Les ports de Bordeaux (GPMB) et La Rochelle (GPMLR) dans un même bateau ?

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Contrairement à leur habitude, les dirigeants des entreprises utilisatrices du port de Bordeaux, regroupés au sein de l'Union maritime et portuaire de Bordeaux (UMPB), dont Julien Bas, Jérôme Lambert et Patrick Moatti sont les trois coprésidents, sont restés sur leur réserve lors de la dernière assemblée générale de l'UMPB, qui s'est tenue ce mardi 9 mai à l'Automobile Club du Sud-Ouest (Acso), à Bordeaux. Lors de la présentation du rapport moral, Henri-Vincent Amouroux, directeur de l'UMPB, qui participait à sa dernière assemblée générale, a notamment retracé l'évolution du commerce maritime international et les grandes évolutions techniques en cours, comme la "jumboïsation" des cinq porte-conteneurs Christophe Colomb de la compagnie CMA CGM.
Des monstres qui font 365 mètres de long et auxquels la compagnie veut rajouter un tronçon central d'environ 30 mètres. L'évolution du trafic du port de Bordeaux, en recul de 6,5 % en 2016 sur un an, à 7,8 millions de tonnes a été présentée, mais c'est bien la prochaine réforme statutaire des grands ports maritimes, sur laquelle planche en particulier la Région Nouvelle-Aquitaine, qui était dans les têtes des représentants de l'UMPB.
D'ordinaire assez prompts à défendre énergiquement les intérêts de la place portuaire bordelaise, ils sont en l'occurrence restés sur leur réserve. Une réaction qui a de quoi étonner de la part du lobby portuaire bordelais, alors même que les menaces qui pèsent sur l'avenir du grand port maritime de Bordeaux (GPMB) semblent n'avoir jamais été aussi lourdes. Pourtant, au bout du compte, cette réserve, qui ressemble à de l'abattement, pourrait aussi cacher un petit filet d'espoir. Comme l'a évoqué Henri-Vincent Amouroux un ensemble de rapports concernant la gouvernance des ports des principales portes d'entrées maritimes (Seine, Rhône-Saône, Nord, façade Atlantique) a été remis en juillet 2016 au secrétaire d'Etat en charge des transports, Alain Vidalies.
Effectivement les syndicats CGT ports et docks de Nouvelle-Aquitaine ont lancé un appel à la grève pour ce lundi 15 mai, car ils ne veulent pas entendre parler d'une régionalisation des GPM de Bordeaux et La Rochelle, qui perdraient ainsi leur statut de ports de rang national. Même s'ils n'en disent rien, cette offensive syndicale a de quoi rassurer les patrons de la place portuaire bordelaise. Car le rapprochement des grands ports maritime de Bordeaux et La Rochelle c'est ce qui ressemble le plus à leurs yeux à un cauchemar.
En échangeant leur ancien statut de port autonome en 2008 pour celui de grand port maritime, les principaux ports de commerce ont conservé leur rang. Cette transformation a été vécue à Bordeaux comme une mauvaise blague, car au lieu d'avoir plus de liberté d'action, comme ils en avaient rêvé, les dirigeants des entreprises qui alimentent le trafic marchandise des ports ont vu le gouvernement du président Sarkozy prendre le contrôle des opérations en nommant des hauts fonctionnaires au poste de président du directoire du GPM de Bordeaux.
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Ce qui a fini par déclencher un énorme conflit : la CCI de Bordeaux et les entreprises de la place portuaire accusant l'Etat de saboter l'avenir économique du port après que le secrétaire d'Etat aux transports, Dominique Bussereau, ait commandé en 2009 au commissaire du gouvernement de requérir l'arrêt de l'instruction du projet de terminal méthanier, qui devait être construit dans la zone portuaire du Verdon par 4Gas et générer 2 millions de tonnes de trafic maritime. La tension est ensuite retombée mais l'abandon de la relance d'une activité logistique au Verdon n'a pas arrangé le moral des troupes. De très nombreux responsables girondins étant désormais convaincus que les hauts fonctionnaires détachés à Bordeaux pour en diriger le port ne défendront jamais cette infrastructure.
Le dossier du Verdon est toujours d'actualité puisque les deux nouveaux portiques et matériels destinés au transbordement des conteneurs, livrés fin 2015 moyennant 10 M€ d'investissement, ne servent toujours à rien ! Après l'épisode de 4Gas les dirigeants d'entreprises en avaient appelé à la reprise en main du GPMB par celui qui dirigeait alors la Région Aquitaine, le président (PS) Alain Rousset, qui a depuis des années acquis la confiance du patronat local.
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Le président de la Région Aquitaine est devenu celui de la Nouvelle-Aquitaine, ce qui devrait avoir de quoi rassurer les chargeurs du port de Bordeaux. Mais l'arrivée de La Rochelle dans le nouveau paysage régional, avec la fusion des régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, ne peut que tendre les nerfs des responsables des entreprises portuaires bordelaises, qui s'estiment déjà mal traités par l'Etat, qui d'après leur expérience n'a qu'une idée en tête : en finir avec le port de Bordeaux. Le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, qui réfléchit à l'avenir du port, pourrait avoir à déminer une situation explosive si le nouveau gouvernement maintient le projet de régionalisation portuaire.
Jean-Philippe Déjean