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OPINION. « Nos océans brûlent et nous ne pouvons plus regarder ailleurs », par Fabrice Amedeo, navigateur et journaliste

Fabrice Amedeo, navigateur et journaliste

Publié le 08 juin 2025 à 05:20

Fabrice Amedeo, navigateur français, en 2022.

Fabrice Amedeo, navigateur français, en 2022.

LTD/Jean-Louis Carli

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Alors que s'ouvre ce lundi 9 juin la conférence des Nations unies sur l'océan, le navigateur et journaliste Fabrice Amedeo témoigne de cette destruction et appelle à l'action.

Alors que s'ouvre ce lundi 9 juin à Nice la troisième conférence des Nations unies sur l'océan (l'Unoc), personne ne peut s'offrir le luxe d'un énième rendez-vous manqué. À Nice, c'est l'avenir de l'humanité qui se joue, tant l'océan est aujourd'hui menacé. Cette fragilité et cette lente destruction, j'en ai été témoin l'hiver dernier lors d'une navigation en solitaire de cent quatorze jours autour du monde pendant le Vendée Globe. Les effets du changement climatique sur l'océan, je les ai ressentis en constatant chaque jour que la nature était plus imprévisible qu'elle ne l'avait jamais été. Les masses d'air au large sont de plus en plus instables, les grains plus nombreux.

La météo ne se passe plus comme dans les livres  : j'ai vu les alizés cassés par des phénomènes dépressionnaires ou anticycloniques atypiques, les mers du Sud traversées par des dépressions terriblement violentes en plein été austral ou au contraire des zones de vent mou dans des régions où elles ne sont pas censées élire domicile. J'ai été témoin de la pollution qui est de plus présente en surface de l'océan, les chocs avec des objets flottants non identifiés ont été fréquents même à des milliers de kilomètres de toute civilisation.

A LIRE AUSSI

Énergies renouvelables : les Etats manquent encore d'ambition pour endiguer le réchauffement de la planète (AIE)

J'ai vu du polystyrène flotter près du Cap Horn. J'ai traversé des essaims de bateaux de pêches chinois au nord des îles Malouines, très loin de leurs zones de pêche, tractant une bouée à 2 milles nautiques dans leur sillage (3,7 kilomètres) et un gigantesque filet qui pille l'océan de sa biodiversité en rapportant quotidiennement des milliers de tonnes de poissons à bord.

Réguler la pêche

À Nice, l'ambition affichée est « d'accélérer l'action et mobiliser tous les acteurs pour conserver et utiliser durablement l'océan » en réunissant les 193 chefs d'États membres, les organisations internationales ainsi que des représentants de la société civile (ONG, scientifiques, entreprises). Réjouissons-nous que la France soit au centre du monde pour un événement qui engage l'histoire de l'humanité, mais espérons surtout des résultats.

Il faut définir des aires marines protégées qui soient de véritables sanctuaires pour la biodiversité  : aujourd'hui, ces aires couvrent officiellement 8 % des océans, mais la pêche intensive y est toujours autorisée, c'est le cas en France. Les zones réellement sanctuarisées ne couvrent que 3 % des grands espaces bleus. En atteignant l'objectif de 30 % d'ici à 2030, on sait aujourd'hui que l'on permettrait à la biodiversité de se régénérer, ce sont les scientifiques qui le disent.

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Alexandra Cousteau, cofondatrice d'Oceans 2050 : « Nous pouvons reconstruire la vie marine »

Il faut réguler la pêche et notamment interdire le chalutage de fond dans ces aires. La pêche industrielle est la première cause de destruction de l'océan. Il faut aussi inciter les États-Unis à revenir sur l'autorisation récemment accordée par Donald Trump pour l'exploitation minière des grands fonds, car une nouvelle catastrophe écologique se prépare.

Le poumon de notre planète

Parce je l'ai vécu dans ma chair, parce que j'ai eu peur, parce que je n'ai cessé de penser alors à mes trois filles et à tous les écoliers que je côtoie chaque année dans le cadre d'actions de sensibilisation, j'ai la conviction que la préservation des océans mérite mieux que le manichéisme, que de déclarer la guerre au capitalisme ou aux industriels. Les politiques ne feront pas l'impasse sur un courage nécessaire et même parfois sur une certaine forme de radicalité.

La nature mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer [...] et nous sommes indifférents. La Terre et l'humanité sont en péril, et nous sommes tous responsables.
Jacques Chirac, ancien président de la République

Nous avons le devoir de les interpeller, de leur demander des comptes pour nous, mais plus encore pour les générations futures. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer [...] et nous sommes indifférents. La Terre et l'humanité sont en péril, et nous sommes tous responsables. » Comme Jacques Chirac, il y a vingt-trois ans, il ne faut cesser de dire aux politiques de la planète que notre maison et ses océans brûlent, même si pour le moment la plupart d'entre eux continuent de regarder ailleurs.

À lire également

  • Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères : « La France doit montrer la voie pour protéger les océans »
  • OPINION. « L’océan est notre avenir : agissons maintenant ! », par Sarah Chouraqui, DG de l’association Wings of the Ocean

L'océan est le poumon de notre planète. Il capte jusqu'à un tiers de nos émissions de CO2, il est vital pour lutter contre le changement climatique, il a déjà capté 90 % des excédents de chaleur produits par l'humanité. Sans lui, la planète ne serait d'ores et déjà plus vivable. À Nice, nos dirigeants doivent prendre des engagements forts pour l'océan, pour sa biodiversité, pour le climat, pour notre planète, pour notre avenir. À Nice, nos dirigeants ont rendez-vous avec l'histoire de l'humanité.

Fabrice Amedeo, navigateur et journaliste

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