Un jour, Leon Boroditsky va finir par attraper un torticolis. Ou par renverser quelqu'un. « Pardon, j'ai toujours les yeux en l'air, même en voiture », s'excuse l'arboriste, qui lève le nez à l'apparition du moindre feuillage. Pour l'heure, les piétons sont en sécurité : le barbu aux yeux doux marche sous la frondaison moite et citronnée d'Elysian Park. Comme le reste des squares de Los Angeles, la colline qui surplombe le centre-ville est soigneusement entretenue par cet amoureux des arbres.
« Historiquement, une vaste gamme d'essences peut s'adapter à notre météo, loue le jardinier de cet eldorado californien. Nous avons l'une des forêts urbaines les plus diversifiées du monde ». Plus de 500 espèces de plantes s'épanouissent sous ce climat méditerranéen, dont 15 genres de palmiers différents.
Ces derniers débordent des parcs et se répandent partout. Ils ennoblissent le goudron, décorent les sentes touristiques, veillent sur les immenses aires de camping-cars à la sortie de la ville. On les trouve alignés comme des soldats le long des avenues commerciales, ou chenapans fugueurs au bord des autoroutes ; perdus au milieu d'un bosquet de sycomores, ou mis en scène à Venice Beach. Il y a le prolifique palmier mexicain, tout en harmonie canonique du tronc à la tête ; son cousin Washingtonia, immense brindille touffue ; le dattier des Canaries et sa tignasse architecturale... Ces unijambistes font la fierté de la ville, « ils vous y ancrent », affirme Leon Boroditsky. Pourtant leur droit de séjour est remis en question.