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La mairie de Bayonne en passe de payer en eusko, la monnaie locale

Photo de Mikaël Lozano

Mila Ta ninga

Publié le 15 janvier 2018 à 13:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:27

Eusko, monnaie du Pays basque

Eusko, monnaie du Pays basque

Isabelle Miquelestorena

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Le tribunal administratif de Pau vient d'ordonner un non-lieu contre le référé de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques. L'État demandait l'annulation de la délibération de la mairie de Bayonne qui lui permet de recevoir et d'effectuer des paiements en eusko, la monnaie locale du Pays basque. L'État aurait dû attaquer le contrat qui permet à la mairie de Bayonne d'utiliser les euskos, pas la délibération. Reportage.

C'est une bataille qui se joue à coup de textes de lois et la préfecture des Pyrénées-Atlantiques se serait trompée de cible. Ce n'est pas la délibération qu'il aurait fallu attaquer mais la convention signée entre la mairie de Bayonne et l'association Euskal Moneta, qui a lancé l'eusko en 2013. Dans tous les cas, le grief reste le même. La préfecture des Pyrénées Atlantiques, oppose une loi de novembre 2012 à la décision de la mairie. Elle explique que "tout moyen ou instrument de paiement prévu par le code monétaire et financier peut servir aux dépenses publiques". Ce décret est suivi d'un arrêté (décembre 2012) qui énumère les moyens de paiement prévus par le code, dans lequel ne figurent pas les monnaies locales.

De son côté, Jean-René Etchegaray, le maire de Bayonne, l'assure : "La lecture de la loi que l'Etat fait, n'est pas la nôtre." L'édile se réfère à la loi dite Hamon de juillet 2014 qui "reconnaît officiellement les monnaies locales complémentaires".

"Je fais une lecture républicaine et juridique de la loi, souligne le maire de Bayonne, avocat de profession. Je ne comprends pas qu'on ait une loi qui nous dise que les monnaies locales sont admises, et qu'on ait une administration qui vienne sur la base d'un arrêté ancien et antérieur à cette loi nous dire que ce n'est pas possible. Je comprends que cette crispation puisse exister, mais alors il ne faut pas dire que la République française est une république décentralisée."

Avec la convention signée mercredi 10 janvier, soit deux jours avant l'audience en référé, la demande de retrait de la délibération est donc caduque, par effet mécanique. La question est de savoir si la préfecture des Pyrénées-Atlantiques va ou non déposer un recours contre la mise en place de cette convention.

"Je crois qu'il y a une crispation jacobine, parce qu'au Pays basque la monnaie locale marche très bien, poursuit le maire de Bayonne. L'eusko est une grande réussite, c'est même une des plus grandes réussites en Europe. Et cette réalité-là doit gêner. Je crois qu'il y a une volonté de centralisation. C'est l'argent de notre territoire, puisqu'il est issu de l'économie et de l'énergie du Pays basque. Il n'y a aucune raison qu'on ne veille pas que cet argent reste sur notre territoire. Ce que je fais avec la ville de Bayonne, je le proposerai à la Communauté Pays basque dans les jours qui viennent."

La convention signée entre la mairie et Euskal Moneta permet d'ores et déjà aux citoyens de payer tous les services municipaux en eusko. Ne reste plus qu'à mettre en place la partie sur les dépenses, qui pourrait permettre à la mairie de payer en monnaie locale les indemnisations des élus, par exemple, des subventions aux associations ou encore les manuels scolaires auprès de libraires.

1 eusko = 1 euro

Pour échanger ses euros en euskos, il suffit de se rendre dans un des commerces qui font office de bureaux de change. Comme au Café des Pyrénées, dans le petit Bayonne. "Les adhérents viennent et me donnent de l'argent en chèque ou en espèces et je leur rends l'équivalent en euskos. Pour 1 euro, je donne un eusko", explique Sandrine Dulong, la patronne du café.

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"On l'utilise énormément ici. On est dans un quartier populaire où il y a beaucoup de locaux. C'est toute la journée qu'on nous paye en euskos autant qu'en euros. Il y a un bel échange, 10 % du chiffre quand même. Ce n'est pas rien. Et ce serait intéressant pour nous de pouvoir payer les frais pour la terrasse à la mairie en eusko, pour une cohésion à tous les niveaux."

D'ailleurs, selon les calculs de l'association, 51 % des membres professionnels adhérents ont ajouté un nouveau fournisseur local pour réutiliser leurs euskos.

"Même si l'eusko est minoritaire, le système marche, assure Dante Edme-Sanjurjo, le président de l'association Euskal Moneta. On a introduit des comptes en ligne en euskos que nous gérons nous-même avec une carte de paiement. Aujourd'hui la ville de Bayonne essaie de faire une avancée pour l'eusko. Ce serait valable pour toutes les monnaies locales de France. Mais tout cela n'est qu'un début. En nombre d'adhérents nous ne représentons que 1 % de la population du Pays basque."

Pour le moment, il y a 406.000 euskos sous forme numérique et 350.000 euskos sous forme de billets en circulation. "Tout est garanti. Le moindre eusko émit à son équivalent en euros en réserve. Il n'y a pas de risque pour les porteurs", rassure Dante Edme-Sanjurjo.

"On estime qu'un euro change quatre fois de main dans une année et l'eusko fait au moins aussi bien que l'euro. Avec nos 750.000 euskos en circulation, nous générons 3 millions d'euros de chiffre d'affaires au Pays basque. En un an, nous avons augmenté de 40 % le nombre d'euskos en circulation. Et chaque mois 30.000 euskos sont crédités sur les plus de 900 comptes ouverts par des particuliers."

Le système de l'eusko permet également de financer des projets locaux. Lorsqu'un eusko est échangé en euro, il perd 5% de sa valeur. Ces 5 % sont réinvestis dans des projets pour aider au développement d'entreprises ou d'associations.

Crédit photo : Isabelle Miquelestorena

L'eusko, une économie complémentaire, solidaire et relocalisée

Chaque adhérent de l'association Euskal Moneta s'engage à faire développer l'économie locale. Parmi les 3.000 adhérents, 700 sont des professionnels du Pays basque. Ils englobent une partie de l'économie existante sur le territoire. L'eusko permet autant de faire son contrôle technique que d'aller chez le médecin, se restaurer, se coiffer, acheter du vin, du pain, du fromage, de la viande, du poisson mais aussi de payer ses loisirs, des vêtements ou aller voir des spectacles ou le médecin. Michèle Balascain, maraîchères aux halles de Bayonne, utilise l'eusko depuis 3 ans :

"J'ai deux fournisseurs en amont qui prennent l'eusko, je les règle avec ça. Et les clients qui viennent me payent avec l'eusko. C'est un véritable circuit fermé. Souvent nous les Basques on est reconnu pour avoir une identité forte, mais on n'est pas les seuls à avoir une monnaie locale."

Dante Edme-Sanjurjo, le président de l'association Euskal Moneta, fait même une lecture historique de l'utilisation de l'eusko.

"La monnaie unique a été un bien pour l'Europe, ça a permis de relier les peuples et les états entre eux et de construire ensemble, mais pour autant, on a toujours vu dans l'histoire des monnaies locales. Il y avait une monnaie pour les échanges locaux et une monnaie pour les échanges entre territoires. Tout le monde a à y gagner. Derrière il y a des enjeux locaux de développement territorial, mais aussi des enjeux qui sont mondiaux comme lutter contre le réchauffement climatique. C'est ce que fait l'eusko à son échelle, en transportant des marchandises dans un périmètre donné. C'est une solution de transition écologique grâce au développement des circuits courts. Et je pense que le Pays basque peut devenir un territoire leader dans ce domaine."

L'eusko défend la culture du Pays basque

L'eusko sert à la transition écologique, la redynamisation du territoire par son économie et la sauvegarde de la langue et de la culture basque. "Ici, dans le Pays basque Nord, notre langue est encore menacée de disparition", assure Dante Edme-Sanjurjo D'ailleurs, les commerces s'engagent à mettre un affichage bilingue, en français et en basque. Laetitia Jamein est fromagère dans le centre-ville de Bayonne. Elle utilise les euskos depuis l'ouverture de sa boutique, il y a deux ans.

"Quand on choisit de prendre des euskos dans sa boutique, on prend aussi des engagements. Et à titre personnel, c'est intéressant parce que ça me permet aussi de parler basque avec les gens qui utilisent les euskos. C'est promouvoir les produits et services locaux mais aussi la défense de notre culture."

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C'est d'ailleurs une des raisons de la mise en place de l'eusko. "Nous voulons que le basque ait autant droit de cité que le français dans les villes du Pays basque", souligne Dante Edme-Sanjurjo.

Mila Ta ninga

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