L’alimentation durable, de l’environnement à la santé

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"Une alimentation durable est une alimentation favorable à la santé, issue d'un système de production alimentaire durable pour la planète. Selon l'OMS, favorable à la santé signifie qu'elle permet un bien-être physique, mental et social." Telle est la définition donnée en préambule Véronique Pallet, vice-présidente en charge de la Recherche et du Transfert de technologie de Bordeaux INP.
Fernando Leal-Calderon, directeur de l'ENSCBP (1) - Bordeaux INP, souligne l'existence de trois piliers dans le développement durable, avec donc un triple défi : l'environnemental, le sociétal et l'économique. La dimension quantitative est aussi présente. "Nous devrons assurer 70% de ressources supplémentaires en 2050, dans un monde qui devrait compter entre 9 et 10 milliards d'habitants, estime-t-il. La filière agricole doit produire sans abimer la planète. L'agriculture bio et l'agriculture intensive doivent cohabiter. Il faut encourager l'agriculture productive à utiliser moins d'intrants, moins de produits phytosanitaires. Il faut aussi créer de la valeur économique et des emplois dans les territoires."
Pierre Couderc rappelle que "pour une coopérative comme Euralis, il faut ramener l'équation au niveau des territoires, et le nôtre a des atouts à faire valoir pour se positionner sur le créneau de l'alimentation durable". Pour lui "nous sommes à un point d'inflexion : nous avons vécu avec le souci de nourrir ; aujourd'hui la question est : comment nourrir de façon durable ?"
L'étude de 37 chercheurs publiée récemment par The Lancet pose d'autres défis, selon Véronique Pallet. "Cette étude met en avant l'aspect qualitatif : l'alimentation doit maintenir en bonne santé. Il faut nourrir ceux qui n'ont pas assez à manger aujourd'hui, mais aussi nourrir mieux ceux qui mangent trop. Il faut pour cela réduire certains produits générateurs de carbone, en particulier les viandes rouges, et revenir à une consommation de produits céréaliers complets, privilégier les farines complètes, qui conserve les nutriments essentiels et les fibres. Il faut aussi manger beaucoup de fruits et légumes, assez modérément des produits laitiers. Ce profil alimentaire est sensé convenir à tous les types de société. Il est adaptable à tous les modes de consommation à condition de pouvoir produire ces produits", résume-t-elle.
Pierre Couderc souligne la croissance forte de la production bio chez Euralis, aujourd'hui aux alentours de 7% en moyenne, et à un peu plus de 10% pour les viandes. Mais il note les forts investissements nécessaires, qui se chiffrent pour Euralis à plusieurs centaines de millions pour la trentaine d'années à venir. Pour le "manger local", Euralis a lancé "La Table du producteur", des corners ouverts à ses producteurs dans ses magasins Point Vert. Cela représente déjà un CA cumulé de 7 M€ pour 300 producteurs. Le premier vrai magasin "La Table des producteurs" est prévu à Sainte-Eulalie (Gironde) en 2019. Euralis travaille aussi sur la limitation du packaging, et joue la carte de l'emballage recyclable, en privilégiant des produits plus frais, avec des réseaux de distribution plus directs.
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La question du véganisme figure au rang des défis à relever. "La consommation de viande, rouge en particulier, est excessive et pas bonne pour la santé. La hausse de la production de protéines végétales est une évidence. Soja, pois chiches, légumineuses sont des compléments intéressants pour des rotations de cultures. Donc, ce n'est pas une mode, mais cela représente de grandes opportunités pour le futur" remarque Pierre Couderc. Il souligne aussi qu'il faut "apprendre à se passer le plus possible des additifs".
La disponibilité de l'eau dans les années futures figure au rang des casse-têtes. "On risque d'avoir des conflits d'usage entre eau potable, eau d'irrigation et eau industrielle" prévient Alain Dupuy. "On envisage une multiplication par 6 des déficits hydriques dans le Bassin Adour-Garonne d'ici 2050, avec une division par deux du débit de la Garonne à l'étiage" annonce cet hydrogéologue, directeur de l'ENSEGID (2) - Bordeaux INP.
Il convient encore de réduire les produits phytosanitaires qui ont un impact sur l'eau et les écosystèmes. Plusieurs stratégies existent selon Fernando Leal-Calderon : l'agriculture bio, les produits phytosanitaires bio-dégradables, l'agriculture de précision (avec surveillance accrue et fine des parcelles, géolocalisation et utilisation des données), le biocontrôle, avec l'utilisation de ravageurs bio (avec un risque d'introduire une nouvelle espèce dans un milieu).
On le voit, les défis à relever sont nombreux. Marc Phalippou, directeur général de Bordeaux INP, souligne que les enseignants-chercheurs de Bordeaux INP y travaillent et sensibilisent les étudiants en leur donnant les connaissances et outils nécessaires, et en leur "apprenant à apprendre". "Les conférences-débats comme celle-ci contribuent au transfert de technologies, à diffuser nos savoir-faire auprès du public et des acteurs socio-économiques", note-t-il.
(1) Ecole nationale supérieure de chimie, de biologie et de physique
(2) École nationale supérieure en environnement, géoressources et ingénierie du développement durable
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Primé au Concours Ecotrophelia
Lempoïa, une création d'une équipe d'élèves de l'ENSCBP - Bordeaux INP, simili de Tofu sans soja, produit avec matières premières locales, d'origine bio, riche en protéines de qualité avec tous les acides aminés nécessaires, peu calorique, avec une démarche d'écoconception, sans ajout d'additifs, au bilan carbone cinq fois moins élevé que le tofu, a reçu le "Prix Coup de cœur nutrition Nutrisens 2018". Il a été présenté lors de la conférence en illustration des savoir-faire des élèves-ingénieurs de Bordeaux INP.
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