Océans : Macron veut raviver la mobilisation face aux reculs climatiques
latribune.fr
Ce sommet sur les océans sera une « mobilisation, dans un moment, politiquement, où les questions climatiques sont remises en cause par certains », a souligné le président, évoquant « une tentation de retrait américain ».
Arrivé dimanche après-midi en bateau depuis Monaco, Emmanuel Macron attend les dirigeants de la planète à Nice pour un dîner d'Etat à la veille d'une conférence de l'Onu sur les océans qu'il entend transformer en sommet de « mobilisation ».
À la veille de l'ouverture à Nice de la conférence des Nations unies sur les océans, Emmanuel Macron s'est posé en défenseur de l'écologie. Dans un entretien accordé à la presse régionale, samedi, il a vivement critiqué les récentes décisions du Parlement visant à interdire les zones à faibles émissions (ZFE) dans les villes et à suspendre MaPrimeRénov', l'aide à la rénovation énergétique.
« Les mêmes qui disaient que je ne faisais pas assez pour l'écologie sont les mêmes aujourd'hui, quand il y a des difficultés, à détricoter », a fustigé le chef de l'État.« Je ne suis pas content de ce que j'ai pu voir ces derniers jours. Ce n'est pas le moment de créer des incertitudes. J'attends du gouvernement qu'on maintienne cette politique et je ne veux pas qu'il cède, tout comme le Parlement, aux facilités du moment ».
Dans le cadre du sommet sur les océans, Emmanuel Macron a de nouveau dénoncé dimanche à Nice,« l'énorme erreur » de ceux qui, y compris en France, veulent remettre en cause « la priorité dans le débat public donnée au climat. ». Il avait déjà également annoncé samedi dans la presse régionale une limitation du chalutage de fond dans certaines aires marines protégées (AMP), afin de mieux préserver les écosystèmes, ce qui suscite un fort scepticisme parmi les ONG environnementales.
« Le président a mis en scène l'annonce... du statu quo ! », a vilipendé l'association Bloom dans un communiqué diffusé dimanche, estimant que le chef de l'Etat « avait confirmé que l'imposture de la politique de protection maritime de la France se poursuivrait, à savoir qu'il n'existerait jamais de cadre contraignant pour protéger véritablement les aires marines dites protégées ».De son côté, le Royaume-Uni doit annoncer ce lundi son intention d'étendre l'interdiction du chalutage de fond à plus de la moitié des aires marines protégées d'Angleterre.
Une absence remarquée des États-Unis
Ce sommet sur les océans sera une « mobilisation, dans un moment, politiquement, où les questions climatiques sont remises en cause par certains », a souligné le président, évoquant « une tentation de retrait américain ». Avant d'ajouter dimanche, en clôture d'un forum de deux jours sur l'économie bleue qui s'est tenu à Monaco, « nous avons le devoir de nous mobiliser parce que la science est claire et que les faits sont là. »
Les États-Unis, premier domaine maritime au monde, n'ont pas prévu d'envoyer de délégation à Nice. Une absence remarquée, alors que fin avril, Donald Trump a décidé unilatéralement d'ouvrir l'extraction minière dans des eaux internationales du Pacifique, contournant l'Autorité internationale des fonds marins, que les États-Unis n'ont jamais rejointe.
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La conférence s'ouvrira officiellement ce lundi. Elle doit faire le point sur les efforts menés pour développer durablement les océans. « L'action ne progresse pas à la vitesse ou à l'échelle requise », reconnaissent les États dans le projet de déclaration finale, négocié depuis plusieurs mois. Jusqu'au 13 juin, les débats porteront notamment sur l'exploitation minière des fonds marins, le traité international contre la pollution plastique, et la régulation de la surpêche et de la pêche illégale.
Les 60 ratifications nécessaires pour permettre l'entrée en vigueur rapide du traité de protection de la haute mer - adopté en 2023 - ne seront sans doute pas obtenues avant la fin de l'année. Ce traité vise à sanctuariser certains écosystèmes marins dans les eaux internationales, qui couvrent près de la moitié de la planète. La France espère aussi élargir la coalition de 33 pays favorable à un moratoire sur l'exploitation minière des fonds marins.
« Il y a de l'argent, pas de volonté politique »
Côté financement, le sommet de Nice « n'est pas à proprement parler une conférence de mobilisation de fonds », précise l'Élysée. Le Costa Rica, coorganisateur de la conférence, espère néanmoins lever 100 milliards de dollars pour le développement durable de l'océan. La protection des océans, qui couvrent 70,8 % du globe, reste aujourd'hui le moins financé des 17 objectifs de développement durable de l'ONU. « Nous avons créé cette sorte de mythe selon lequel les gouvernements n'ont pas d'argent pour la conservation des océans », déplore Brian O'Donnell, directeur de Campaign for Nature. « Il y a de l'argent. Il n'y a pas de volonté politique »., estime-t-il.
Outre le président brésilien Lula, une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement doivent converger cette semaine vers la baie des Anges.
Protection des mers : la France se veut exemplaire
La France, qui règne sur le 2e espace maritime mondial derrière les Etats-Unis, est particulièrement attendue sur son exemplarité en matière de protection des mers.Paris s'enorgueillit de faire plus que sa part de l'objectif mondial de protéger 30% des mers d'ici 2030. Le réseau français de 565 aires marines protégées (AMP) couvre 33% de ses eaux territoriales, contre moins de 2% en 2012. La France, présente sur les trois grands océans (Atlantique, Indien et Pacifique) a réalisé ce bond grâce, en particulier, à deux des plus grandes aires au monde : la création en 2014 du parc naturel de la mer de Corail en Nouvelle-Calédonie, et l'extension en 2017 de la Réserve naturelle des Terres australes françaises. A eux seuls, ces deux sites représentent près de 11% de la superficie mondiale des aires marines protégées. Le degré réel de protection effective de ces aires et les moyens alloués pour les faire respecter sont toutefois débattus.
Côté scientifiques, on admet que « le terme 'protégé' peut prêter à confusion, car toutes les AMP ne bénéficient pas du même niveau de protection », explique Florence Cayocca, directrice de recherche à l'Ifremer, dans une note d'avril 2025.« La cartographie des AMP en France est complexe, avec onze grandes catégories ». Et « les objectifs de conservation de ces AMP varient également: certaines visent à protéger les habitats de fond de mer, d'autres à préserver les oiseaux ou les mammifères marins », souligne la chercheuse. Par conséquent, « certaines zones sont des réserves intégrales où toute activité humaine est interdite, tandis que d'autres permettent des usages régulés, » y compris parfois de la pêche industrielle et du chalutage de fond.