French Tech Bordeaux à deux jours d'un tournant

Mikaël Lozano

Mikaël Lozano
Revenir sur les derniers mois n'aurait pas beaucoup d'intérêt. Que dire tant les avis divergent et tant les non-dits ont pollué l'ambiance ? Victime d'importants soubresauts, l'association French Tech Bordeaux a connu des mois compliqués. Le mouvement était pourtant bien parti dès ses débuts, dans un terreau bordelais où déjà les structures liées de près ou de loin au monde du numérique et de l'innovation ne manquent pas. Contrairement à d'autres métropoles comme Toulouse où le mouvement a cristallisé de nombreuses tensions, French Tech Bordeaux avait bien démarré. Le premier grand rendez-vous avait réuni un millier de personnes dans les murs de la Chambre de commerce et d'industrie, à la grande surprise de tout le monde. A commencer par celle des premiers intéressés, étonnés de se compter aussi nombreux.
Ces derniers mois ont plombé l'ambiance. Comptes plus ou moins déposés, subvention de Bordeaux Métropole non débloquée en conséquence, salaires des permanents non payés en raison de ce décalage de trésorerie, et tensions à tous les étages. Il faut rajouter au cocktail un modèle économique qui pose fondamentalement problème avec une dépendance financière totale de la sphère politique. Bordeaux Métropole, la CCI Bordeaux Gironde et le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine financent respectivement 64 %, 17 % et 19 % du budget annuel de l'association. Principale bailleur de fonds, la Métropole ne s'est jamais privée de capitaliser sur la labellisation French Tech dans sa communication, voire d'influer sur ses missions diront certains. Au grand dam de la Région, qui possède la compétence économique et qui investit en direct dans le tissu économique numérique et innovant depuis des lustres...
Lassés par les aléas de ces derniers mois, les 6 piliers fondateurs du mouvement à Bordeaux ont déjà annoncé qu'ils jetteront l'éponge dans deux jours, à l'occasion de l'assemblée générale de l'association le 29 juin en soirée. Tous bénévoles, les membres Christophe Charle, cofondateur de Cdiscount, Julien Parrou-Duboscq, fondateur de Concoursmania / Actiplay, Mathieu Llorens, directeur général d'AT Internet, François Goube, président de Cogniteev, Jérôme Le Feuvre, directeur général de News Republic, et Agnès Grangé (La Poste, représentante des grands groupes) passeront la main, quitteront le comité de pilotage, le bureau et appellent à mettre en place un nouveau mode de fonctionnement. Qui pour les remplacer ? Une transition rapide est nécessaire car si la situation pourrit sur pied, rien n'interdit à l'Etat de retirer à la métropole son label French Tech lors du renouvellement de janvier 2018. La feuille de route, qui aurait dû être transmise au ministère il y a plusieurs mois, est en cours de rédaction sous la houlette de Philippe Métayer, chargé de mission économie numérique à la Mission attractivité et animation des réseaux économiques de Bordeaux Métropole. Plusieurs sources parlent d'ailleurs de lui comme étant un potentiel futur délégué général de French Tech Bordeaux... Ce sera aux nouveaux élus de choisir parmi les candidatures.
Dans deux jours auront donc lieu l'élection des membres du nouveau bureau. Selon nos sources une vingtaine de candidats sont sur les rangs. Un groupe de candidats "souhaitant s'impliquer collectivement" s'est même monté, composé d'Aymerick Pénicaut (Ashler&Manson, Sitigeo), Tiphaine Bichot (Athome Solution / TestLAB), David Babin (DMIC), Thierry Fahmy (Addinsoft), Bertrand Bussac (Le Wagon) et Stéphane Laurent (ETIAM, candidat représentant des grands groupes).
D'autres candidats se sont manifestés plus ou moins formellement, notamment sur les réseaux sociaux. Fondateur d'Interaction Healthcare, Jérôme Leleu en fait partie et a déposé sa candidature il y a deux jours après plusieurs semaines de réflexion. Assurant ne briguer "aucun poste, ni président, ni trésorier, ni quoi que ce soit", il se place "exclusivement dans une démarche constructive" et ne tient surtout pas à s'impliquer "dans une organisation où les règlements de compte primeraient".
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Pierre Benayoun s'est également porté candidat pour faire entendre une voix différente. Acteur et observateur de l'écosystème bordelais depuis plusieurs années, "one man startup" comme il se qualifie lui-même et cofondateur du Collectif Quinconces, qui associe plusieurs experts indépendants, il constate "un foisonnement des initiatives depuis 2012, une sorte d'apogée en 2015 avec la labellisation French Tech, et maintenant un mouvement des associations, des acteurs qui reviennent dans leur coin".
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Sans doute faudra-t-il effectivement définir quel est le rôle précis de l'association. Faut-il vraiment lui donner les missions d'une agence de développement économique sans qu'elle en ait le budget, et alors que l'esprit initial de la French Tech découle d'une stratégie de marketing territorial donnant naissance à un "simple" label ? Aux futurs élus de répondre.
Mikaël Lozano