Lever les freins à l’innovation : le vrai défi de la décarbonisation

Céline Lanusse

Céline Lanusse
671 millions de tonnes équivalent CO2 en 2012 : c'est l'empreinte carbone de la France communiqué ce mois-ci par le Commissariat général au développement durable, à la veille de la COP21 qui a lieu à Paris à la fin du mois. Si les émissions des trois principaux gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d'azote) ont baissé de 15 % entre 1990 et 2012, l'empreinte carbone a légèrement augmenté. Les émissions associées aux importations, comptabilisées dans ce chiffre de 671 millions, représentent désormais la moitié de l'empreinte carbone de la consommation en France.
En 2011, l'empreinte carbone mondiale est estimée à 7 tonnes de CO2 par habitant, valeur à rapprocher de l'objectif de 2 tonnes de CO2 par personne et par an à atteindre d'ici à 2050 pour limiter le réchauffement mondial à 2°C à l'horizon 2010. La France s'est fixé l'objectif de réduire par 4 ses émissions de gaz à effets de serre (GES) en 2050 (appelé "facteur 4"). Hier matin, le conseil des ministres a adopté la "Stratégie nationale bas carbone" (SNBC) qui doit permettre de piloter la loi de transition énergétique pour la croissance verte promulguée cet été. Alors que les émissions de GES ont atteint 492 millions de tonnes équivalent CO2 en 2013, le texte prévoit de les ramener à 358 millions de tonnes en moyenne par an pour la période 2024-2028.
Pour atteindre ces objectifs, la décarbonisation constitue "un vrai défi", rappelait en préambule Christian Kokocinski, en charge du financement des ENR dans le Sud-Ouest pour le groupe Caisse des dépôts, qui intervenait lors de cette deuxième table ronde du Forum Climat COP21 Bordeaux. Thierry Grangetas, directeur clients - territoires de GRDF dans le Sud-Ouest, précisait que l'entreprise "est la seule qui a été capable de monter un scénario avec le fameux facteur 4". GRDF, qui conseille aujourd'hui les collectivités en matière de mobilité et de rénovation (les transports et le logement étant les deux plus gros pourvoyeurs de gaz à effet de serre) ambitionne de développer le gaz vert pour arriver à 10 % en 2030 et 70 % en 2040-2050. "Dans le Sud-Ouest, en 2018, on sera à 2,5 ou 3 % sur notre réseau", affirmait-il, rappelant qu'en matière méthanisation, 120 projets sont en cours dans la région.
Christian Kokocinski précisait d'ailleurs que la future grande région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes est riche en ressources renouvelables qu'il s'agisse de vent, biomasse, agriculture et agroalimentaire, hydrolien ou géothermie, citant de récents projets financés en partie par la CDC comme la centrale de cogénération biomasse sur le site de DRT, à Vielle-Saint-Girons dans les Landes, les serres photovoltaïques de Fonroche (Roquefort, Lot-et-Garonne), ou l'usine de méthanisation Méthalandes, à Hagetmau, projet porté par Eneria, qui devrait produire 37 millions de Kwh à partir de la méthanisation d'effluents agricoles récupérés autour de l'usine. A cela s'ajoute le financement de plusieurs projets d'ombrières de parking photovoltaïques, soit l'équivalent de 100 mégawatts mis en service cette année.
Sébastien Ackermann, gérant de la société Base (Canéjan), est intervenu pour rappeler que les innovations se heurtent aussi à la réalité du marché. Son panneau photovoltaïque hybride (électricité et chaleur) permet d'arriver à un coût du mégawattheure de 50 € soit 2,5 fois moins cher que l'énergie nucléaire. Mais l'entreprise créée en 2009, lauréate du concours My Poisitive Impact de Nicolas Hulot, qui propose des solutions aux agriculteurs, aux industriels et à l'habitat (chauffage, eau chaude sanitaire, électricité), se heurte à d'importantes barrières pour pénétrer le marché de l'habitat :
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Exemple typique de ces freins à l'innovation, l'assurance décennale :
Une incertitude dont souffrent toutes les ENR. Comme le rappelait Patrick Dufour, membre du directoire de la Caisse d'épargne Aquitaine Poitou-Charentes (CEAPC), chargé de la banque régionale de développement :
Tout en expliquant que la CEAPC a créé une filière transversale qui couvre tous ses marchés (industriel, économie solidaire, logement...) pour permettre d'identifier les projets et de les accompagner :
Marc Lafosse, président d'Energie de la lune, cabinet d'ingénierie spécialisé dans les énergies marines renouvelables (vents, courants, osmotique, thermique) rappelait que la région compte 250 km de littoral, auquel il faudra bientôt ajouter celui de Poitou-Charentes (450 km), soit un potentiel important dans la perspective des objectifs du Grenelle de la mer, arrêtés à 6.000 mégawattheures en 2020 dont une grande part d'éolien offshore. La future grande région permettra d'exploiter les ressources de l'éolien, des courants du Pertuis charentais, des grandes marées ou même de la Garonne avec un projet en service en 2016 au pied du pont de Pierre à Bordeaux, marqué par de forts courants ou de la houle sur la côte aquitaine.
Reste la question de l'acceptabilité sociale de ces projets par les citoyens dans leur environnement immédiat. Pour la CDC, outre les revirements tarifaires, cette acceptabilité constitue aussi un frein à l'investissement :
Sébastien Trouvé, représentant Sud-Ouest de France énergie éolienne, rappelait que Bourgogne, Champagne-Ardennes, Picardie et Bretagne ont fait le choix de l'éolien :
Céline Lanusse