HelloAsso, cas d'école de l'économie sociale et solidaire

Mikaël Lozano

Mikaël Lozano
Lui se définit comme "un ingénieur geek". Sous ses bouclettes, les méninges d'Ismaël Le Mouël semblent turbiner perpétuellement à grande vitesse. Prépa, Polytechnique, parcours classique d'une tête bien pleine qu'une expérience en Argentine, au contact des coopératives, va chambouler. Assise face à lui, Léa Thomassin, école de commerce, master en économie sociale et solidaire, stages en Asie, renvoie la balle, argumente solidement. Les deux fondateurs d'HelloAsso se complètent tellement qu'ils feraient sans doute un excellent couple de danseurs, mais ils ont choisi la voie de l'entrepreneuriat. Pas n'importe lequel : celui qui fait bouger les choses.
Au début de l'aventure, "on avait plus ou moins la trentaine, on avait envie de quitter Paris", rembobine le duo. "On s'est mis à 5 autour d'une table et on a fait le choix de Bordeaux pour son attractivité." Des débuts en 2009, Ismaël Le Mouël retient dans un sourire "une longue traversée du désert ! Il faut le temps d'apprendre le job d'entrepreneur, lors d'une phase très itérative où il faut savoir s'entourer. Nous avions commencé avec Mailforgood, un concept de mails avec une signature publicitaire permettant de verser des dons aux associations, trop compliqué. Nous sommes partis dans une autre direction avec HelloAsso, une plateforme qui offre gratuitement aux associations toute une palette de services : financer ses projets via le crowdfunding, permettre aux internautes membres de régler leur cotisation en ligne, gérer sa billetterie, etc."
Depuis la création de la plateforme en 2010, 39 millions d'euros ont été collectés au bénéfice des associations, dont 20 M€ lors des 12 derniers mois. Le cap des 26.000 associations utilisatrices a été franchi en mars dernier, et 2.000 nouvelles venues s'inscrivent chaque mois.
En filigrane, Ismaël Le Mouël, Léa Thomassin et leur équipe poursuivent plusieurs buts bien précis. Le premier est de combattre le mythe de l'homme providentiel et valoriser le travail en équipe, le collectif, seul capable de faire bouger les lignes. C'est le sens du manifeste signé de l'ensemble de l'équipe et baptisé "Agir ensemble", que la plateforme a publié courant février.
La startup met aussi un point d'honneur à mettre sur le devant de la scène le monde associatif. Plus d'une campagne de financement participatif avec récompense sur deux en France est pourtant portée par une association, si l'on se réfère au Baromètre du crowdfunding 2016. Un ratio encore plus important si l'on inclut les campagnes sans récompense. Enfin, elle s'investit dans l'adoption des usages numériques par un tissu associatif, notamment rural, encore frileux et victime de freins culturels.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Depuis quelques mois, HelloAsso accélère très fortement :
Outre son positionnement, la "startup militante" assume également un modèle économique original, exclusivement basé sur le don des internautes lorsqu'ils utilisent la plateforme, puisque tous les outils proposés par HelloAsso sont gratuits pour les associations.
Le potentiel est énorme : "La France compte 1,3 million d'associations. Avec 26.000, nous sommes très loin de ce plafond." La dernière brique de la fusée bordelaise est un nouvel outil qui permettra à n'importe quelle entreprise de soutenir la campagne de l'association de son choix et de valoriser son engagement. Sous le nom de matched-crowdfunding, les sociétés peuvent désormais choisir d'abonder une campagne de financement participatif lancée sur HelloAsso : les dons des internautes en faveur de l'association sont doublés par l'entreprise dans la limite d'un budget et d'une durée préalablement définis.
HelloAsso est aussi à l'origine de la Social Good Week, née en 2011. Une belle réussite qui rayonne aujourd'hui sur tout le territoire français :
En 2016 la Social Good Week comptait 90 événements dans 26 villes en 2016. Sur cette question de l'économie sociale et solidaire (ESS) justement, les deux Bordelais jettent un regard lucide :
Cette analyse crûe leur vaut-elle des inimités ?
Avec une philosophie éducative bien ancrée : il vaut mieux apprendre à pêcher que donner du poisson...
Mikaël Lozano