Sur les bancs en bois sombre du tribunal de commerce de Bordeaux, les mines sont stressées. Un chef d'entreprise fait les cent pas sur les carreaux à damiers. Un autre appelle un proche, à peine sorti de l'audience. Le faste des moulures blanches et les lustres du couloir ne participent pas à réchauffer l'atmosphère. « Vous savez comment ça marche ? », interpelle un homme, visiblement perdu. C'est sa première convocation ici. Et visiblement la dernière. « Je viens pour une liquidation judiciaire », lâche Lucien*, 59 ans, artisan dans la maçonnerie et la taille de pierre. Son entreprise, basée à Pessac depuis 2008, fonctionnait bien. Mais des problèmes sentimentaux lui ont fait perdre les pédales : « Je n'ai pas travaillé pendant un an, et il a fallu rembourser le Prêt garanti par l'Etat souscrit pendant le Covid. »
Dans ces couloirs, l'ordinaire côtoie cette année l'hécatombe des défaillances d'entreprises, conséquence de la crise économique. Sauvegarde, redressement ou liquidation : avec une estimation de 1.800 procédures collectives ouvertes, 2024 bat le record de la crise des subprimes et ses 1.400 procédures collectives. La troisième chambre d'audience, ouverte il y a deux ans pour désengorger les deux autres, a déjà atteint sa capacité maximale. Le tribunal de commerce de Bordeaux traite une centaine d'affaires pour ce seul mercredi.