Dans le centre-ville de Blendecques, le temps apparaît comme suspendu. Tout juste entend-on les ruissellements de l'Aa, le fleuve côtier qui traverse la commune, et les mouvements des quelques habitants qui s'affairent. À l'entrée de l'impasse Roger-Salengro, Dominique tond sa pelouse sous le regard de son petit chien noir qui le suit à la trace. Le jeune retraité ouvre la porte de son domicile qu'il avait pris soin de fermer à double tour. Une odeur de renfermé se dégage de cette maison en briques rouges, typique du nord de la France. Le carrelage est encore jonché de traces de boue. Dans son salon vide, Dominique repense à l'hiver dernier : « L'eau est montée jusqu'à 1,20 mètre », raconte-t-il tout en désignant les murs dénudés de la pièce, qui laissent apparaître des fils électriques, pour montrer l'étendue des dégâts.
Le 6 novembre dernier, à l'instar de nombreuses zones du Pas-de-Calais, l'Audomarois, la région maraîchère autour de Saint-Omer, a subi des inondations d'une ampleur inédite. Les eaux ont englouti l'impasse où vivait Dominique. Une première vague suivie d'une deuxième quatre jours plus tard. Il n'a rien vu venir, pas même la troisième vague d'inondations, survenue en janvier. « Pendant trois mois, les habitants se sont retrouvés sous l'eau, retrace Adam Beernaert, le directeur général de la protection civile du Pas-de-Calais, placée en première ligne. Des crises de cette longueur et de cette intensité, il n'y en a pas beaucoup. » Chez un voisin, une inscription sur une porte de garage témoigne de la brutalité des crues : « Attention rue très dangereuse. Inondations à répétition: 6 novembre, 30 centimètres / 10 novembre, 100 centimètres / 3 janvier, 110 centimètres. »