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Face à la pénurie de main d'oeuvre dans le bâtiment, Sweetcom crée son centre de formation

Photo de Pierre Cheminade

Nina Tapie

Publié le 29 mai 2018 à 12:10 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:55

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Malgré une activité en pleine expansion, Sweetcom, entreprise de rénovation énergétique, rencontre des grandes difficultés de recrutement. La PME néo-aquitaine investit 100.000 € pour ouvrir son propre centre de formation. Objectifs : pallier la pénurie de candidats qualifiés et former aux nouveaux métiers de la filière. Raphaël Mignon, créateur et dirigeant de Sweetcom distribution, revient sur cette décision.

Créée en 2002 par Raphaël Mignon, Sweetcom est spécialisée dans la rénovation énergétique de l'habitat. La PME basée en Sud-Charente est aujourd'hui composée d'une dizaine de structures et filiales qui totalisent 550 salariés pour 60 M€ de chiffre d'affaires en 2017, en hausse de 19 % sur un an. Elle propose une offre intégrée - pas de sous-traitance commerciale ou technique - et privilégie les produits de fabrication française. Grâce à des partenariats de R&D, Sweetcom propose des innovations énergétiques dans les domaines du solaire aérovoltaïque et photovoltaïque, du chauffage et de la thermodynamie. Le groupe vise 70 M€ de chiffre d'affaires en 2018 mais ne parvient pas à recruter sur certains postes techniques. Pour y remédier, elle projette d'ouvrir son propre organisme de formation en septembre prochain, comme l'explique Raphaël Mignon, le PDG de l'entreprise.

La Tribune : Vous avez une cinquantaine d'emplois à pourvoir dans les deux prochaines années : plombiers, frigoristes électriciens. Ces profils sont-ils si difficiles à recruter ?

Raphaël Mignon : Nous avons besoin de tous les métiers du bâtiment : des menuisiers, des couvreurs, des maçons pour notre volet piscine dont le carnet de commande est déjà plein et pour lequel il est très difficile de recruter. Il y en a peu en général sur le marché et encore moins qui sont prêts à se déplacer ! Nous avons des obligations de déplacement, 2-3 nuits par semaine : pendant les pics d'activité, des équipes partent de Charente pour venir en renfort du personnel des stations techniques partout en France. Beaucoup de candidats sont réfractaires à cela.

Le gouvernement qui est là depuis un an déjà a supprimé les contrats d'avenir. Avant, on pouvait prendre pendant 3 ans un jeune pour un coût moindre grâce à l'exonération des charges. Cela concernait 10-15 personnes par an sur les trois dernières années, dont les trois-quarts sont toujours dans l'entreprise. Nous avons des emplois fixes et durables pour ces jeunes qui ont un nombre d'années d'étude faible, avec des expériences plus ou moins réussies, qui ne savent pas quoi faire, qui ont été orientés sans volonté [...] Ce sont ces jeunes qu'ils faut re-formater, ce sont eux qui sont motivés. Ceux qui ont suivi un BEP ou un CAP, même s'ils ne l'ont pas terminé, ont des bases et nous ne sommes pas obligés de repartir à zéro.

Il n'existe pas suffisamment de centres de formation pour vos métiers ?

Il y a très très peu de centre de formations, à part quelques-uns dans le Sud-Est. Nos produits nécessitent des compétences élargies. Par exemple, poser une pompe à chaleur pour remplacer une chaudière à fioul demande des compétences de plombier, de frigoriste et d'électricien. Les centres de formation qui existent ne forment pas des techniciens avec des aptitudes de compétences dans les trois domaines. Chaque année on a quelques apprentis, entre 3 et 5, ou des stagiaires, qui sont sensibilisés à ces nouveaux métiers qui commencent à être intégrés aux programmes scolaires, mais qui restent survolés.

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Quand et où prévoyez-vous d'ouvrir votre structure de formation ?

Nous travaillons à ce que le centre de formation soit opérationnel à partir de septembre. Il s'agira d'une structure autonome agréée centre de formation et bénéficiant de budgets formation. La loi a évolué et a ajouté des contraintes juridiques et administratives, sinon le centre de formation serait déjà ouvert je pense. Les collectivités sont au courant et encourageantes. Le lieu n'est pas encore arrêté, on en étudie plusieurs, il faut qu'il soit assez proche de nos bassins d'emplois, en Gironde ou en Charente sûrement.

Trois grands fabricants européens sont associés au projet et aident à le co-financer : Bosch, Mitsubishi Electric et Jolly-Mec (qui fait entres autres des poêles à granules). Ils pourront facturer à Sweetcom des prestations pour former leur personnel. Les produits qu'on traite sont changeants et nécessitent une formation continue. D'un point de vue financier, pour les locaux, les équipements... le projet nous aura couté à peu près 100.000 €.

D'où vient le problème ? De la concurrence ? D'une mauvaise image de la filière... ?

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Il y a beaucoup de chômage en France, mais les pénuries dans certains domaines sont catastrophiques. Dans le bâtiment, il manque des terrassiers par exemple, certains sont obligés de limiter leur développement parce qu'ils ne trouvent personne ! Pour moi, c'est un problème d'orientation. Beaucoup d'établissements scolaires envoient les jeunes dans le mur. Si on propose un poste dans l'administration, on enlève l'annonce au bout de trois jours parce qu'on a trop de candidatures. Pour un poste technique, on peut  recevoir seulement trois CV en quinze jours. Ça fait quinze ans que l'entreprise existe et ça fait quinze ans qu'on reçoit des CV à côté de la plaque ! Dans une ville des environs, 30-40 jeunes sont orientés chaque année vers un bac pro "maintenance industrielle", ce qui est pour eux un énorme handicap. Alors que quelqu'un avec un BEP plombier motivé est sûr à 400 % de trouver un boulot et d'être bien payé !

Nina Tapie

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