LGV du Sud-Ouest : des opposants manifestent pour « amplifier » la lutte, un véhicule de gendarmerie détruit
latribune.fr
La LGV est largement soutenue par les collectivités en Occitanie, mais, en Nouvelle-Aquitaine, l'opposition au projet — né dans les années 1990 et relancé depuis 2020 — est ancienne, mêlant élus et parlementaires locaux, habitants, sylviculteurs et...
Rejoints par le mouvement des Soulèvements de la Terre, 800 à 1.000 opposants à la future ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) du Sud-Ouest ont manifesté ce samedi dans un village à 75 km au sud de Bordeaux, rapporte la gendarmerie. Les organisateurs revendiquent eux 1.500 participants. Le but de l’opération : « amplifier la lutte » contre ce vaste chantier, censé raccourcir de 73 minutes le trajet en train entre Paris et Toulouse dès 2032.
Un « grand projet inutile » d'une quinzaine de milliards d'euros, hors inflation récente et à venir. C'est ce que représenterait le projet de ligne à grande vitesse (LGV) du Sud-Ouest, qui doit rapprocher Toulouse de Paris en 2032, selon ses opposants. Rejoints par le mouvement écologiste des Soulèvements de la Terre - connus notamment pour leur lutte contre les bassines -, ceux-ci ont tenté « d'amplifier » leur mouvement samedi en Gironde, sous la surveillance des autorités.
Selon la gendarmerie, 800 à 1.000 personnes, dont une « forte proportion » de militants « encagoulés », se sont ainsi réunies dans un campement à Lerm-et-Musset, un village à 75 km au sud de Bordeaux, pour une manifestation non déclarée. La tension est vite montée, si bien que, dans l'après-midi, entre 20 et 30 individus habillés en noir s'en sont pris à un véhicule de gendarmerie ensablé dans un pare-feu, rapportent nos confrères de Sud-Ouest. Ceux-ci ont cassé les vitres et sont montés sur le toit, comme le dénonce la préfecture de la Nouvelle-Aquitaine.
Un hélicoptère visé par des tirs de mortiers
Les autorités avaient prévu cette semaine 3.000 à 5.000 manifestants, dont « plusieurs centaines d'individus très violents ». Les gendarmes ont recensé une vingtaine de « fichés S » et des personnes déjà contrôlées lors de manifestations contre l'A69 en Occitanie.
Un hélicoptère surveillant la zone durant la nuit de vendredi à samedi a été visé par des tirs de mortiers d'artifice qui ne l'ont pas touché. Un court échange de projectiles a eu lieu samedi quand des manifestants ont dégradé une voiture des forces de l'ordre enlisée, sans faire de blessés.
La manifestation ne s'est néanmoins pas résumée à ces débordements. Aux confins de la forêt landaise, celle-ci a également pris la forme de jeux — « Giga Kapla », « Mille Bornes » ou « Dixit naturaliste » — contre la liaison à venir entre Bordeaux, Toulouse et Dax, décrit l'Agence France-Presse (AFP). Une tour en bois, censée servir de « vigie » pour la suite, a notamment été érigée dans la vallée du Ciron, un affluent de la Garonne, et sa hêtraie ancestrale, site classé Natura 2000 et menacé par la LGV selon les opposants.
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La LGV est largement soutenue par les collectivités en Occitanie, mais, en Nouvelle-Aquitaine, l'opposition au projet — né dans les années 1990 et relancé depuis 2020 — est ancienne, mêlant élus et parlementaires locaux, habitants, sylviculteurs et viticulteurs.
Pour des collectifs locaux opposés aux projets, il s'agit désormais de « sortir des radars au niveau national ».
« L'enjeu, c'est de généraliser la mobilisation pour ne pas laisser passer cette LGV démentielle et ruineuse », a expliqué à l'AFP Jean Olivier, membre de la coordination "LGV non merci".
« On a vraiment besoin d'amplifier la communication sur tous les problèmes liés à ce projet », a renchéri Marie-Christine Hergle du collectif « LGV NiNa » (Ni ici Ni ailleurs).
La lutte passe aussi par « des canaux légaux », à l'instar de parlementaires girondins (de LFI à LR, en passant par EELV et le MoDem) qui réclament au gouvernement moratoire et/ou référendum local sur la LGV.
Un chantier « pharaonique »
Cette ligne doit raccourcir de 73 minutes le trajet en train entre Paris et Toulouse et détourner ainsi des usagers de l'avion. Un embranchement à travers la forêt landaise doit, lui, rallier Dax à Bordeaux en vingt minutes de moins qu'actuellement et, un jour, permettre des liaisons directes avec l'Espagne.
Le tracé de la ligne vers la frontière « passe dans mon salon », a déploré auprès de l'AFP un opposant sexagénaire venu du Pays basque, regrettant une manifestation « trop bon enfant », où il n'y avait « pas assez de monde ».
« C'est comme les mégabassines ou l'A69, ces projets n'ont plus de sens aujourd'hui », jugeait parmi les manifestants une étudiante bordelaise pour qui la SNCF « pourrait déjà faire en sorte que le train fonctionne mieux et qu'il soit moins cher ».
« Sortir » de la route les 10.000 camions remontant chaque jour d'Espagne
Des travaux ont commencé au nord de Toulouse, mais l'autorisation nécessaire à des aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux (AFSB), préalables au chantier de la LGV lui-même prévu pour 2028, reste à délivrer d'ici fin novembre. Le président (PS) de la Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, défend quant à lui un « investissement pour un siècle au moins », censé « sortir » de la route les 10.000 camions qui remontent chaque jour d'Espagne, en libérant les lignes existantes pour le fret.
Mais les opposants dénoncent un projet « mortifère », qui conduirait selon eux à l'artificialisation d'environ 5.000 hectares.
Ils prônent une rénovation des lignes existantes pour développer les « trains du quotidien » et critiquent l'imposition d'une taxe spéciale à plus de 2.300 communes, proches du tracé, pour ce chantier « pharaonique » cofinancé par l'État, les collectivités locales et l'Union européenne.