Chais Monnet à Cognac : un chantier à 60 M€ et 80 recrutements

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Site emblématique de 2,5 hectares voué à l'élaboration et à l'expédition du cognac, les Chais Monnet, situés au centre de Cognac, ont pendant des années constitué une friche industrielle en attente de reconversion. Et c'est l'homme d'affaires anglo-azéri Javad Marandi qui a été retenu à l'été 2016 par la ville de Cognac, propriétaire des lieux, pour transformer cette friche en un réceptif très haut de gamme. Un projet pharaonique à 60 M€ dont la première pierre a été posée également l'an dernier, en octobre.
Né à Téhéran, où sa famille était installée, Javad Marandi a quitté l'Iran pour le Royaume-Uni avec ses parents en 1979 lors de la révolution qui a porté les religieux au pouvoir. Il a repris commercialement pied en Azerbaïdjan après la chute de l'Union soviétique.
Venu du groupe Lucien Barrière, où il a fait l'essentiel de sa carrière, Arnaud Bamvens est le patron opérationnel de ce grand projet dont la pièce maîtresse est un hôtel 5 étoiles de 92 chambres, inclut dans un ensemble de 10 bâtiments. Construire un hôtel pareil dans une ville rurale comme Cognac peut sembler exagéré vu de France, où le cognac a été chassé du marché par le whisky.
Avec 2 % des ventes annuelles, la France a tiré un trait sur le cognac. Mais pas les Etats-Unis où ce spiritueux a connu une véritable renaissance portée par les Afro-américains et impulsée par les rappeurs, à commencer par Busta Rhymes et P. Diddy, avec leur tube fondateur "Pass the Courvoisier" (2001), qui ont initié un puissant rebond des ventes qui n'a fait que s'amplifier par la suite, notamment avec l'entrée dans cette cognac-mania du couple quasi princier du rap, Jay Z et Beyoncé. La série des bouteilles Louis XIII de Rémy Martin, jusqu'à 7.000 $ la bouteille au bouchon incrusté d'un diamant, devenant une sorte d'archétype du bling-bling distingué.
Comme l'explique "Slate", cette mode du cognac aux Etats-Unis remonte à l'arrivée des premiers soldats afro-américains en France au cours de la Première guerre mondiale et au débarquement à Paris du jazz de la Nouvelle-Orléans... Avec en arrière-plan un problème politique difficile à digérer pour ces Américains descendants des victimes de l'esclavage.
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78,7 millions de bouteilles de cognac ont été vendues entre 2016 et 2017 au pays de l'oncle Sam, sur un total de 190,2 millions de cols écoulées dans le monde... Les Etats-Unis représentent ainsi 41,5 % du marché mondial ! Et ils sont désormais suivis de plus en plus près par les Chinois.
Rien d'étonnant alors à ce qu'un homme d'affaires international comme Javad Marandi se soit dit qu'il y avait sûrement quelque chose à faire dans la bonne ville de Cognac.
L'idée est donc de proposer à la clientèle internationale haut de gamme intéressée par le cognac, des conditions d'accueil susceptibles de la convaincre de rester plus longtemps à Cognac.
Le domaine Chai Monnet, étendu sur 2,5 hectares, comprend une dizaine de bâtiments et forme une sorte de petit hameau, qui se compose notamment d'une grande maison de trois étages, avec conciergerie, et de deux très grands chais de 40 mètres de long où seront installés les chambres. Ce domaine sera doté de deux restaurants ouverts à tous. Un restaurant généraliste de 120 places et un établissement gastronomique de 40 places. Sans oublier un bar de 80 places ou encore 7 cabines de soins spa.
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Le directeur général prévoit le recrutement d'environ 80 personnes pour faire tourner cet ensemble hôtelier, avec probablement autant de créations d'emplois chez les sous-traitants. Fixer les visiteurs avec cet ensemble haut de gamme pour inscrire plus facilement Cognac dans des circuits découvertes au départ de Bordeaux, qui connait une croissance très soutenue, c'est l'une des idées qui sous-tend ce grand projet.
Jean-Philippe Déjean