Libération de l’Anita Conti : le port de Bordeaux (GPMB) est-il vraiment en phase terminale ?

Jean-Philippe Déjean

drague
GPMB

Jean-Philippe Déjean

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Bloquée en cale sèche depuis le 24 août, la drague Anita Conti a été libérée ce 25 septembre par le syndicat CGT du Grand port maritime de Bordeaux (GPMB), qui a déclenché contre sa direction un conflit à la fois feutré et très dur. Mise en service au port de Bordeaux en 2013, la drague Anita Conti, avec ses presque 90 mètres de long et sa capacité d'aspiration de 7,5 millions de mètres cubes de matériaux par an, joue un rôle clé en gardant ouvertes les voies de navigation dans l'estuaire de la Gironde, grâce auxquelles les bateaux peuvent rallier Bordeaux depuis l'océan Atlantique.
Ce blocage de l'Anita Conti, qui a choqué les professionnels de la place portuaire, n'est pas pour autant un baroud d'honneur ou une opération réellement marginale. Parce que si les syndiqués à la manœuvre réclament la création de trois nouveaux postes de travail, sur un total actuel de 330 agents portuaires - alors que l'idée de sureffectif est sur toutes les lèvres - au-delà de cela leurs revendications semblent recouper certaines des attentes des acteurs économiques de la place portuaire.
Il estime ainsi qu'en plus d'être tronquées, les revendications de la CGT sont également déformées.
"L'idée d'un sureffectif ne tient pas. On ne peut pas nous comparer au port de La Rochelle, qui n'a pas à assurer de dragage d'estuaire, qui n'a pas d'ateliers comme nous, etc. Quand on intègre tous ces éléments, on voit que nous sommes proportionnellement en sous-effectif par rapport à La Rochelle" défend Cyril Mauran.
Ce dernier mouvement chez les agents du port a eu d'autant plus d'effet psychologique que le port est au centre de toutes les attentions depuis que la compagnie MSC a annoncé qu'elle supprimait ses escales navales à Bordeaux. Au point que le 20 septembre dernier Nathalie Delattre, élue à la mairie de Bordeaux et sénatrice (Mouvement Radical - social libéral) de la Gironde a cosigné avec Benoît Simian, député (LREM) de la Gironde, une lettre ouverte adressée à Elisabeth Borne, ministre en charge des Transports, dans laquelle la direction du Grand port maritime de Bordeaux a été attaquée sans ménagement.
Quand on l'interroge sur les investissements dans les formes de radoub, Louis Leuret, le secrétaire général du port, répond que les choses n'y sont pas gelées.
Pour compléter le tableau, Louis Leuret souligne que le GPMB est en train de racheter, à la barre du tribunal de commerce de Bordeaux, la société BAT. Si cette opération est menée à bien, BAT sera ainsi logée dans une filiale du GPMB, pour respecter la loi. La déconfiture de BAT, société privée chargée de la manutention verticale (grues), n'a pas aidé à soigner l'image du port, tout comme l'échec retentissant du transbordement des conteneurs au terminal portuaire du Verdon, l'avant-port de haute mer du GPMB. Le tribunal de commerce devrait donner son verdict le 17 octobre.
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Concernant le départ de MSC, Louis Leuret se veut rassurant. "MSC a cessé son trafic naval pour le rabattre sur le ferroviaire et personne ne peut encore dire ce que cela va donner. Et puis nous conservons CMA-CGM" étaye-t-il. L'audit en cours sur le GPMB devrait être achevé courant octobre. En novembre, le Premier ministre Edouard Philippe devrait se prononcer sur la régionalisation d'un certain nombre de ports. La Région Nouvelle-Aquitaine s'est dite intéressée à condition que l'Etat continue à assurer ses missions régaliennes et finance ainsi le dragage de l'estuaire de la Gironde, soit 14 M€ par an.
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Le secrétaire général du GPMB estime que le recul du trafic commercial en 2017 a été purement conjoncturel et ne traduit aucun effondrement de l'activité. Petit détail qui a son importance, le port de Bordeaux, toujours défavorablement comparé avec celui, très dynamique, de La Rochelle, dont le chiffre d'affaires est de l'ordre de 25 M€, a réalisé un chiffre d'affaires de 46 M€ l'an dernier, et ne perd pas d'argent puisqu'il "réalise entre 1 et 3 M€ de résultat net par an", conclut Louis Leuret.
Jean-Philippe Déjean