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Airbnb : Emmanuel Marill à Bordeaux sur fond de tensions immobilières

Photo de Mikaël Lozano

Mikaël Lozano

Publié le 03 novembre 2017 à 14:16 - Mis à jour le 03 novembre 2017 à 16:55

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Le directeur général d'Airbnb France était à Bordeaux ce matin dans le cadre du Conseil des entrepreneurs. Emmanuel Marill a pu revenir sur les grandes étapes du développement de la plateforme, échanger avec des dirigeants de startups, mais il a aussi été beaucoup sollicité sur les tensions que connaît Bordeaux en matière d'immobilier. Alain Juppé l'a rencontré et lui a fait passer quelques messages.

Sa présence à Bordeaux aujourd'hui avait de quoi surprendre, alors que la question de la flambée des prix de l'immobilier fait polémique et que nombreuses voix accusent Airbnb de contribuer à réduire le parc de logements disponibles à la location. Emmanuel Marill l'a lui-même dit, sa venue était calée depuis 6 mois et il n'est donc pas venu en mode déminage.

Avant de rencontrer le Conseil des entrepreneurs, structure informelle initiée par la mairie de Bordeaux, puis de déjeuner avec le maire Alain Juppé, le patron d'Airbnb en France a fait étape au Village by CA, l'accélérateur de startups du Crédit agricole d'Aquitaine, pour un moment de présentation ouvert au public. Introduit par Virginie Calmels, première adjointe au maire de Bordeaux et vice-présidente de Bordeaux Métropole, Emmanuel Marill est d'abord revenu sur le succès, incontestable, de la plateforme née aux Etats-Unis en 2008. Le manager a rappelé que Paris était désormais la première destination au monde pour les usagers d'Airbnb et que le marché français se positionnait en 2e place, derrière les USA mais devant l'Angleterre ou encore l'Allemagne.

Au fil de son discours, Emmanuel Marill a distillé quelques conseils à l'auditoire, notamment l'importance de "partir d'une niche dans laquelle on excelle et se faire adopter par une communauté certes petite, mais très forte, avant de songer à se développer". Sa prise de parole a aussi été l'occasion de mettre sur la table quelques chiffres quantifiant l'influence de la plateforme : en vrac, 58.000 annonces recensées en Nouvelle-Aquitaine dans plus de 2.800 communes, 1,4 million de voyageurs lors des 12 derniers mois, 8.100 annonces à Bordeaux (dont 1.500 chambres), un revenu moyen annuel par hôte de 1.800 € et 31 jours de location en moyenne toujours par an et par hôte.

Des couteaux suisses plutôt que des experts

Quatre dirigeants de startups bordelaises avaient été conviés à interroger Emmanuel Marill : Laure Courty de Jestocke.com, Adrien Pinson de Yescapa, Thibaut Panier de Base 10 et Laurent Calando de Samboat. L'occasion pour le patron d'Airbnb de revenir sur les facteurs qui ont boosté l'économie collaborative - "Elle existe depuis des dizaines d'années mais la révolution du mobile et le développement de l'effet réseau ont permis une rupture" et d'évoquer la croissance internationale de la société, qui a reposé "sur des équipes très agiles et des personnes plus couteaux suisses qu'experts".

Laurent Calando a admirablement poussé ses pions, demandant si Airbnb comptait devenir un jour un concurrent de Samboat, la startup qu'il a cofondée et qui propose une plateforme permettant aux particuliers de louer leur bateau à d'autres particuliers : "Qui me dit qu'Airbnb ne phagocytera pas mon marché ?" Réponse en souriant d'Emmanuel Marill : "Une entreprise doit faire ce qu'elle sait faire de mieux. Si nous allons un jour sur d'autres sujets nous le ferons via des partenariats." Samboat est dans les starting blocks, a bien fait comprendre Laurent Calando...

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Professionnalisation ou pas ?

Rapidement, la question de la professionnalisation de l'hébergement est apparue dans les débats. Laure Courty ayant souligné que selon son propre constat, la brosse à dents du propriétaire des lieux était de moins en moins souvent présente dans la salle de bain, l'accessoire bucal est devenu une sorte de fil rouge tout au long de la discussion.

"Airbnb compte 10 millions d'utilisateurs en France. Il en faut pour tous les goûts. Certains voyageurs n'ont pas envie de voir la brosse à dents de leur hôte dans la salle de bains, ou les poils du chat sur le canapé. Certains veulent du standardisé, d'autres pas", a précisé Emmanuel Marill.

Mais pourquoi alors ne pas assumer clairement cette professionnalisation d'une partie des hôtes et systématiquement communiquer sur la communauté de particuliers ?

"Nous avons noué il y a un an un partenariat officiel avec le chef Alain Ducasse et Châteaux & Hôtels Collection, aujourd'hui une bonne partie de leur offre est sur notre plateforme. Sur les plus de 400.000 offres d'hébergement en France, il y a effectivement quelques milliers de gites, des chambres d'hôtels aussi, mais ça ne reste qu'une toute petite partie. A Bordeaux, sur les 8.100 annonces, nous en dénombrons 5,5 % qui sont loués plus de 130 jours par an, pas plus."

Acteur du voyage ou de l'immobilier ?

La volonté qui transparaît dans le discours d'Emmanuel Marill est de positionner clairement Airbnb comme "une plateforme de voyages", en relevant notamment que 15 % des utilisateurs sont des voyageurs d'affaires par exemple, ou en faisant la promotion de l'offre "Expériences" qui permet à tout un chacun d'organiser contre rémunération des activités pour ses hôtes et qui sera lancée à Bordeaux en 2018. Le tout sans s'aventurer sur le terrain de l'immobilier. Mais les questions posées ce matin l'ont ramené vers ce champ, ce qui ne manque d'ailleurs pas de surprendre Emmanuel Marill. Le dirigeant confie en apparté que Bordeaux est "l'une des rares villes où ce sujet est aussi souvent abordé" et affirme que les polémiques sur l'impact d'Airbnb "sont surtout liées à de la méconnaissance ou à de la désinformation".

Dans le public, une dame s'est inquiétée de l'obligation votée en conseil municipal de limiter à 120 jours par an au maximum tout ou partie de son logement, seuil à partir duquel une activité commerciale devra être déclarée. La personne en question a loué une chambre sur Airbnb "tout le mois de juillet, tout le mois d'août et tout septembre", sans un jour de vacance, et s'inquiète de se retrouver "bien au-dessus de la moyenne des 31 jours" constatée à Bordeaux. Mais la vraie problématique se concentre plutôt sur le parc de petits logements qui quittent le marché locatif pour être loués exclusivement sur la plateforme, au détriment des étudiants qui ont éprouvé en cette rentrée les pires difficultés pour se loger. Pour Emmanuel Marill :

"Sur les 130.000 logements à Bordeaux, il y en a 500 à 450 qui sont utilisés pour une activité professionnelle via Airbnb, et deux-tiers d'entre eux conviendraient à des étudiants. La législation se met en place pour éviter une explosion de ce type d'hébergement professionnalisé. Nous travaillons avec l'Etat, avec les collectivités et nous ferons des propositions pour que les étudiants puissent gagner de l'argent plus facilement grâce à Airbnb. Beaucoup d'entre eux louent déjà leur studio le week-end quand ils rentrent chez leurs parents. Il n'est pas question de malmener les étudiants qui sont, de plus, notre principale clientèle."

A son tour Stephan Delaux, adjoint au maire de Bordeaux en charge du tourisme et de la promotion touristique du territoire, a pris la parole dans le public pour évoquer un sujet proche : la concentration de l'offre d'hébergement dans l'hyper-centre :

"Cette offre doit être limitée. Ensemble, nous devons arriver à gérer cela. Le problème des étudiants, c'est de gagner un peu d'argent pour financer leurs études mais c'est aussi d'arriver à trouver un logement dans le centre, et le problème est le même pour les jeunes couples qui cherchent à s'y installer. Pour nous, c'est un souci. Comment répartir l'offre ? Sur les 28 communes de la métropole, certaines en ont très peu."
"A Paris, l'offre dans les arrondissements centraux se tasse alors que celle de la périphérie explose, répond Emmanuel Marill, confiant en un étalement futur de l'offre. "Les voyageurs fixent comme principaux critères le type de logement et le prix. Si ces critères sont remplis, ce n'est pas grave pour eux si l'hébergement est 10 km plus loin."

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Le directeur général France d'Airbnb a ensuite déjeuné avec le maire de la ville et président de la métropole, Alain Juppé. Ce dernier, interrogé à l'issue, a dit "croire aux vertus du dialogue. L'économie du partage est très développée à Bordeaux". Mais elle pose des problèmes dans le cas d'Airbnb : "La question de la perte des recettes fiscales est en passe d'être réglée puisqu'Airbnb collectera la taxe de séjour en 2018. Il y a aussi la question de la concurrence déloyale du secteur immobilier traditionnel, et les effets d'éviction dans certains quartiers, où il n'y a plus de locataires de longue durée, et cela commence à apparaître dans Bordeaux. La grande question est de savoir s'il y a de vrais professionnels de la location sur Airbnb. On ne sait pas encore si des sociétés achètent plusieurs biens pour les mettre en location sur ce site. (...) Pour combattre cela nous mettons en place l'interdiction de louer plus de 120 jours" au-delà duquel le propriétaire devrait déclarer un changement d'usage et sera soumis à une fiscalité tout autre, "une obligation de télédéclaration et une équipe de contrôle. J'ai expliqué tout cela à M. Marill et je crois qu'il l'a compris." Quid des chiffres réels d'Airbnb à Bordeaux, ceux annoncés par la plateforme étant très éloignés de ceux de l'Observatoire Airbnb fondé par Matthieu Rouveyre, conseiller municipal d'opposition à la mairie de Bordeaux et adversaire politique direct d'Alain Juppé ? Airbnb accepterait-elle de partager ses données plus largement avec la collectivité, de manière à avoir une réponse plus fine ? "Nous l'espérons. Certains chiffres qui ont été mis en circulation n'ont aucune crédibilité", assène Alain Juppé. Sollicité sur le même sujet, Emmanuel Marill affirme que la plateforme communique déjà beaucoup d'informations, jusqu'à la strate du quartier par quartier, à la collectivité. Mais qu'elle n'ira pas plus loin que ce que la CNIL lui permet en matière de protection des données des utilisateurs.

Mikaël Lozano

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