L’aéroport de Bordeaux déploie sa stratégie anti-TGV

Jean-Philippe Déjean

Air france-klm, a suivre a la bourse de paris
Marcus Donner

Jean-Philippe Déjean

Air france-klm, a suivre a la bourse de paris
Marcus Donner
L'an dernier l'aéroport international de Bordeaux-Mérignac a encore enregistré une forte hausse de son trafic, à +7,7 %, ce qui lui a permis d'atteindre la barre des 6,2 millions de passagers. Dire que la plateforme aéroportuaire bordelaise multiplie les records de hausse n'est pas exagéré. Entre 2009 et 2017 son trafic a ainsi grimpé de +87 % et en gagnant 500.000 passagers de plus l'an dernier, l'aéroport a établi un record jamais atteint au cours des huit dernières années.
Pour faire face à cette croissance du trafic et à l'installation de nouvelles compagnies aériennes, l'aéroport, dont Pascal Personne est le président du directoire, annonce un plan d'investissement de 130 M€ sur six ans, soit un investissement annuel deux fois et demi supérieur à la moyenne sur ces cinq dernières années. L'arrivée des TGV à Bordeaux depuis juillet 2017 modifie cependant la donne, comme l'avait anticipé la direction de l'aéroport. La concurrence que livre désormais chaque jour la SNCF à la navette Air France sur la liaison Bordeaux-Paris se fait sentir, sans entamer encore en profondeur la dynamisme du trafic.
Avec une hausse de +0,6 % en 2017, pour un total d'un peu plus de 3 millions de passagers, le trafic national devient franchement poussif comparé à la croissance à l'international, qui enregistre un bond de +17 %. La tonicité du trafic domestique est clairement plombée par la concurrence du TGV Bordeaux-Paris puisque la liaison avec la capitale affiche un recul de 7,5 % sur l'année, avec 1,5 million de passagers transportés. Ce qui rappelle l'importance structurelle de cette route aérienne vers Paris pour l'aéroport de Bordeaux. Et qui démontre, si besoin était, que la perte de trafic se focalise sur la navette Air France à destination de l'aéroport de Paris-Orly.
La direction de l'aéroport minimise toutefois l'impact de cette concurrence ferroviaire.
Sachant qu'Air France reste la première compagnie aérienne à opérer sur la plateforme bordelaise, avec 2,2 millions de passagers et 36,1 % de part de marché. Ce qui n'empêche pas qu'en décembre dernier le trafic sur la liaison aérienne Bordeaux-Paris ait sévèrement chuté de 28 % par rapport à la même période en 2016.
Londres est en terme de trafic la troisième ville desservie depuis Bordeaux, après Lyon.
Les quatre destinations nationales derrière Paris sont Lyon, avec 529.822 passagers en 2017 et une hausse de +4,4 %, Marseille (295.208 passagers, +17,2 %), Nice (199.927 passagers, +19,3 %) et Lille (149.723 passagers, +0,8 %). A noter toutefois la forte progression annuelle de Strasbourg, à +18 % avec 128.512 passagers. La croissance de l'aéroport de Bordeaux a été portée par un trafic international lui-même dopé par l'ouverture de 17 nouvelles lignes et l'arrivée de cinq compagnies : Blue Air, Lufthansa, Air Corsica, Aigle Azur et Wizz Air.
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La direction souligne à ce propos que les "87 destinations régulières au plus fort de la saison et 104 lignes aériennes opérées par 31 compagnies" n'ont provoqué qu'une augmentation de +1,9 % des mouvements d'avions "en forte décorrélation avec la hausse du trafic, grâce à l'utilisation d'avions de plus grosse capacité". Avec 3,1 millions de passagers en 2017 le trafic international prend la tête devant les liaisons domestiques. Sans surprise Londres et ses trois aéroports (Gatwick, Luton, Stanted) s'impose comme la première destination à l'international, avec 458.459 passagers, ce qui place la capitale britannique juste derrière Lyon.
Tandis que le trafic à destination de Gattwick recule de -6,5 % (291.252 passagers en 2017), celui de Luton progresse de +6 % (83.557 passagers) et Stanted explose à +42,1 % (83.650 passagers). Il va peut-être falloir croiser les doigts à l'aéroport de Bordeaux pour que le Brexit ne provoque pas une nouvelle rupture entre l'Angleterre et l'Aquitaine.
Amsterdam s'impose comme la deuxième destination à l'international, avec 306.004 passagers en 2017 (-1,6 %), devant Genève (205.854 passagers, +5,1 %). Suivent ensuite Lisbonne (168.638 passagers, +23,8 %), Barcelone (161.281 passagers, +36,5 %), Bâle-Mulhouse (115.966, +1,5 %) et Madrid (102.868 passagers), qui voit exploser sa fréquentation, à +51,1 %. Cette importance croissante de l'international est elle-même directement liée au développement du trafic généré par les compagnies à bas coût. Un axe stratégique déterminant développé depuis une dizaine d'années pour préparer l'arrivée du TGV, dont l'impact sur la fréquentation de la navette Bordeaux-Paris d'Air France fait l'objet de discrètes réflexions depuis près de trente ans.
En 2017 les compagnies à bas coût, qui disposent avec « billi » de leur propre hall d'embarquement, ont généré un trafic de 2,9 millions de passagers à l'international, sur un total de 3,1 millions. Si le trafic passager a augmenté de +87 % entre 2009 et 2017, le trafic low cost enregistre pendant la même période une hausse de +84 %. Destinations nationales et internationales comprises, les liaisons low cost représentent ainsi 3,1 millions de passagers, soit 50 % de l'activité globale.
Leader parmi ces compagnies à bas coût, Easyjet domine la concurrence avec 1,7 millions de passagers en 2017 (28,5 % de part de marché), pour une croissance de +11,5 % pendant l'année. D'où l'annonce par cette compagnie de la création, d'ici fin mars 2018, d'une base à Bordeaux, avec le positionnement permanent de trois Airbus A320 ainsi que le recrutement direct de 110 salariés. Avec au bout du compte une offre de 2 millions de sièges au départ de Bordeaux (+21 %) et la création de sept nouvelles lignes : Bastia, Catane (Sicile), Héraklion, Luxembourg, Tel Aviv, Londres Southend et Faro (Portugal).
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Viennent ensuite Volotea Airlines (7,8 % de part de marché), Ryanair LTD (6,8 %), KLM (3,7 %), Vueling Airlines (2 %), British Airways (1,8 %), Tui Airlines Belgium et Royal Air Maroc, à 1,4 % pour chacune, et Aer Lingus (1,1 %). L'aéroport va réaliser des travaux pour améliorer de +50 % le débit horaire des passagers low cost au terminal « billi ». Il sera possible de savoir à partir de 2021, date de sa mise en service, si l'extension du tram jusqu'à l'aéroport stimule le trafic aérien.
Jean-Philippe Déjean
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