-Sébastien n'en a donc pas fini avec certains des taxis les plus agressifs vis-à-vis d'une concurrence qu'il commence, lui-même, à redouter à son tour...

"Il se trouve qu'à Bordeaux seulement, on compte environ 15 nouveaux chauffeurs VTC chaque mois. Il y a beaucoup de travail, mais là, je crois que c'est trop..."

Pascal Rabiller

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