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Robots d’assistance : le match franco/français est lancé

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 08 février 2016 à 11:19 - Mis à jour le 09 février 2016 à 15:03

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04 juin 2026

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A gauche : Buddy, le robot parisien de Blue Frog Robotics. A droite : Kompaï2, robot basque de la société Robosoft. Deux robots très différents dans leur conception, dans les marchés qu’ils adressent et leur prix de vente, mais qui, en termes marketing, n’hésitent pourtant pas à s’affronter sur le “ring” de l’assistance aux personnes.

Au moment de la pesée, comme on le dit vulgairement : y'a pas photo. A droite du ring : Kompaï, 1m30, 40 kg. En face, Buddy, qui, même quand il se dresse sur ses roulettes, culmine à 50 cm du sol et pèse 5 kg, tout mouillé. S'il devait y avoir un combat physique entre les deux robots français la joute tournerait court. Buddy ne fait clairement pas le poids.

Sur le "ring du marketing" en revanche, le poids léger possède un vrai coup d'avance.
En 2015, sans qu'aucun exemplaire n'ait été expédié aux acheteurs, le petit Buddy a réalisé 620.000 $ de préventes.

Kompaï, lui, a fait ses preuves sur le terrain, et ce depuis 2012 déjà. Le robot d'assistance qui a pour vocation première d'aider les personnes ayant besoin d'une assistance, est clairement positionné santé. Il surveille les constantes médicales des personnes qui l'hébergent, il permet au médecin d'avoir accès en temps réel à ces informations, peut lui permettre aussi de rentrer en contact visuel avec le patient. Kompaï est aussi un compagnon (en basque : Kompaï) de jeu, d'exercices de mémoire...  Il  a déjà été testé pendant plus de 1.000 jours au domicile de personnes dépendantes, fragilisées, souffrantes. En vérité, il a déjà un petit frère, plus intelligent encore, Kompaï 2, mis au point dans la foulée des tests d'essais concluants réalisés par Robosoft, pionnier français du robot utilitaire (5 M€ de CA en 2015). Sa production en série devrait démarrer cette année, la commercialisation est lancée mais avec un prix unitaire de 25.000 euros. Robosoft positionne son Kompaï sur le marché des professionnels.

"Nous adressons un marché haut de gamme. Celui des maisons de retraites, des services de téléassistance, les établissements médicalisés pour personnes dépendantes, le maintien à domicile. Nous ne sommes ni un jouet, ni une tablette sur roulettes", explique Vincent Dupourqué, papa de Kompaï.

Buddy a l'ex-ministre Delaunay pour marraine

Une tablette sur roulettes, c'est un peu comme cela que Robosoft voit Buddy. Mais sans pour autant chercher à le dévaloriser : "Pour nous, Buddy et Kompaï ne boxent pas dans la même catégorie." Comprenez : dans la catégorie de l'assistance aux personnes.

Le hic, c'est que si Blue Frog Robotics positionne son Buddy dans la catégorie des compagnons de jeu, son fondateur, Rodolphe Hasselvander, passé au moment de sa formation d'ingénieur en robotique par les ateliers de Robosoft au Pays basque, entend, lui aussi, présenter son petit robot comme un outil d'assistance.

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"Il ne faut pas oublier que la marraine de Buddy est la députée bordelaise Michèle Delaunay, qui en tant que ministre a lancé la silver économie en France. Buddy a gagné le concours mondial de l'innovation dans la catégorie silver économie il y a tout juste 18 mois", souligne Rodolphe Hasselvander. Un prix obtenu six mois seulement après la réalisation du premier prototype.

Pour autant, cette distinction n'explique pas le succès rencontré par Buddy lors de la prévente de 2015 qui portait sur 1.000 exemplaires qui seront livrés à leurs acheteurs en fin d'année 2016. En vérité, pour Blue Frog Robotics, ce succès s'explique par une sorte de contrepied stratégique par rapport au parti pris par Robosoft et Kompaï.

La pré-industrialisation de Kompaï 2 aura lieu dès cet été.

Kompaï trop clivant ? Buddy trop petit ?

"Le succès doit encore se confirmer, tempère Rodolphe Hasselvander, mais l'accueil est excellent parce que nous n'avons pas cherché à viser les seniors. C'est trop stigmatisant.Buddy est un robot grand public, pour les plus jeunes avec les applications de jeux dont il est doté, les parents car il peut surveiller la maison, alerter en cas de souci, et aussi les seniors car il peut détecter les chutes, permettre de rentrer en contact à distance avec des proches..."

Des atouts que reconnaît Robosoft qui stigmatise cependant la petitesse de Buddy.

"Il peut accompagner les personnes âgées dans la distraction et la communication, maison est en droit de se demander ce qu'un jouet peut apporter dans l'assistance physique des personnes dépendantes... Au contraire, on peut craindre que ce type de petit robot puisse plutôt faciliter les chutes", souligne Vincent Dupourqué.
"Nous avons beaucoup regardé Kompaï, qui est un robot remarquable", explique t-on du côté de Blue Frog Robotics. Mais notre conclusion, c'est queles gens ne sont pas encore prêts pour un robot aussi grand à leur domicile. Pour des passionnés de robotique comme nous cela paraît inconcevable, mais 1m30 c'est une taille jugée trop intrusive par le marché."

Buddy, cheval de Troie de Sami, le robot humanoïde ?

Peut-être, mais alors pourquoi Blue Frog Robotics travaille t-il sur un robot humanoïde de 1m60 ?

"Nous préparons juste le coup d'après", assure son dirigeant. "Buddy est notre cheval de Troie, nous testons la réceptivité des gens sur la présence du robot au domicile. Une fois que le robot sera rentré dans les mœurs, nous lancerons le grand frère de Buddy, Sami !"

En attendant, Kompaï va connaître une année charnière dans son existence. C'est en 2016 qu'il va être produit en série, d'abord 1.000 exemplaires avec un objectif de 10.000/an qui permettrait à son prix de passer de 25.000 € actuellement, à 5.000 € pièce.

10.000 c'est aussi l'objectif de production annuelle, mais dès la première année, de l'équipe (16 personnes) de Blue Frog Robotics qui confie la fabrication de Buddy à un  partenaire américain (Jabil) réalisée dans une de ses usines, en ukraine "pour le moment", précise Rodolphe Hasselvander. Pour le moment, la société qui a fait le choix d'une technologie open source pour permettre à des milliers de développeurs dans le monde d'enrichir, par des applications, les propositions d'interactions homme/machine de Buddy, entend d'abord fournir les précommandes (1.000 exemplaires vendus) mais les partenariats conclus récemment avec Alpha (Guangdong Alpha Animation & Culture Co., Ltd), groupe chinois ressemblant au groupe Disney, l'intérêt manifesté aux USA, les premières ventes au Japon, pourtant pionnier de la robotique humanoïde, devraient faire exploser la production, et semblent donner raison au positionnement grand public de la société parisienne. Un positionnement qui s'accompagne d'un prix adapté : environ 700 euros l'unité.

En conclusion, malgré deux faciès résolument sympathiques, les deux robots français Buddy et Kompaï semblent donc prêts à en découdre, à distance, sur le marché qu'ils convoitent, en totalité pour l'un, en partie pour l'autre : celui de l'assistance aux seniors.
Il faut dire que ce marché est alléchant : des spécialistes l'évaluent à 200.000 ventes de robots/an rien qu'en France...

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La France nouveau pays-phare dans ce domaine de la robotique ? Il suffit, pour s'en convaincre, de constater que les labos de recherche fourmillent de spécialistes mondialement reconnus, que des centaines de startups émergent chaque année dans ce domaine et que si elle est sous capitaux japonais, l'aventure Aldebaran et de son petit robot Nao connu dans le monde entier est d'abord une success story française. Tout comme est française l'aventure de Medtech (Montpellier), championne d'Europe du robot assistant des chirurgiens.

Pascal Rabiller

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