Patrimoine : Socra, conservateur du passé, inquiet pour son avenir

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Les images étaient impressionnantes. Le 15 mars dernier, un hélicoptère a fait décoller les 800 kg de la statue "paratonnerre" de l'archange Saint-Michel qui culminait en haut des 156 m du Mont Saint-Michel. Un "vol" immortalisé par toutes les chaînes de télévision de France, relayé un peu partout dans le monde et qui a finalement, quelques heures plus tard, atterri dans les ateliers de la société Socra, près de Périgueux (Dordogne).
Cette société spécialisée dans la rénovation d'œuvres d'art, fait partie des deux ou trois sociétés françaises du secteur dont la réputation leur permet de rayonner à travers le monde.
Créée en 1963, la Socra est connue pour avoir, notamment, rénové le Lion de Belfort, être intervenue aux Grand Palais à Paris et à Bordeaux où les trois grâces ont retrouvé leur standing et leur fontaine de la place de la Bourse grâce à cette société implantée à Marsac-sur-l'Isle et à Paris qui compte 25 salariés.
Le chantier de la statue de l'archange Saint-Michel remet une nouvelle fois sous la lumière des projecteurs cet atelier piloté par Patrick Palem, mais sa réputation n'a pas eu besoin de cette intervention pour franchir les frontières de l'Hexagone.
Deux mois de lifting pour un chantier de 30.000 euros remporté par Socra qui, il y a une quinzaine d'année, a effectué un choix stratégique qui s'avère payant.
Un choix qui relève du bon sens mais qui ne s'imposait pas toujours à l'époque. Aujourd'hui il permet à Socra de bénéficier d'un bon positionnement qualité/prix qui fait la différence à un moment où l'avenir est de plus en plus incertain pour le secteur qui est le sien.
Pour Socra, qui réalise 3,5 M€ de chiffre d'affaires annuel, la tension sur les budgets des monuments historiques n'est pas seulement une question d'argent.
Et le dirigeant de pointer du doigt ce qu'il juge être une faiblesse pour l'avenir de la filière. "Les écoles de restauration ont trop formalisé les cursus. Elles se concentrent plus sur la connaissance, historique, scientifique... et pas assez sur le geste. Le théorique, la culture, c'est très important, je ne le nie pas, au contraire, mais nos formations sont aujourd'hui trop théoriques, pas assez pratiques ! La tête, sans la main, dans notre métier, cela ne marche pas !", assure Patrick Palem qui pense que 2016 sera néanmoins pour Socra une année de recrutements.
Quoi qu'il en soit, les collaborateurs de Socra sortent surtout d'écoles d'ingénieur ou sont des compagnons du devoir, le dirigeant ne s'interdit pas de recruter des profils atypiques, des gens en reconversion. "Les passages dans les médias nous offre une visibilité qui nous attire des candidats arrivant de tous horizons. Si je sens que c'est la passion qui les anime il m'arrive de leur donner leur chance. Nous faisons un métier magnifique mais dur parfois, la passion doit obligatoirement être au rendez-vous."
Pascal Rabiller