ENTRETIEN EXCLUSIF — Pour le locataire du Quai d’Orsay, la conférence onusienne doit replacer, dix ans après l’accord de Paris, notre pays et l’Europe en première ligne dans la préservation des biens communs.LA TRIBUNE DIMANCHE — Les océans se réchauffent deux fois plus vite qu'il y a vingt ans, l'acidification s'accélère et les ressources halieutiques baissent. Cette conférence de l'Unoc n'arrive-t-elle pas un peu tard ?
JEAN-NOËL BARROT — Il n'est jamais trop tard. Cette conférence sera la plus importante jamais organisée sur la préservation des océans. C'est le rôle de la France que d'éveiller les consciences sur ce sujet. Aujourd'hui, nos mers sont menacées. Le 15 août dernier, la température moyenne à la surface de la Méditerranée a atteint le record historique de 29 degrés. Sans parler de la pollution plastique ou de la pêche illégale. Nous devons éviter que l'océan, ce réservoir de biodiversité, qui est aujourd'hui notre meilleur allié, ne devienne notre pire ennemi. C'est pour cela que nous réunissons le monde entier à Nice : pour provoquer une mobilisation collective.
Mais quels engagements précis vont y être pris ?
La France est à l'initiative de la signature d'un traité sur la protection de la haute mer (le traité BBNJ), qui couvre la moitié de la surface de la planète. C'était un vide juridique. Grâce à notre mobilisation, ce traité pourra entrer en vigueur en un temps record.
Mais vous n'arriverez pas, comme il était prévu, à faire en sorte qu'il entre en vigueur au moment de la conférence ?
Il a fallu douze ans entre la signature de la Convention sur le droit de la mer et son entrée en vigueur en 1994. Cette fois-ci, il n'en aura fallu que deux. Huit pays seulement avaient ratifié le BBNJ il y a un an. Grâce à l'effort de la France, nous avons multiplié ce chiffre par cinq : plus de 40 pays l'ont déjà ratifié, ils seront 60 d'ici à la fin de l'année. C'est un tour de force diplomatique qui permettra d'enclencher une dynamique de travail collectif.
Propos recueillis par Antoine Malo et Soazig Quéméner