Le phénomène que les Américains appellent "big quit" ou "great resignation" semble se propager en France, bien que dans des proportions moindres. Décryptage avec des chercheurs de l’EM Normandie qui se sont emparés du sujet.
Le virus du big quit (la grande démission en français) qui frappe les Etats-Unis aurait-il traversé l'Atlantique ? Il est sans doute trop tôt pour l'affirmer avec certitude. Il n'empêche. Les statistiques qu'ont compilé six chercheurs* de l'EM Normandie posent question. Jamais en effet la DARES** qui monitore le marché de l'emploi pour le compte du ministère du Travail n'avait enregistré une telle vague de démissions et de ruptures conventionnelles comme l'illustrent les courbes verte et rouge du schéma ci-dessous.
Qu'on en juge. Au troisième trimestre 2021 (données les plus récentes), elle en a comptabilisé 620.000, soit plus de 60.000 de plus qu'à la même période de 2019, avant la pandémie. La poussée a été particulièrement forte au mois de juillet où la hausse a tutoyé les 20%.
Photo d'illustration (Crédits : EM Normandie)
Dans ces conditions, faut-il parler d'une grande démission à la française ? « Pour l'instant, le phénomène ne concerne que 6% de la population active contre 23% aux Etats-Unis, tempère Vincent Meyer, docteur en science de gestion et enseignant-chercheur à l'EM. Néanmoins,c'est suffisamment significatif pour mériter attention ».
Selon le groupe d'experts normands, la reprise vigoureuse du marché du travail ne suffit pas à expliquer le niveau sans précédent des départs. Eux y voient aussi la marque d'une déconnexion croissante entre les aspirations des salariés et les contraintes que leur impose leur hiérarchie.
Employeur et salariés dans une relation consumériste
« Les salariés questionnent de plus en plus le sens de leur travail et les modèles manageriaux classiques proposés par leurs entreprises », notent-ils dans les premières conclusions de leur étude qui sera finalisée en juin. Le constat rejoint d'ailleurs celui du cabinet américain Cengage Group pour qui l'immense majorité des démissions résulte soit d'un épuisement professionnel, soit d'un manque de soutien managerial.
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