Forces et faiblesses de l'écosystème numérique bordelais (2/8)

Mikaël Lozano

Mikaël Lozano
Entre Digital Aquitaine, French Tech Bordeaux, AEC, Bordeaux Unitec, Bordeaux Technowest, les incubateurs et accélérateurs de tout poil, les clusters que sont le Club Commerce connecté ou TIC Santé, les associations du type Bordeaux Entrepreneurs, Aquinum, le Syrpin... C'est peu dire que la métropole ne manque pas de structures impliqués dans les différents aspects de l'entrepreneuriat et du numérique. Chaque semaine a lieu une dizaine d'événements autour de ces sujets.
L'Aquitaine, terre de bastides : historiquement, les différents acteurs et accompagnants de l'économie numérique se sont toujours disputés, chacun revendiquant l'ambition d'être structurant pour l'écosystème. Mais ces derniers temps, un vent de rationalisation semble souffler. A titre d'exemple, l'agence aquitaine du numérique AEC, qui identifie et accompagne les projets très tôt, et la technopole Unitec, très complémentaires toutes les deux, s'apprêtent à fusionner en 2018.
Dans ce maquis, il est donc compliqué de se repérer. La future Cité numérique, en tant que bâtiment totem de cette économie numérique et créative, aura vocation à jouer le rôle de guichet unique.
Reste que tous les entrepreneurs consultés soulignent la facilité d'accès à ces multiples réseaux et à leurs membres.
C'est sans doute LE problème de Bordeaux. La métropole manque cruellement de très grands acteurs, de sièges sociaux d'ETI... Cdiscount et Cultura font exception mais ne tirent vraiment pas les wagons.
Les dirigeants de la startup spécialiste de l'utilisation de la donnée à des fins de business intelligence, Weenove, confirment ce sentiment :
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Eux pointent une autre problématique :
Bien sûr il y a des exceptions, beaucoup de directions régionales de grands groupes ouvrent facilement leur porte, mais un nombre certain de startuppers a le sentiment de multiplier les pitchs lors de concours et les discussions devant des gens qui n'ont pas de pouvoir de décision puisque ces dernières se prennent à Paris, là où sont les budgets et les décideurs finaux. "Le business pêche parce que les patrons locaux manquent de marges de manœuvre", opine Jean-François Laplume, directeur général de l'agence du numérique AEC.
Pour Julien Barbot et Emmanuel Cholet, cofondateurs de la startup Weenove :

Les fondateurs de la startup Weenove (crédit photo DR)
Fondatrice de Jestocke.com, Laure Courty abonde dans le même sens mais pointe une limite :
Après Paris, Bordeaux est peut-être la ville française dont le nom résonne le plus à l'international, grâce à son vin. Cette carte est encore à jouer.
La région ne manque pas de fortunes familiales dans le vin, la construction, l'immobilier... Mais peu investissent dans les pépites locales. Pourtant points forts de Bordeaux, les mondes du vin et du numérique travaillent par exemple trop peu ensemble, malgré quelques initiatives comme le cluster Inno'vin ou la Wine Tech. Fondateur de la PME Actiplay, de l'association Bordeaux Entrepreneurs et cofondateur de l'accélérateur de startups Héméra, Julien Parrou voit clairement "un trou béant dans la raquette" :
Pour Julien Parrou-Duboscq :
En matière de formation et de recherche, la métropole bordelaise a de sérieux arguments à faire valoir avec une université solide, plusieurs écoles d'ingénieurs et de commerce, un centre de l'Inria puissant, l'Inserm, le campus de Polytechnique et notamment l'Ecole nationale supérieure de cognitique, la filière R&D autour du laser et de l'image... Beaucoup d'entrepreneurs apprécient ce vivier mais déplorent encore le manque de profils techniques, de codeurs formés à différentes technologies par exemple. Ce qui n'est en soi pas une problématique strictement bordelaise. En revanche, les aspirants webmarketeurs, communicants... ne manquent pas, alors que l'offre n'y est pas forcément. Weenove éprouve de son côté à alimenter son équipe de R&D, "plus précisément sur l'intelligence artificielle, le machine learning. Les écoles s'y lancent mais c'est encore un peu tôt pour trouver des profils solides." "On commence à voir poindre des problèmes de Parisiens, sourit Julien Parrou-Duboscq. Un CTO (chief technical officer, NDLR) confirmé qui arrive à Bordeaux trouvera un boulot en moins deux heures, à un bon salaire. Mais je pense qu'il n'y a pas de fatalité et que la pénurie va attirer de nouveaux profils techniques dont l'écosystème a besoin."
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Au sommaire de notre enquête sur les réalités de l'écosystème numérique et innovation de Bordeaux :
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