Alors que la ville de Bordeaux candidate officiellement à l'expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), Catherine Fabre, députée LREM de Gironde et conseillère municipale d'opposition, explique à La Tribune pourquoi elle soutient le projet mais aussi quelles en sont les limites pratiques. "Ce n'est pas une politique de l'emploi de grande échelle. Au mieux, cela concernera entre 60 et 80 bénéficiaires dans un quartier bien précis de Bordeaux et d'ici 18 mois à deux ans", rappelle-t-elle.LA TRIBUNE - Le groupe Renouveau Bordeaux, auquel vous appartenez, et le groupe Bordeaux Ensemble soutiennent le projet de la majorité municipale d'une candidature de Bordeaux pour expérimenter le dispositif TZCLD dans le quartier du Grand Parc. Vous avez aussi voté la proposition de loi à l'Assemblée nationale. Pourquoi ?
CATHERINE FABRE - Parce que c'est un beau dispositif qui se donne pour promesse d'arriver à mettre en relation les besoins d'un territoire et les personnes qui y vivent. Ce sont souvent des services pas rentables, et où il n'y a donc pas d'offre dans le secteur marchand, mais qui apportent néanmoins une valeur ajoutée à la société : services à la personne et de proximité, arrosage et entretien, sensibilisation à l'environnement, etc. Ce que propose l'expérimentation c'est de financer ces services et d'embaucher en CDI des demandeurs d'emploi de longue durée. C'est un projet de territoire gagnant-gagnant qui a démontré sa pertinence mais qui n'a pas encore fait ses preuves autour d'un modèle économique pérenne. C'est pour cela qu'il faut poursuivre les expérimentations.
Quelles sont les conditions de réussite de la candidature bordelaise ?
La première condition c'est de réunir et fédérer l'ensemble des acteurs économiques, politiques et associatifs du territoire et cela prend du temps ! Il faut travailler sur le fond du projet, identifier les besoins et les activités non concurrentielles, associer les chômeurs de longue durée, etc. Ce qui me laisse penser que pour construire une candidature crédible l'horizon de six à sept mois annoncé par la mairie est vraiment très ambitieux. Au regard des projets qui existent ailleurs, notamment à Castillon-la-Bataille, cela prendra probablement plus que six à sept mois pour aboutir à un projet mature.
Par ailleurs, la candidature bordelaise devra démontrer sa spécificité et sa pertinence dans une zone urbaine. Quelles sont les activités non concurrentielles dans une ville comme Bordeaux ? Pour gagner du temps, il faudra, comme l'a compris la mairie, s'appuyer sur une structure ou une entreprise déjà opérationnelle dans le quartier pour porter le projet d'entreprise à but d'emploi (EBE). Et celle-ci devra ensuite trouver un moyen de s'autofinancer parce que les personnes qui seront embauchées en CDI n'auront pas vocation à entrer sur le marché du travail classique. Il y a donc beaucoup de travail à mener dans les prochains et le fait qu'une personne à la mairie soit nommée à plein temps sur ce projet est, de ce point de vue, une très bonne chose.