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Royaume-Uni : après les déboires de sa LGV, Londres investit 4 milliards de livres dans le ferroviaire

latribune.fr

Publié le 04 décembre 2023 à 13:13 - Mis à jour le 04 décembre 2023 à 13:13

Le premier ministre britannique rishi sunak quitte le 10 downing street, a londres

Le premier ministre britannique rishi sunak quitte le 10 downing street, a londres

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Le gouvernement britannique a récemment réduit ses ambitions sur le ferroviaire. Grâce aux économies dégagées sur le projet de ligne à grande vitesse en chantier, l'exécutif a pu générer des marges afin de moderniser les lignes les plus en souffrance, dans le nord de l'Angleterre.

Le 10 Downing Street revoit ses priorités en matière de transport. Après avoir récemment taillé dans le tracé de la ligne à grande vitesse en chantier (HS2), l'exécutif britannique a annoncé ce lundi investir près de 4 milliards de livres. Objectif, améliorer les liaisons ferroviaires dans le nord de l'Angleterre, grâce aux économies dégagées sur ce chantier titanesque.

«Une injection de 3,9 milliards de livres (soit 4,5 milliards d'euros, ndlr) dans la modernisation» de la voie ferrée reliant les villes de York et de Manchester «contribuera à offrir des liaisons plus rapides, plus fréquentes et plus fiables», grâce notamment à l'électrification de la ligne, a fait valoir le gouvernement britannique dans un communiqué.

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Le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, avait nettement réduit l'ambitieux projet de ligne à grande vitesse au Royaume-Uni, début octobre, lors d'un discours au congrès annuel du parti conservateur, justement à Manchester. La HS2 (pour High Speed 2), projet de deuxième ligne à grande vitesse au Royaume-Uni - après celle empruntée par l'Eurostar vers le tunnel sous la Manche (HS1) -, devait à l'origine relier Londres à Birmingham, puis à Manchester et Leeds. Pour faire des économies, Downing Street avait déjà supprimé en novembre 2021 le tronçon qui devait relier Birmingham à Leeds.  Néanmoins, la HS2 s'arrêtera bien après Birmingham.

60 milliards de livres de dépassement

Ce recul tient au fait que l'exécutif a eu les yeux plus gros que le ventre. Pour rappel, les travaux ont commencé en avril 2020 et les premiers trains devraient s'élancer entre 2029 et 2033. Le souci ? « Le résultat est un projet dont le coût a plus que doublé et a souffert de retards répétés », avait reconnu Rishi Sunak, début octobre.

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Initialement évalué à 37,5 milliards de livres en 2013, le projet ferroviaire est désormais estimé à près de 100 milliards de livres (115 milliards d'euros). Soit une hausse des coûts de 60 milliards de livres en 10 ans (71,68 milliards d'euros). Cela en fait « l'un des projets ferroviaires les plus chers du monde » au kilomètre, avait indiqué fin septembre à l'AFP Sam Dumitriu, responsable des politiques pour l'association pour la croissance économique Britain Remade, qui a comparé des projets d'infrastructure dans quatorze pays.

À titre d'exemple, la facture pour réaliser les 215 kilomètres de voies du premier tronçon, entre Londres et Birmingham, s'élèvera à 247 millions de livres (284 millions d'euros) par kilomètre. C'est ainsi plus de huit fois plus cher que la LGV Tours-Bordeaux, entrée en service en 2017. En cause notamment, selon Sam Dumitriu, la prise en compte des griefs des riverains ou aux défenseurs de l'environnement dans tous les projets d'infrastructures. Elle s'est traduite, dans le cas de la HS2, par une multiplication des tronçons en tunnels, plus coûteux.

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Un enjeu électoral ?

Dans ce contexte, le Premier ministre avait alors indiqué vouloir réinvestir ailleurs les 36 milliards de livres économisés. Et notamment, dans les transports des régions défavorisées du nord de l'Angleterre. Un choix qui est loin d'être anodin, au regard de l'échéance imminente des prochaines élections législatives nationales, attendues outre-Manche l'année prochaine. Le Parti travailliste dispose d'une 

avance comprise entre 15 et 20 points sur les conservateurs au pouvoir, dans les intentions de vote. Or, les villes de 

Manchester et Leeds, notamment, avaient résisté à la vague bleue des conservateurs en 2019. Pour rappel, elle avait englouti ces terres du nord de l'Angleterre, traditionnellement acquises aux travaillistes, lors du dernier scrutin général, celui-ci ayant lieu tous les cinq ans - participant à la victoire du parti conservateur, alors représenté par Boris Johnson.

D'autant que l'annonce de lundi s'ajoute à un financement de 3 milliards de livres octroyé précédemment par le gouvernement pour ce projet de modernisation. En outre, « un financement supplémentaire sera confirmé par le ministère » des Transports pour « soutenir un coût global qui pourra atteindre 11,5 milliards de livres », a ajouté le gouvernement dans son communiqué.

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Plus largement sur le volet transports, le gouvernement avait aussi indiqué fin novembre qu'il comptait utiliser 8,3 milliards de livres de la cagnotte économisée sur la HS2 pour réparer « 5.000 nids de poules » et faciliter la vie des automobilistes.

Ces annonces contenteront-elles pour autant les élus locaux dans le nord de l'Angleterre ? Les revirements de Londres sont très mal perçus, ces derniers accusant régulièrement le gouvernement de renier ses promesses envers des régions plus défavorisées économiquement.

Le secteur ferroviaire secoué par les grèves à répétition

En outre, l'annonce de ce lundi intervient alors que le secteur ferroviaire reste marqué par un contexte social très tendu ces derniers mois. Le syndicat des conducteurs de trains britanniques Aslef a voté vendredi dernier pour poursuivre son mouvement de grève pour les salaires pendant six mois. Une décision qui devrait continuer de perturber le trafic au Royaume-Uni, malgré la signature d'un accord entre compagnies et cheminots.

Les adhérents d'Aslef ont ainsi voté « massivement » pour la reconduction de la grève débutée il y a plus d'un an, a indiqué son secrétaire général Mick Whelan dans un communiqué, et les conducteurs ont déjà prévu de refuser d'effectuer des heures supplémentaires entre ce samedi et le suivant.

«Nos membres, qui n'ont pas eu d'augmentation de salaire depuis maintenant près de cinq ans, sont déterminés à ce que les compagnies ferroviaires et le gouvernement conservateur, qui les soutient, fassent le nécessaire», a-t-il déclaré.«Aslef est désormais non seulement le seul syndicat ferroviaire encore en grève, mais aussi le seul à ne même pas proposer d'offre à ses membres», a regretté vendredi le secrétaire d'Etat britannique aux Transports en charge du rail Huw Merriman.

La veille, les cheminots du syndicat RMT avaient massivement voté en faveur d'un accord salarial, ce qui devrait en partie réduire les perturbations pour les usagers, confrontés à des paralysies du trafic à répétition dans tout le Royaume-Uni. Il s'agit du premier accord dans le secteur du rail depuis le début de ce conflit social où 14 compagnies, en majorité privées, refusaient de céder aux demandes de salaires et garanties sur l'emploi.

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Cette offre pourrait se traduire par une augmentation de salaire net d'environ 1.000 livres (1.150 euros) au cours de la première année pour un cheminot du RMT gagnant 31.000 livres (36.000 euros) par an, a indiqué le gouvernement. Depuis 18 mois, la flambée des prix au Royaume-Uni a provoqué des grèves touchant de nombreux secteurs et notamment les services publics comme les transports, la santé ou l'éducation. Le gouvernement conservateur a adopté une position très ferme contre les grévistes et annoncé début novembre des nouvelles mesures pour assurer un service minimum en cas de mouvements sociaux.

(Avec AFP)

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