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All Circuits : l'industrie électronique française se rebiffe

Photo de Pascal Rabiller

Pascal Rabiller

Publié le 05 avril 2016 à 13:15 - Mis à jour le 06 avril 2016 à 08:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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BMS Circuits (Bayonne), TIS Circuits (Tunis) et MSL Circuits (Meung-sur-Loire), appartiennent à un groupe qui illustre le retour "de profondis" d’une industrie électronique française qui résiste désormais bien à la concurrence mondiale. Comment ? Son président, Bruno Racault, livre la recette que le groupe All Circuits entend exporter.

L'histoire du troisième sous-traitant électronique de France, et le 43ème du monde a commencé sur un malentendu stratégique.
En 2009, son propriétaire, le groupe américain Jabil estime que son site français de Meung-sur-Loire MSL Circuits n'est plus une priorité.

"Nous étions clairement atypiques dans sa galaxie d'usines, parce que nous avions mis en avant une culture de l'automatisation et de la qualité, acquise à l'époque où le site appartenait à Valeo. Nous sommes peu à peu sortis de la stratégie de production de Jabil."

Un manque d'intérêt stratégique qui finit par se voir : en quelques années, le chiffre d'affaires de MSL est passé de 150 M€ à 69 M€. En 2009 Jabil fini par céder ce site à un fonds de retournement : le groupe AIAC. Bruno Racault un cadre de MSL passe alors du statut d'ingénieur électronicien à celui de président.
Trois ans plus tard, sous sa houlette, MSL acquiert, auprès de Sagemcom, deux unités de production aux activités complémentaires à celles de MSL. Il s'agit de BMS à Bayonne, et de TIS à Tunis.

3 sites spécialisés, des segments de marchés et business models différents

"Meung-sur-Loire est consacré aux grandes séries, pour l'industrie automobile qui représentait alors la quasi totalité de notre chiffre d'affaires. Comme nous ne voulions pas être trop dépendants de ce secteur, que l'on nous demandait aussi régulièrement des petites et des moyennes séries, et que les process sont différents, nous avons trouvé dans ces deux sites, l'occasion de nous positionner sur d'autres marchés et de répondre à de nouveau clients sans pour autant mettre nos sites en concurrence... ce que nous avions connu sous l'ère Jabil.Nous avons donc trois sites spécialisés et présents dans des segments de marchés et avec des business models différents."

Aujourd'hui le groupe compte entre 1.500 et 2.000 salariés (dont plus de 50% de cadres et techniciens) selon les périodes d'activité. Il a réalisé 285 M€ de CA en 2015 et son carnet de commandes peut lui permettre d'annoncer 320 M€ à l'issue de cette année 2016.
Depuis déjà cinq ans, le groupe est profitable et ce sera aussi le cas, après quatre années de remise à niveau et de réorganisation de l'usine de Bayonne, qui compte 250 salariés.
Le secret ?

"Nous avons juste été plus loin encore dans la stratégie qui ne convenait pas à Jabil. Nous avons parié sur l'automatisation et la qualité afin de nous différencier au maximum de la concurrence, notamment asiatique. Grâce à l'automatisation, la robotisation, nous avons réussi à concilier qualité et réduction de la part de la main d'œuvre dans la production. Elle atteint désormais 5 %, c'est près de 4 % d'écart encore avec la Chine, mais le time to market, notre capacité à répondre aux demandes rapidement et à être au plus près des marchés font désormais la différence en notre faveur sur certains contrats" explique Bruno Racault.

10 % de son CA en Chine et une usine bientôt au Mexique

Une différence qui permet au groupe de réaliser 10 % de son CA en... Chine, et encore 10 % aux USA.

"Jusque là nous abordons l'export en suivant nos clients qui veulent s'assurer de la qualité de leurs produits et qui ne veulent pas produire sur place de peur d'être copiés" assure le dirigeant.

Mais prochainement la démarche du groupe devenu All Circuits à la faveur d'un changement d'actionnaire majoritaire -  le fonds de retournement l'a revendu, en juin dernier, à l'important bureau d'études luxembourgeois : IEE - sera plus proactive. Le groupe va s'installer au Mexique.

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"Nous finalisons cela demain, et je signe au Mexique la semaine prochaine. L'usine sera opérationnelle en début d'année 2017," lâche Bruno Racault.

Un positionnement stratégique essentiel sur le continent américain pour le groupe.

"Le marché de l'automobile du Mexique va peser 5 millions d'unités produite par an très prochainement. Ce sera plus que le Brésil. Il est important d'adresser ce marché. Etre sur place est la condition sine qua non pour exister dans ce marché... mais l'automobile ne sera pas le seul marché que nous visons sur le continent américain..."

Fini le 100% secteur auto... qui reste quand même prometteur

Il faut reconnaître que la stratégie de diversification des activités et des secteurs adressés qui visait à ne plus dépendre totalement de l'automobile a bien fonctionné pour All Circuits.
Désormais, grâce aux activités du site de BMS de Bayonne, qui monte en puissance, le groupe intervient sur les marchés de l'électronique des objets connectés, de la domotique, de la téléphonie, ou encore de la filière médicale.

"Nous avons de grands espoirs de développement dans ce secteur du médical qui a besoin de la rigueur appliquée au secteur automobile que nous connaissons bien" précise le dirigeant. "Bayonne est un site essentiel pour notre positionnement sur la moyenne série. Sur des marchés, comme celui des objets connectés, qui représentent souvent un pari pour nous, mais qui peuvent donner naissance et de belles success stories, nous prenons des risques à accompagner des startups. Parfois, c'est vrai, nous produisons à perte pour favoriser l'émergence de sociétés qui se révèlent être des pépites. Cela a été le cas avec le célèbre Coyote, ce le sera peut-être avec Wistiki... Ce qu'il y a de sûr c'est que Bpifrance, qui est un partenaire pour nous, joue souvent la carte du made in France en recommandant nos services aux jeunes pousses qui ont besoin de compétences électroniques.

Pour autant, l'automobile, qui représente un peu plus de 50% du CA du groupe,  et sans doute l'essentiel de son résultat, reste un secteur ultra porteur, et d'avenir selon Bruno Racault.

Une filière électronique à reconstruire en France

"Aujourd'hui, l'électronique représente 35 % d'une auto. Dans dix ans, la même voiture  embarquera au moins 50 % d'électronique. Le marché potentiel est énorme" prophétise le président qui rêve de voir ré émerger en France, la filière complète de l'électronique. "On doit recréer la filière, il nous manque les fabricants de machines, ceux des composants électroniques. Nous et les autres acteurs du secteur, avons prouvé que c'était possible de produire en France et d'être compétitifs. Nous aimerions parfois que les grands donneurs d'ordre étatiques s'en rappellent quand ils cherchent des produits électroniques... Je réalise 10% de mon CA en Chine et autant aux USA... je dois donc être compétitif !"

Sans aucun doute puisque le 3ème sous-traitant électronique de l'hexagone, All Circuits figure au 43ème rang mondial en termes de CA, et ferait même mieux si le classement tenait compte de la rentabilité...
La société dont ne voulait plus Jabil a beaucoup changé.

Pascal Rabiller

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