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Entrepreneuriat féminin : pourquoi les "Pionnières" deviennent les "Premières"

Photo de Céline Lanusse

Clémentine Cailleteau

Publié le 16 mai 2017 à 10:15 - Mis à jour le 16 mai 2017 à 12:53

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Créé en 2005, le réseau d'incubateurs les Pionnières dédié à l'entrepreneuriat féminin veut désormais permettre aux entrepreneures de compter parmi les leaders de demain. Et dans cette optique, s'offre un nouveau nom : les Premières.

Plus de 554.000 entreprises ont été créées en France en 2016. Alors que la France est l'un des pays d'Europe qui enregistre le nombre le plus élevé de femmes qui travaillent et ont des enfants, elles ne représentent que 38 % des créateurs d'entreprise en 2015. Pourtant, elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir se lancer : elles seraient près de 5 millions d'entrepreneures potentielles en France. Comment arrive-t-on à un tel niveau de distorsion entre leurs aspirations et la réalité ? Quels sont les freins et les moteurs de l'entrepreneuriat féminin ? Pourquoi pratiquent-elles l'autocensure ? Sont-elles paralysées par la peur de l'échec ou en proie à des stéréotypes qui les freinent dans leur ascension ?

Coup d'accélérateur en Nouvelle-Aquitaine

En Nouvelle-Aquitaine, le réseau les Premières, anciennement nommé Bordeaux Aquitaine Pionnières, est l'unique incubateur dédié aux femmes à Bordeaux. Implanté à Darwin depuis cinq ans, il s'est lancé pour défi de doper l'entrepreneuriat féminin. Tout au long du processus de création et durant la première année d'activité, il accompagne individuellement les créatrices innovantes, amorce leur développement en favorisant le partage et le transfert d'expérience et facilite l'accès au financement. Manque de confiance, peur de l'échec... elles sont nombreuses à mettre leurs ambitions au placard. Les Premières veulent révéler le potentiel de création et d'innovation de celles qui n'osent pas passer le cap. Grâce à l'incubateur, déjà une cinquantaine d'entreprises ont démarré en région.
"Être une femme est une force car on a davantage envie de s'imposer, et on n'a pas peur de donner un grand coup de pied dans les portes", affirme Marie Toni, l'une des porteuses de projet à la tête d'une startup bordelaise, Oboem, dont le projet incubé aux Premières est de remplacer les espaces publicitaires par des œuvres d'art.

Des chiffres qui fâchent

Partie du constat que les femmes sont sous-représentées dans le monde entrepreneurial, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre du Droit des femmes, s'empare du sujet en 2013. Le défi est lancé : passer des 30 %, immobiles depuis des décennies, à 40% de femmes entrepreneures d'ici à 2017. Aujourd'hui, même si les stéréotypes ont la vie dure, la mixité gagne du terrain, on compte 38 % de femmes entrepreneures en 2015. Mais ce taux est en chute libre lorsqu'il s'agit de femme à la tête d'entreprise de plus de 10 salariés (10 % seulement). Elles sont également sous-représentées dans le monde de la tech, majoritairement masculin. On estime qu'environ 10 % des startups sont fondées par une femme. Culture du risque, pitch agressif, esprit de conquête et le fait de viser au-delà de ses besoins réels au niveau des levées de fonds semble relever d'un état d'esprit plutôt masculin. Seulement 2 % des entreprises qui dépassent le million de chiffre d'affaires en France sont dirigées par des femmes.

"Les femmes ont tendance à tout minimiser ; mon petit business, ma petite structure... Je pense qu'il faut que nous changions notre mode de communication pour devenir davantage des business women", précise Séverine Valette, cofondatrice de Profession'L, salon de reconversion professionnelle pour les femmes, dont le projet est incubé chez les Premières.

Les femmes sont également faiblement représentées dans les métiers techniques. Christine Chateaux fait partie des rares femmes entrepreneures à avoir capitalisé sur l'innovation d'usage. Après plus d'un an de développement technique à Bordeaux, elle lance la conception du FIL SAFE, un panier à vélo modulable qui s'adapte à tous type de chargement.

"Je voulais faciliter la vie des gens avec quelque chose de simple mais je n'avais aucune compétence en industrie. Pour développer mon produit innovant, je devais avoir recours à une fabrication industrielle."

Après avoir eu l'idée, elle se fait accompagner des Premières puis du Réseau Entreprendre. Pari réussi ! Aujourd'hui Bags & Bikes rencontre son public et est commercialisé dans une soixantaine de magasins en France et commence même à s'exporter à l'étranger.

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Christine Chateaux est en passe de réussir son pari avec Bags & Bikes.

Le financement maillon faible de l'entrepreneuriat féminin

Convaincre les banquiers et les investisseurs et lever des fonds est plus difficile lorsqu'on est une femme : le taux de rejet de crédit bancaire, de 2,3 % pour les hommes, atteint 4,3 % pour les femmes selon une étude OpinionWay pour la fondation Entreprendre et Axa (janvier 2017). Autre constat, les femmes à la tête d'une startup, quel que soit son degré de maturité, lèvent environ moitié moins de fonds que les hommes. Loin de tout excès, elles semblent davantage réclamer une somme qui corresponde à leurs besoins réels, parfois même en la sous-estimant. Avec du recul, Christine Chateau affirme qu'elle aurait pu demander une somme plus importante aux banques :

"J'ai sous-estimé que mon produit pouvait marcher aussi rapidement, à l'époque je me suis montrée extrêmement prudente."

Avec un budget de départ moyen équivalent à 4000 euros pour un tiers des femmes entrepreneurs, celles-ci ont davantage tendance à pratiquer le bootstrapping, en se débrouillant avec leurs propres ressources et le flux de capital généré par leur activité pour financer leur développement.
Selon une idée commune, le premier frein à l'entrepreneuriat féminin réside dans la difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle. Dans les faits, les femmes continuent d'assumer les deux tiers du travail domestique selon L'Insee. Lorsqu'elles sont mères, la charge est d'autant plus importante. 49 % des femmes jugent l'entrepreneuriat comme une occasion de conquérir plus de liberté.

"Quand elles travaillent sur leur propre projet elles ont l'impression qu'elles doivent se rendre plus disponibles. Lorsqu'elles étaient salariées et que c'était des contraintes subies c'était différent", avance Marie-Christine Bordeaux.

Davantage de flexibilité ? Pas évident d'après Christine Chateau pour qui la liberté est un leurre :

"Nous sommes libres de décider de gérer notre société comme on l'entend, mais cette liberté est une fausse liberté, la liberté est contrainte d'évoluer dans un cadre extrêmement rigoureux, régi par des objectifs de rentabilités."

L'entrepreneuriat féminin, une opportunité économique ?

Si autant de femmes que d'hommes travaillaient ou montaient leur entreprise, la France gagnerait 9,4 % de croissance en 20 ans (OCDE). Même si les femmes cheffes d'entreprise ont tendance à être à la tête d'entreprises plus petites, les entreprises de tailles intermédiaires (les gazelles), par essence fortement compétitives, sont une opportunité non négligeable de renouer avec la croissance.

"Au niveau local, on a pour ambition de faire émerger des pépites. Nous le voyons sur le terrain, il y a de la compétence et beaucoup de potentiel endormi, il faut donner un petit coup de pouce pour le faire émerger. Notre ambition c'est que les femmes ne dirigent pas uniquement des micros-activités mais des entreprises de taille importante et qu'elles soient davantage dans l'innovation. Nous visons la Licorne !", annonce la présidente de l'incubateur bordelais.

Avec une moyenne de deux emplois crées par boite, Les Première s'est positionné dans les projets à haut potentiel d'innovation et de créations d'emplois.

Le management a-t-il un sexe ?

Qu'elle soit pilotée par un homme ou une femme, la performance d'une entreprise demeure identique, mais les boîtes qui ont à leur tête des équipes mixtes sont plus performantes et affichent des résultats 20 % supérieurs aux équipes non mixtes dans les entreprises françaises en 2016, selon une étude du cabinet Global Contact.    
"Think Manager, Think Male" écrivait le professeur Virginia Schein en 1973, une formule qui semble dépassée aujourd'hui. Dans la manière de manager une équipe, les femmes opèrent davantage dans la co-construction, le collaboratif et leur management est souvent qualifié de plus doux que celui des hommes. Elles ont tendance à être plus à l'écoute de leurs salariés et moins directives.

Mais "à trop vouloir être dans cette opposition femme/homme, on tombe vite dans les généralités et les vérités prétendues. Dans chaque individu il y a une part de féminin et de masculin. Il y a un équilibrage à faire. Une femme doit assumer sa capacité à être dans l'autorité, tout en étant dans l'écoute, un chef d'entreprise aura peut-être plus facilement cette forme d'autorité naturelle et doit accepter sa part de féminin", souligne Marie-Christine Bordeaux.

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  • Bordeaux : Les Sociétales mettent les femmes à l’honneur

Même si les femmes sont de plus en plus nombreuses à briser le plafond de verre et que l'engouement observé autour du sujet sonne les prémices d'actions et de progrès, il reste encore beaucoup de chemin à accomplir sur le terrain de la mixité.

Clémentine Cailleteau

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