Robots d’assistance : le match franco/français est lancé

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Au moment de la pesée, comme on le dit vulgairement : y'a pas photo. A droite du ring : Kompaï, 1m30, 40 kg. En face, Buddy, qui, même quand il se dresse sur ses roulettes, culmine à 50 cm du sol et pèse 5 kg, tout mouillé. S'il devait y avoir un combat physique entre les deux robots français la joute tournerait court. Buddy ne fait clairement pas le poids.
Sur le "ring du marketing" en revanche, le poids léger possède un vrai coup d'avance.
En 2015, sans qu'aucun exemplaire n'ait été expédié aux acheteurs, le petit Buddy a réalisé 620.000 $ de préventes.
Kompaï, lui, a fait ses preuves sur le terrain, et ce depuis 2012 déjà. Le robot d'assistance qui a pour vocation première d'aider les personnes ayant besoin d'une assistance, est clairement positionné santé. Il surveille les constantes médicales des personnes qui l'hébergent, il permet au médecin d'avoir accès en temps réel à ces informations, peut lui permettre aussi de rentrer en contact visuel avec le patient. Kompaï est aussi un compagnon (en basque : Kompaï) de jeu, d'exercices de mémoire... Il a déjà été testé pendant plus de 1.000 jours au domicile de personnes dépendantes, fragilisées, souffrantes. En vérité, il a déjà un petit frère, plus intelligent encore, Kompaï 2, mis au point dans la foulée des tests d'essais concluants réalisés par Robosoft, pionnier français du robot utilitaire (5 M€ de CA en 2015). Sa production en série devrait démarrer cette année, la commercialisation est lancée mais avec un prix unitaire de 25.000 euros. Robosoft positionne son Kompaï sur le marché des professionnels.
Une tablette sur roulettes, c'est un peu comme cela que Robosoft voit Buddy. Mais sans pour autant chercher à le dévaloriser : "Pour nous, Buddy et Kompaï ne boxent pas dans la même catégorie." Comprenez : dans la catégorie de l'assistance aux personnes.
Le hic, c'est que si Blue Frog Robotics positionne son Buddy dans la catégorie des compagnons de jeu, son fondateur, Rodolphe Hasselvander, passé au moment de sa formation d'ingénieur en robotique par les ateliers de Robosoft au Pays basque, entend, lui aussi, présenter son petit robot comme un outil d'assistance.
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Pour autant, cette distinction n'explique pas le succès rencontré par Buddy lors de la prévente de 2015 qui portait sur 1.000 exemplaires qui seront livrés à leurs acheteurs en fin d'année 2016. En vérité, pour Blue Frog Robotics, ce succès s'explique par une sorte de contrepied stratégique par rapport au parti pris par Robosoft et Kompaï.
La pré-industrialisation de Kompaï 2 aura lieu dès cet été.
Des atouts que reconnaît Robosoft qui stigmatise cependant la petitesse de Buddy.
Peut-être, mais alors pourquoi Blue Frog Robotics travaille t-il sur un robot humanoïde de 1m60 ?
En attendant, Kompaï va connaître une année charnière dans son existence. C'est en 2016 qu'il va être produit en série, d'abord 1.000 exemplaires avec un objectif de 10.000/an qui permettrait à son prix de passer de 25.000 € actuellement, à 5.000 € pièce.
10.000 c'est aussi l'objectif de production annuelle, mais dès la première année, de l'équipe (16 personnes) de Blue Frog Robotics qui confie la fabrication de Buddy à un partenaire américain (Jabil) réalisée dans une de ses usines, en ukraine "pour le moment", précise Rodolphe Hasselvander. Pour le moment, la société qui a fait le choix d'une technologie open source pour permettre à des milliers de développeurs dans le monde d'enrichir, par des applications, les propositions d'interactions homme/machine de Buddy, entend d'abord fournir les précommandes (1.000 exemplaires vendus) mais les partenariats conclus récemment avec Alpha (Guangdong Alpha Animation & Culture Co., Ltd), groupe chinois ressemblant au groupe Disney, l'intérêt manifesté aux USA, les premières ventes au Japon, pourtant pionnier de la robotique humanoïde, devraient faire exploser la production, et semblent donner raison au positionnement grand public de la société parisienne. Un positionnement qui s'accompagne d'un prix adapté : environ 700 euros l'unité.
En conclusion, malgré deux faciès résolument sympathiques, les deux robots français Buddy et Kompaï semblent donc prêts à en découdre, à distance, sur le marché qu'ils convoitent, en totalité pour l'un, en partie pour l'autre : celui de l'assistance aux seniors.
Il faut dire que ce marché est alléchant : des spécialistes l'évaluent à 200.000 ventes de robots/an rien qu'en France...
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