Bordeaux/Port : pourquoi la “bataille” du Verdon ne fait que des perdants

Pascal Rabiller

Pascal Rabiller
Pour le moment le port est muet sur le sujet mais pas Pascal Reyne, PDG et actionnaire de SMPA, société créée de toutes pièces en 2015 pour exploiter le terminal conteneur du Verdon, propriété du Grand Port maritime de Bordeaux.
Ce terminal qui devait sortir de l'inactivité dès 2014 avec l'attribution de la licence d'exploitation de l'installation à Europorte, filiale d'Eurotunnel, est toujours au point mort.
Le moins que l'on puisse dire ce que cela ne fait pas du tout les affaires de Pascal Reyne et de son entreprise ballotée par les aléas, nombreux, qui rythment ce dossier d'infrastructure pourtant jugé capital d'un point de vue stratégique par le port de Bordeaux qui voit son trafic chuter depuis plus de dix ans.
Pour mémoire, la Société de manutention portuaire d'Aquitaine (SMPA) a été choisie et soutenue initialement par Europorte en 2015, pour exploiter l'installation. SMPA a investi 10 M€ dans l'outil portuaire (portiques, grues, engins de manutention...) avant d'être lâchée au milieu du gué mi-2016 par la filiale d'Eurotunnel qui décidait finalement de renoncer au projet.
Fin du projet ? Non, juste une première douche froide pour la société SMPA qui venait, au passage, de voir aboutir un an et demi de discussions et négociations avec les syndicats pour finaliser les contrats de mise à disposition des dockers, et venait aussi d'achever les premières formations. En effet, en septembre 2016, à l'issue d'une mission ratée de médiation demandée par le ministère des Transports, le Grand Port maritime de Bordeaux décide de confier la régie du projet et l'exploitation du terminal conteneur à SMPA.
Fin des aléas ? Non plus, puisqu'à la demande de l'opérateur Sea Invest, le tribunal administratif de Bordeaux annule le contrat de mise en régie...
Un dirigeant qui a du mal à digérer les mots de Sea Invest à l'annonce de l'annulation de la mise en régie par le tribunal de commerce de Bordeaux. Annulation demandée par Sea Invest et... Europorte.
De fait, depuis 2014, l'opérateur Sea Invest a concentré toute l'activité conteneurs sur les installations de Bassens.
Si de son côté Sea Invest préfère parler de 34 % du vrac solide, de la totalité du trafic conteneurs (62.718 conteneurs/an) et de 7 % des vracs liquides pour décrire l'empreinte de son activité bordelaise, une source informée sur l'activité portuaire bordelaise confirme la position quasi monopolistique de Sea Invest dans le trafic, hors pétrole, du port.
S'il a dû libérer le personnel recruté, le dirigeant n'a pas jeté l'éponge.
Pas sûr que les arguments de SMPA soient du goût de Sea Invest, mais le fait est qu'en attendant, le port de Bordeaux réalise désormais un trafic digne d'un port... fluvial, loin, très loin, des performances des principaux ports maritimes français dont il devrait faire partie, loin aussi de la montée en puissance du port de La Rochelle qui profite à plein, vraisemblablement du trou d'air dans lequel se trouve le projet bordelais TCSO (Terminal Conteneurs du Sud-Ouest).
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La relance de ce terminal du Verdon est sans doute une des seules chances qu'il reste à Bordeaux de s'arracher à la dernière place du classement des ports maritimes français en termes de trafic.
Le Grand Port maritime de Bordeaux ne peut à ce jour pas accorder d'autorisation temporaire permettant de légitimer la présence de SMPA au Verdon, tout comme, a priori, il ne peut respecter son engagement de fermeture de l'activité conteneurs de Bassens.
En attendant, les dernières statistiques montrent que l'activité conteneur a encore chuté en 2016, de 5,4 % par rapport à 2015 (58.569 conteneurs entrée et sortie/pleins et vides) et elle est nettement en dessous des performances des ports fluviaux que sont Strasbourg, Paris et Lyon. Une situation qui, au regard du dynamisme socioéconomique de la métropole bordelaise ces dernières années, ne peut se justifier que par les limites actuelles du fonctionnement du port de Bordeaux.
Une situation enfin qui n'est pas sans conséquences non plus pour les acteurs économiques locaux, notamment ceux des secteurs import/export. En effet, le convoyage d'un container par camion de Bordeaux au Havre coûte en moyenne 800 euros. C'est au moins 300 euros de plus que le coût du même trajet par la mer...
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