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Business - La Tribune BordeauxIndustrie - La Tribune Bordeaux

Europlasma : le financier Pierre Vannineuse explique pourquoi il y croit

Jean-Philippe Déjean

Publié le 22 novembre 2019 à 09:50 - Mis à jour le 01 octobre 2020 à 09:20

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Le groupe landais Europlasma, à Morcenx, très innovant dans la dépollution, allait droit dans le mur quand Pierre Vannineuse, patron de la société de gestion anglaise ABO, a décidé d’y investir lourdement via un fonds d'investissement basé au Luxembourg. Il explique en exclusivité à La Tribune pourquoi il a misé sur Europlasma, dont le nouveau PDG est Jérôme Garnache-Creuillot.

La Tribune : A quand remonte la création d'Alpha Blue Ocean Advisors (ABO) et pourquoi la société est-elle installée à Londres et pilotée depuis le Luxembourg ?

Pierre Vannineuse : ABO a été lancé en 2017. Alpha Blue Ocean est la société de gestion de mon entreprise, tandis qu'Ehgos (European high growth opportunities securization/ soit Titrisation d'actifs européens à croissance élevée- d'où l'acronyme anglais Ehgos-NDLR) est l'un des fonds que nous contrôlons et gérons. L'entité de gestion (ABO) est située à Londres et le fonds au Luxembourg. Pour les fonds d'investissements, il est de pratique courante que le fonds et l'entité de gestion ne soient pas situés au même endroit. A l'approche du Brexit, il était plus logique d'établir notre principal vecteur d'investissement en Europe.

Quelle est la signification d'Alpha Blue Ocean Advisors ?

Alpha est un concept général signifiant "le premier" et se réfère à la pointe de l'innovation pour créer des Blue Ocean. Il fait également référence au concept académique de "Modèle d'évaluation des actifs financiers" mentionné pour la première fois par Jensen en 1968. Blue Ocean fait ici référence à la création par ABO d'un nouveau marché incontesté. Celui-ci rend les concurrents non pertinents et crée de nouvelles valeurs et opportunités tout en réduisant les coûts pour les sociétés en portefeuille. Il a été présenté par W. Chan Kim et Renée Mauborgne dans leur ouvrage à succès "Blue Ocean Strategy".

Pierre Vannineuse
portrait (Crédits : ABO)

Pierre Vannineuse (credits ABO)

Etes-vous le créateur d'ABO et quels sont les types d'opérations les plus courants que vous menez ?

Je suis le fondateur d'ABO avec mes amis d'enfance et partenaires Hugo Pingray et Amaury Mamou-Mani. Nous avons constaté que les opérations sur les marchés des capitaux devenaient de plus en plus compliquées et lourdes. Ainsi, les fondateurs d'ABO ont décidé de relever le défi consistant à apporter une nouvelle vague de réponses sans entraves au financement de sociétés et de projets par le biais de solutions innovantes et sur mesure. Nos opérations les plus courantes sont donc uniquement axées sur le financement de projets innovants et d'entreprises tout en maintenant un statut de partenaire silencieux. Nous n'intervenons que lorsque la direction ou les actionnaires de la société en portefeuille nous le demandent.

Depuis quelle date la société ABO intervient-elle, via le fonds Ehgos, au capital d'Europlasma ?

Nous avons commencé à financer Europlasma en tant qu'ABO depuis février 2018 à hauteur de 8 millions d'euros, ensuite une deuxième fois en juillet 2018 avec 8 millions d'euros supplémentaires. Toutefois, j'investis à titre personnel dans Europlasma depuis 2015 par le biais de différents fonds dont je détenais le contrôle.

Europlasma est un groupe lourdement endetté, dont les technologies ont beaucoup de mal à se développer : pourquoi avez-vous parié sur ce dossier industriel ?

Avec la restructuration, nous avons cherché à réduire la dette du groupe de 90%. Le fait qu'elle ait fait l'objet d'une procédure d'insolvabilité nous a permis de renégocier avec tous les créanciers qui étaient, aux mieux, payés dans 10 ans et dont la plupart, sinon la totalité, des dettes ont été radicalement réduites à néant, voire annulées. Fondamentalement, nous croyons en la technologie et aux personnes qui la gèrent ; une équipe commerciale active est maintenant nécessaire pour déployer la technologie.

L'usine Cho Power à Morcenx (Agence Appa/Eric Barrière), non loin de l'unité d'Inertam, spécialisée dans la neutralisation des déchets d'amiante.

La mise au point opérationnelle de Cho Power, qui doit produire de l'électricité à partir de la gazéification de déchets et de biomasse, a failli couler le groupe à plusieurs reprises. Comment pensez-vous sortir de cette impasse, avec quel agenda ?

Le groupe est en cours de complète restructuration pour éviter notamment toute problématique liée au risque de monopole ou de concurrence déloyale. Tel que discuté avec la direction actuelle, nous serions favorables à un groupe diversifié disposant de secteurs d'activité clairement séparés afin d'isoler les risques idiosyncratiques. Nous avons évalué en interne que cette partie de l'entreprise n'est viable que comme fournisseur de technologie pour d'autres groupes plus importants ayant un avantage direct à utiliser la technologie développée, à savoir fournir des conseils tertiaires plutôt que d'être nous-mêmes opérateurs. Nous privilégierons le modèle de "construction, opération et transfert" pour les grands groupes et les pays pouvant réellement bénéficier directement de la technologie. Nous visons donc à passer de cette activité à forte intensité de capital à une unité commerciale qui générerait uniquement des bénéfices.

Europlasma a d'autres activités, notamment dans la neutralisation des objets faiblement ou moyennement radioactifs, avec un contrat en Bulgarie : quelles sont les perspectives de développement de ce segment de marché ?

Ce dernier secteur d'activité est pour nous le plus stratégique et constitue l'élément clé de notre implication à sauver l'entièreté du groupe. La France est le leader des technologies nucléaires pour la production d'électricité et son mix énergétique est le plus dépendant.

Eurplasma est désormais dirigé par Zigi Capital SA qui est devenu l'actionnaire de référence. Un actionnaire dont ABO est elle-même le référent : autrement dit vous êtes l'homme fort d'Europlasma ? De quelle façon intervenez-vous ?

Je suis maintenant le principal actionnaire d'Europlasma, ce qui ne me donne toutefois pas l'exclusivité en matière de prise de décision. Toutes les décisions sont collégiales et la direction est le seul organe qui contrôle réellement l'avenir d'Europlasma. Nous sommes néanmoins les seuls à mettre à disposition des fonds pour Zigi et faisons de notre mieux pour proposer des solutions et des opportunités à Europlasma. La direction d'Europlasma détient le pouvoir décisionnel sur ses opérations quotidiennes et met en œuvre la stratégie évoquée précédemment. Par essence, Zigi a été conçu comme un véhicule qui constitue l'actionnaire de référence d'Europlasma afin de garantir le bon fonctionnement de la gouvernance d'entreprise. Il y a de vrais engagements de performance de la part des autres associés de Zigi qui ont par ailleurs nanti leurs parts jusqu'à ce que ces objectifs soient remplis. Les délais convenus pour se faire sont de 12 mois.

Pendant plusieurs années Europlasma a eu Crédit Suisse Europlasma SPV comme actionnaire de référence, une des branches de cet établissement de crédit helvétique étant elle-même un vecteur de Masdar Cleantech Fund d'Abou Dhabi.
Avez-vous également des liens concernant Europlasma avec des investisseurs originaires des Emirats arabes unis ou d'une autre région ?

Nous n'avons aucun lien avec le Crédit Suisse ni avec Masdar, mais nous les félicitons d'avoir permis à ce projet de voir le jour et de les avoir aidés jusqu'à notre prise de contrôle. Sans leur intervention et leur soutien, Europlasma n'aurait tout simplement pas survécu malgré un avantage technologique et concurrentiel sans précèdent dans le monde.

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Europlasma est un des titres les plus spéculatifs de la bourse en France mais, de dilution en dilution la valeur de l'action, par ailleurs minée par les mauvais résultats du groupe, semble se rapprocher toujours plus près du zéro absolu. Alors que vous participez vous-même au phénomène de dilution, pensez-vous que ce phénomène d'attrition de la valeur puisse être enrayé ?

Nous pensons évidemment que le cours de l'action augmentera une fois que l'actionnaire aura une meilleure compréhension de ce qu'est Europlasma et de ce qu'il deviendra sous la nouvelle gouvernance. Nous ne sommes pas non plus un investisseur à court terme, nous considérons donc que l'accord est bon tant que la capitalisation boursière est inférieure à ce que nous considérons comme la valeur finale et, compte tenu de mes réponses ci-dessus, vous pouvez facilement imaginer que cette société a un potentiel de valorisation très élevé en cas de réussite de la restructuration.
De nombreux défis nous attendent, mais j'estime qu'Europlasma est l'engagement à long terme le moins valorisé jamais contracté par ABO.

Jean-Philippe Déjean

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