Avez-vous la fibre fonctionnaire ?
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
D'État, territoriale, hospitalière : la fonction publique est si vaste que selon son niveau de qualification et le chemin emprunté, son paysage est plein de contrastes.
De plus, être fonctionnaire est un statut non un métier. Or il n'y a pas de comparaison possible entre celui de policier, un métier du terrain qui demande d'être sportif, capable de gérer le stress, préparé à porter une arme, celui d'agent administratif à La Poste, un emploi de bureau, et celui de contrôleur, des douanes ou des finances publiques, qui sont des fonctions intermédiaires.
Il vous faut donc faire le point sur vos motivations selon l'emploi visé. Mais avant, répondez à cette question : votre casier judiciaire est-il vierge ? C'est la condition sine qua non pour envisager de travailler dans la fonction publique et, comme le constate Patrick Pedersen, « un énorme obstacle pour plein de gens, beaucoup plus qu'on ne le pense, de nombreuses demandes d'informations sur les concours d'accès tournent court à cause de cela ».
La fonction publique garantit la sécurité de l'emploi, propose un cadre rassurant et contrôlé où il n'y a pas d'initiatives à prendre quand on est au niveau C, c'est à dire à un poste d'exécutant, c'est rassurant pour un grand nombre de personnes. De plus, pas besoin de diplôme, on y entre sur concours et l'État ouvre des postes tous les ans.
Plus simple à première vue seulement car le concours d'accès n'a rien d'évident. Pour la fonction de secrétaire administratif (catégorie C) par exemple, il demande de se préparer à des matières aussi diverses que la comptabilité, les ressources humaines, la géographie, les langues étrangères... Sachez aussi que même si des mairies ont encore une politique sociale avec les catégories C, c'est de moins en moins courant du fait des réductions budgétaires.
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Dans cet environnement très normé, voire clivant, on parle encore plus qu'ailleurs en termes de catégories : C, pour les niveaux infra Bac (BEPC, BEP, CAP), concernant les fonctions dites d'exécution ; B, pour les niveaux Bac à Bac+2, concernant les fonctions d'application ; A : au-delà de Bac+3, concernant les fonctions de conception et d'encadrement. L'évolution y est la plupart du temps lente et linéaire en fonction de son point de départ et le changement de catégorie ne se fait pas au mérite mais au concours. Un tableau que nuance Julien Perez : « Ceux qui bossent bien peuvent évoluer au bout de trois ans. »
On peut cependant trouver des antisystèmes dans la fonction publique, c'est son paradoxe. Quand on est anti, on se syndique (le taux de syndication est beaucoup plus élevé dans le public que dans le privé) en imaginant qu'on va pouvoir empêcher le système de tourner.
La sécurité de l'emploi n'est certes pas le moteur de toutes les personnes qui visent la fonction publique, d'autres profils ont le sens du service « chevillé au corps », comme le souligne Julien Perez. Parmi eux et sans exhaustivité, les profils terrain (métiers de la Police, de la Justice, de la Sécurité), ceux qui sont issus des grandes écoles de la fonction publique (l'ENA (école nationale d'administration), l'INET (institut national des études territoriales), l'EHESP (écoles des hautes études en santé publique), l'ENM (école nationale de la magistrature)) ou encore, des transfuges du privé qui n'ont pas trouvé dans « la course à l'échalote » de quoi s'y épanouir.
Ainsi, des notions telle que la productivité, la gestion, l'économie ne sont plus des gros mots aujourd'hui dans la fonction publique. Le privé n'a donc pas le monopole du bosser plus avec moins. En revanche, le secteur public, vu l'ampleur de ses projets, offre toujours la chance à ses cadres d'exercer des responsabilités d'une envergure incomparable à celles du privé.
Être fonctionnaire n'est décidément plus ce que vous croyiez que c'était.
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