Kapla, la planchette française qui nous défie tous

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
L'histoire a commencé comme un conte de fées. Sauf qu'ici le "Prince" est un antiquaire Néerlandais, Tom van der Bruggen, et sa "princesse" une planchette de pin maritime aux mensurations : 7,8 mm x 23,4 mm x 117 mm, idéales... pour constituer une pièce de jeu de construction.
En 1987, il n'est pas encore question de jeu, mais de la passion d'un homme qui, après avoir vendu tous ses biens en Hollande, vient d'acquérir, dans le Sud-Ouest de la France, une ferme en ruine qu'il souhaite transformer en château...comme tout prince qui se respecte finalement.
Un "prince" qui, pour planifier les travaux de son projet, crée un modèle réduit à l'aide de planchettes de pin qu'il façonne lui-même : en 1987, Kapla (KAbouter PLAnkje ou planchette de lutin en néerlandais) est née.
Cette année-là Tom van der Bruggen fabrique lui-même les 8.000 premières pièces de ce qui, malgré une exposition au Louvre la même année, les premières expérimentations dans des écoles (en 1988 la ville de Paris commande 1.000 boîtes) et une entrée à l'Elysée (François Mitterrand commande 300 boîtes Kapla pour l'arbre de Noël), n'est pas encore une success story.
A tel point d'ailleurs que, faute de soutien des banques, c'est en vendant son château que Tom van der Bruggen offre un vrai destin à Kapla.
S'appuyant sur un bouche-à-oreille et une politique à l'export efficaces, Kapla, dès 1991 et son installation définitive à Saint-Louis-de-Montferrand, va faire mentir les banques.
La société qui fêtera ses 30 ans en 2017 a vendu, cette année, 80 millions de ses planchettes dans plus de 50 pays. Si la France représente encore 30 % de son activité, le Japon (20 %), l'Allemagne, le Benelux et depuis peu les USA figurent parmi les pays d'exportation de sa production.
Aujourd'hui, outre une usine au Maroc dévolue au tri des planchettes, toutes rigoureusement identiques, et à leur teinte (via des colorants alimentaires) l'essentiel des troupes de Kapla est installé près de Bordeaux où se situent son siège et un atelier de finition de haute précision.
Gérée par son fils, Jan-Daniel, depuis 2014, la société créée par Tom van der Bruggen, connait une croissance continue depuis sa création.
Après avoir réalisé 7,3 M€ en 2015, Kapla et ses 10 salariés réaliseront 8 M€ cette année.
Jan-Daniel van der Bruggen, Pdg de Kapla France SA
Un dirigeant qui n'hésite pas à montrer la photo de sa dernière création - un pont gigantesque sur lequel passent des véhicules - 100 % Kapla quand on lui demande si les planchettes l'amusent encore...
Ce n'est donc pas à la suite d'un intense brainstorming, mais après avoir observé les visiteurs professionnels accrochés par ses planchettes sur son stand du salon du jouet de Cannes, en 2015, que Kapla a eu l'idée d'inventer un jeu directement adressé aux adultes. Kapla Défi reprend l'essentiel de l'ADN de la planchette originelle. Mais là où celles-ci suscitent chez les plus jeunes la créativité, l'imagination, les capacités d'adaptation, la logique et l'équilibre... bref, construire pour se construire, le jeu Kapla Défi invite les adultes à continuer de se construire par le défi.
Dans la boîte, les joueurs trouvent 16 planchettes Kapla et des cartes qui représentent 12 défis des constructions imposées qui représentent, chacune, un niveau de difficulté différent. Le but, bien sûr, c'est d'arrivée à l'ultime niveau, les douzième : le dromadaire.
Pour la famille van der Bruggen, cette nouvelle aventure Kapla ne modifie en rien l'approche du business qui repose certes sur la rigueur productive qui confère aux planchettes un avantage concurrentiel, et notamment un rapport qualité/prix jusque-là décisif, mais elle s'appuie surtout sur le plaisir originel qui anime son créateur, Tom van der Bruggen.
Ce dernier a un jour résumé cette passion en déclarant :
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Bref, la société girondine ne fait pas de Kapla Défi un nouvel atout pour améliorer encore la très bonne santé de ses comptes...elle se contentera juste de faire durer le conte de fées, ce qui lui réussit plutôt bien depuis bientôt 30 ans.
Pascal Rabiller