Sud Ouest se lance dans une nouvelle stratégie

Jean-Philippe Déjean

Jean-Philippe Déjean
Dans son intervention vidéo de dix minutes relayée par le Club de la presse de Bordeaux, Olivier Gerolami, président du directoire de Groupe Sud Ouest (GSO) et PDG de la Sapeso, société éditrice du quotidien Sud Ouest, qui n'a pas souhaité répondre à nos questions, trace un nouveau cap numérique. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les journalistes de Sud Ouest ne s'attendaient pas aux annonces de leur patron. Hormis les bruits de couloir déjà en boucle depuis des semaines sur le probable déménagement du siège de TV7, la télé bordelaise contrôlée par GSO, rien semble-t-il ne laissait entrevoir les bouleversements annoncés par Olivier Gerolami au sein du 2e plus grand quotidien régional de France.
Le patron du Groupe Sud Ouest cite notamment deux exemples de la nouvelle dynamique digitale en cours de développement : "l'introduction du payant, avec le freemium", qui combine gratuité et zones payantes du site d'information de Sud Ouest, et la généralisation du "responsive design" (format digital permettant la lecture sur tous supports). Mais le virage stratégique qu'il présente dans son intervention est bien plus relevé et consiste en un retournement complet de l'organisation du quotidien "vers le numérique pour mettre le navire dans le vent".
En plus du déménagement de TV7 dans les locaux de Sud Ouest, le président du directoire annonce la fusion des rédactions de la chaîne de télévision locale et du quotidien, ainsi que l'attribution de nouvelles tâches aux journalistes rédacteurs. "Tout le monde fera du plurimédia. On installera des petites caméras head and shoulder (tête et épaule - NDLR) dans la rédaction pour que les journalistes, quand ils reviennent de reportage, s'ils ont vu un truc marrant, un truc intéressant : paf !, ils branchent et font une brève de quelques secondes, de quelques minutes, puis après ça passe sur le site, sur TV7, etc. Il faut qu'il y ait une fluidité totale entre la télé, la télé linéaire, la télé délinéarisée et les vidéos sur le site web", développe Olivier Gerolami. Une polyvalence spontanée qui pose des questions, sur le fonctionnement de la chaîne de télévision locale mais aussi celui des journalistes du quotidien.
Malgré son ton neutre et sa maîtrise de la litote, le président de la Société civile des journalistes professionnels de Sud Ouest, Patrick Favier, marque le coup. Dirigeant d'une société actionnaire minoritaire, qui contrôle tout de même 10 % du capital, Patrick Favier n'a pas été mieux informé que les autres salariés sur ce changement de cap.
Dans le même temps Olivier Gerolami en appelle à une sorte de sursaut des journalistes pour transformer leur quotidien en un site d'info en continu.
L'objectif stratégique est clair : "Digital first". Et Olivier Gerolami enfonce le clou : "Il faut changer la matrice calendaire parce que l'heure du bouclage ne veut plus rien dire sur le web", lance-t-il ainsi, après avoir bien rappelé au début de l'intervention que 90 % du chiffre d'affaires du groupe "vient du papier". La Sapeso, société éditrice du quotidien Sud Ouest, a généré 161,5 M€ de chiffre d'affaires en 2014 et 1,3 M€ de bénéfice net, avec près de 1.000 salariés dont 267 journalistes. Olivier Gerolami n'annonce pas le déblocage de nouveaux moyens financiers et humains - ce qui se comprend après le plan de départs volontaires qu'a connu la rédaction -, tout en égrenant les nouvelles responsabilités numériques que devront assumer les journalistes.
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Une appréciation qui traverse semble-t-il les syndicats, qui ne sont pas encore sortis du bois pour livrer leur analyse de l'intervention présidentielle. L'annonce n'a pas fait que des malheureux, en particulier à TV7. "Notre fusion avec la rédaction de Sud Ouest ? Je signe tout de suite !", lâche ainsi ce journaliste de la chaîne. Olivier Gerolami annonce que l'étage du siège de Sud Ouest où sont installés les bureaux de la direction - dont le sien - et ceux des actionnaires, vont être vidés.
Et cet espace libéré par la direction dans les locaux du quotidien va servir à accueillir un incubateur à startups.
Toujours au rang des startups, Olivier Gerolami précise également qu'il s'est rapproché d'Héméra, l'accélérateur nouvellement créé à Bordeaux par le dirigeant de Concoursmania Julien Parrou et plusieurs autres entrepreneurs du web :
Héméra, qui est actuellement hébergé dans les locaux de Concoursmania, en attendant de trouver ses propres bureaux, n'a pas vocation à installer ses startups à l'étage de Sud Ouest où Olivier Gerolami a fait le vide, indique-t-on en substance à l'accélérateur.
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Par ailleurs des bruits insistants, émanant de sources dignes de foi, font état de l'ouverture de négociations entre la famille Lemoine, propriétaire de Sud Ouest, et le groupe Rossel, à Bruxelles, à la tête de plus d'une cinquantaine de titres de presse, aussi bien en Belgique, avec "Le Soir", qu'en France, avec "La Voix du Nord". Il est connu que les actionnaires de Sud Ouest sont à la recherche d'un nouveau partenaire financier, ce qui rend d'autant plus crédible l'ouverture de négociations entre les deux parties. Mais Bernard Marchant, patron opérationnel de Rossel, n'a pas donné suite à nos demandes d'interview, tandis que le président de la société civile des journalistes professionnels de Sud Ouest, n'a voulu ni confirmer ni infirmer ce qui n'est encore qu'une rumeur persistante. Enfin, toujours concernant la stratégie de Sud Ouest, les discussions qui avaient démarré fin 2015 entre le groupe et l'agence de communication bordelaise Territoires&Co, dirigée par Aymar de Blomac, et qui laissaient entrevoir une reprise de cette entreprise par GSO, n'ont, selon nos informations, pas abouti.
Jean-Philippe Déjean