LA TRIBUNE - Quelle lecture faites-vous de la conjoncture actuelle en matière de capital-risque et de financement des startups ?
FRANÇOIS CAVALIÉ - On observe en France une baisse de l'activité de l'ordre de 50 % depuis le début de l'année. Le changement de conjoncture est donc très brutal et c'est sensiblement la même tendance aux États-Unis. Il y a des baisses sensibles des valorisations avec des situations complexes quand les fondateurs cherchent à s'appuyer sur les anciennes valorisations de leur entreprise tandis que les fonds leur expliquent qu'il n'en est plus question, que ces valorisations très hautes ne sont plus d'actualité. Il faut donc un peu de temps pour réajuster l'équation même s'il y a des exceptions à cette tendance à l'instar du secteur de l'intelligence artificielle qui garde le vent en poupe.
JEAN-FRANÇOIS COCHY - Ce changement de conjoncture est particulièrement marqué sur les stades de financement tardif quand il s'agit de mener des levées de fonds en série B, C ou D. Cette activité de late stage s'est pratiquement arrêtée et quand une opération se fait c'est, sauf exception, sur des valorisations revues à la baisse. Et là on parle de gros tours de financements qui pèsent donc lourd dans la balance globale. En revanche, pour le financement de l'amorçage des startups la situation s'est beaucoup moins contractée ! Dans une opération d'amorçage, la sortie est envisagée à dix ans ce qui laisse le temps à la situation économique d'évoluer alors que pour une série B ou C, l'horizon est à deux ou trois ans et le montage est donc très lié à la conjoncture actuelle.