Aquitem : "31 ans après, on fait toujours le même métier mais ça n'a plus rien à voir"

Pierre Cheminade

Agnès Passault
Agence APPA

Pierre Cheminade

Agnès Passault
Agence APPA
Après les dirigeants de Thales, d'Immersion, d'Oxbow ou encore de CNB-Lagoon, c'était au tour d'Agnès Passault, présidente du groupe girondin Aquitem et du cluster Digital Aquitaine, de se prêter au jeu des questions-réponses lors du Petit déjeuner de La Tribune, animé par Jean-Philippe Déjean et organisé en partenariat avec le Crédit agricole d'Aquitaine, à l'Intercontinental Bordeaux - Le Grand Hôtel, vendredi 14 septembre. Titulaire d'un Bac scientifique et diplômée de l'IUT '"Tech de co" de Bordeaux et d'un master en management et administration des entreprises de l'IAE de Bordeaux, Agnès Passault a créé Aquitem avec son époux en 1987 autour d'outils de gestion pour les parfumeurs, la profession de ses parents. Internet n'était encore qu'un doux rêve et 31 ans plus tard, la PME affiche 10 M€ de chiffre d'affaires et emploie 120 salariés principalement dans le domaine de la gestion et fidélisation clients, de l'hébergement de données et de leur visualisation. "On fait toujours le même métier mais en réalité ça n'a plus rien à voir", sourit la dirigeante.
Aquitem trouve son origine dans "la création de Pastel, un logiciel prédictif des ventes de parfums, produit par produit, pour pouvoir affiner les stocks et les commandes", explique Agnès Passault, qui ajoute : "Aujourd'hui on parlerait d'intelligence artificielle et on ferait une levée de fonds mais c'était bien différent à l'époque !" Pour Aquitem, la bascule intervient néanmoins très rapidement quand, en 1994, l'outil novateur développé en interne séduit Marcel Frydman, le PDG des parfumeries Marionnaud, dont la chaîne de 40 magasins est à l'aube d'une très forte croissance. Les destins des deux entreprises deviennent alors indissociables tant Marionnaud prend une position de donneur d'ordre incontournable, tirant Aquitem dans son sillage :
Les effectifs et la structuration d'Aquitem se sont adaptés à cette croissance rapide, passant de deux personnes en 1987 à 15 en 1994 puis une centaine autour de l'an 2000. Depuis 2015, Marionnaud, passé sous pavillon chinois, n'est plus client d'Aquitem mais l'entreprise a su négocier ce virage stratégique avec un portefeuille de clients qui compte actuellement "60 enseignes représentant 7.000 points de vente et plusieurs millions de cartes de fidélité." Y figurent notamment les enseignes Gamm Vert, La Mie Câline, Provalliance, Synalia et des réseaux de parapharmacie.
Jean-Philippe Déjean et Agnès Passault (Crédits : Agence APPA).
Parallèlement, Aquitem a procédé à cinq rachats d'entreprises depuis sa création dont l'hébergeur de données Alienor.net dès 1999, à la veille de l'explosion de la bulle Internet. "Notre objectif était d'atteindre un portefeuille de clients pour Alienor suffisamment important pour justifier les infrastructures dont nous avions besoin pour développer Aquitem", explique Agnès Passault. Aujourd'hui, l'activité du groupe se répartit entre la fidélisation clients (70 %), l'hébergement de données et, de manière croissante, par "l'exploration et l'exploitation intelligence des données via l'outil 'Mydataviz' développé en interne et déployé notamment pour le compte de Semitour, l'exploitant de Lascaux IV", précise l'entrepreneure. Il s'agit de récupérer les données (parcours, temps, enquêtes de satisfaction, etc...) afin de pouvoir les visualiser en temps réel si nécessaire.
C'est d'ailleurs toujours sur le site de Lascaux IV qu'Aquitem teste son futur produit dans le domaine de la robotique :
Très bien insérée dans l'écosystème local - que ce soit avec l'IAE de Bordeaux, dont elle est partenaire pour la réalisation d'un baromètre annuel du marketing et de la fidélisation, le Syrpin, qu'elle a présidé de 2014 à 2018, le cluster Digital Aquitaine, qu'elle préside depuis 2017, ou encore French tech Bordeaux - Agnès Passault est aussi l'une des chevilles ouvrières de l'organisation de la Robocup à Bordeaux en 2020 :
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Enfin, interrogée sur les difficultés de recrutement rencontrées par les entreprises du numérique de la région, Agnès Passault confirme l'ampleur de la problématique :
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Et entre les sirènes des startups et les avantages des grands groupes, la cheffe d'entreprise alerte sur le besoin de transformation numérique des TPE et PME, sur les opportunités d'emplois qu'elles peuvent représenter et sur le rôle qu'elles jouent dans l'écosystème local :
Pierre Cheminade