La mairie de Bayonne en passe de payer en eusko, la monnaie locale

Mila Ta ninga

Eusko, monnaie du Pays basque
Isabelle Miquelestorena

Mila Ta ninga

Eusko, monnaie du Pays basque
Isabelle Miquelestorena
C'est une bataille qui se joue à coup de textes de lois et la préfecture des Pyrénées-Atlantiques se serait trompée de cible. Ce n'est pas la délibération qu'il aurait fallu attaquer mais la convention signée entre la mairie de Bayonne et l'association Euskal Moneta, qui a lancé l'eusko en 2013. Dans tous les cas, le grief reste le même. La préfecture des Pyrénées Atlantiques, oppose une loi de novembre 2012 à la décision de la mairie. Elle explique que "tout moyen ou instrument de paiement prévu par le code monétaire et financier peut servir aux dépenses publiques". Ce décret est suivi d'un arrêté (décembre 2012) qui énumère les moyens de paiement prévus par le code, dans lequel ne figurent pas les monnaies locales.
De son côté, Jean-René Etchegaray, le maire de Bayonne, l'assure : "La lecture de la loi que l'Etat fait, n'est pas la nôtre." L'édile se réfère à la loi dite Hamon de juillet 2014 qui "reconnaît officiellement les monnaies locales complémentaires".
Avec la convention signée mercredi 10 janvier, soit deux jours avant l'audience en référé, la demande de retrait de la délibération est donc caduque, par effet mécanique. La question est de savoir si la préfecture des Pyrénées-Atlantiques va ou non déposer un recours contre la mise en place de cette convention.
La convention signée entre la mairie et Euskal Moneta permet d'ores et déjà aux citoyens de payer tous les services municipaux en eusko. Ne reste plus qu'à mettre en place la partie sur les dépenses, qui pourrait permettre à la mairie de payer en monnaie locale les indemnisations des élus, par exemple, des subventions aux associations ou encore les manuels scolaires auprès de libraires.
Pour échanger ses euros en euskos, il suffit de se rendre dans un des commerces qui font office de bureaux de change. Comme au Café des Pyrénées, dans le petit Bayonne. "Les adhérents viennent et me donnent de l'argent en chèque ou en espèces et je leur rends l'équivalent en euskos. Pour 1 euro, je donne un eusko", explique Sandrine Dulong, la patronne du café.
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D'ailleurs, selon les calculs de l'association, 51 % des membres professionnels adhérents ont ajouté un nouveau fournisseur local pour réutiliser leurs euskos.
Pour le moment, il y a 406.000 euskos sous forme numérique et 350.000 euskos sous forme de billets en circulation. "Tout est garanti. Le moindre eusko émit à son équivalent en euros en réserve. Il n'y a pas de risque pour les porteurs", rassure Dante Edme-Sanjurjo.
Le système de l'eusko permet également de financer des projets locaux. Lorsqu'un eusko est échangé en euro, il perd 5% de sa valeur. Ces 5 % sont réinvestis dans des projets pour aider au développement d'entreprises ou d'associations.
Crédit photo : Isabelle Miquelestorena
Chaque adhérent de l'association Euskal Moneta s'engage à faire développer l'économie locale. Parmi les 3.000 adhérents, 700 sont des professionnels du Pays basque. Ils englobent une partie de l'économie existante sur le territoire. L'eusko permet autant de faire son contrôle technique que d'aller chez le médecin, se restaurer, se coiffer, acheter du vin, du pain, du fromage, de la viande, du poisson mais aussi de payer ses loisirs, des vêtements ou aller voir des spectacles ou le médecin. Michèle Balascain, maraîchères aux halles de Bayonne, utilise l'eusko depuis 3 ans :
Dante Edme-Sanjurjo, le président de l'association Euskal Moneta, fait même une lecture historique de l'utilisation de l'eusko.
L'eusko sert à la transition écologique, la redynamisation du territoire par son économie et la sauvegarde de la langue et de la culture basque. "Ici, dans le Pays basque Nord, notre langue est encore menacée de disparition", assure Dante Edme-Sanjurjo D'ailleurs, les commerces s'engagent à mettre un affichage bilingue, en français et en basque. Laetitia Jamein est fromagère dans le centre-ville de Bayonne. Elle utilise les euskos depuis l'ouverture de sa boutique, il y a deux ans.
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C'est d'ailleurs une des raisons de la mise en place de l'eusko. "Nous voulons que le basque ait autant droit de cité que le français dans les villes du Pays basque", souligne Dante Edme-Sanjurjo.
Mila Ta ninga