Musée de la Mer : l'annulation de l'exposition Monet, la chronique d'un naufrage annoncé ?

Pierre Cheminade avec Nina Tapie

Musée Mer Marine
Agence APPA

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On en sait désormais un peu plus sur les raisons qui ont poussé, le 1er juin dernier, le musée Marmottan-Monet à annuler l'exposition temporaire initialement prévue au musée de la Mer et de la Marine du 15 juin au 26 août. Même si les versions des deux établissements culturels diffèrent très largement, chacun se renvoyant la responsabilité de cet échec.
Dans un communiqué très détaillé, le musée parisien liste, point par point, les nombreuses raisons qui l'ont contraint à "annuler, pour la première fois de son histoire, l'exposition qui présentait 57 de ses œuvres de Claude Monet". Une annulation qui est intervenue "à la suite de nombreuses mises en garde afin de faire respecter les conditions de prêts formulées dans le contrat". Au regard des nombreux griefs soulevés par l'établissement parisien et malgré la surprise affichée par Norbert Fradin, le propriétaire du musée de la Mer, il semble que l'annulation de l'exposition était prévisible, si ce n'est inévitable, depuis plusieurs mois.
Dès le printemps 2017, le musée Marmottan précise que "bien que personne ne doute de la capacité de Norbert Fradin, entrepreneur spécialiste du BTP à mener son chantier à terme dans les délais qu'il s'est lui-même fixé, en cas de retard l'exposition ne pourra pas être décalée." Les relations se sont ensuite visiblement tendues au fil des mois et notamment des trois mises en demeure adressées à Norbert Fradin par le musée Marmottan. Celui-ci alerte alors Norbert Fradin sur l'absence de recrutement "d'un personnel expérimenté dans le domaine des musées", souligne "la gravité de la situation" et menace déjà d'annuler l'exposition.
Finalement, mi-mai 2018, à la suite d'une réunion sur place, le musée parisien, en présence d'un expert mandaté par ses soins, pointe une série de dysfonctionnements :
Selon le musée Marmottan, le promoteur bordelais se serait à engagé à y remédier d'ici la fin mai... en vain. Si bien qu'à l'issue d'une ultime visite du site à Bordeaux, le 31 mai, la direction prend la décision d'annuler soulignant que :
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De son côté, le promoteur et mécène bordelais déclare avoir appris l'annulation de l'exposition par le communiqué du musée parisien et n'a pas d'explication à ce stade pour justifier cette décision. Olivier Athanase, directeur régional de l'entreprise de génie climatique CEME, mandaté par le musée de la Mer, assure que "90 % des critères contractuels en termes d'hygrométrie, de température, d'éclairage, de sûreté, étaient respectés et que les 10 % restants devaient l'être d'ici l'ouverture." Pour le reste, Norbert Fradin indique n'avoir pas connaissance des griefs formulés par le musée Marmottan mais en rejette en bloc les accusations et assure avoir répondu à toutes les demandes formulées en mai dernier, y compris celles qui dépassaient le cadre du contrat initial :
Il faut dire que Norbert Fradin pourrait perdre gros avec cette annulation et évoque un montant qui pourrait dépasser les 500.000 € au regard des frais déjà engagés, notamment pour la location et le transport des œuvres, du manque à gagner et du préjudice d'image très important pour le musée de la Mer. Entre 2.000 et 3.000 billets ont déjà été vendus et vont devoir être remboursés. "A ce stade nous sommes encore extrêmement aimables. Nous allons demander soit un report, soit un accord à l'amiable. A défaut, on envisagera de demander réparation de ce préjudice", affirme Norbert Fradin qui réfléchit donc très sérieusement à une action en justice contre le musée Marmottan.
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Pour autant, le promoteur bordelais assure que le musée de la Mer et de la Marine survivra à ce coup dur. Dans l'immédiat, c'est le flou artistique : aucune exposition de remplacement n'a été annoncée pour cet été si bien que l'ouverture partielle initialement prévue le 15 juin devrait être décalée de plusieurs semaines voire de quelques mois. L'ouverture finale est toujours annoncée pour début 2019.
Pierre Cheminade avec Nina Tapie