LA TRIBUNE - Après deux années d'euphorie, le contexte est-il réellement plus compliqué pour les startups qui cherchent à lever des fonds ?
Alexandre LABARRIÈRE - Oui et non. Il y a encore de l'argent pour financer les startups, y compris les plus jeunes (early stage) ! La France est passée devant l'Allemagne en 2022 en termes de levées de fonds, donc il y a une vraie dynamique et je ne vois pas de remise en cause du fait qu'il faille financer l'innovation aujourd'hui. C'est devenu une évidence compte tenu de la maturité de l'écosystème français. Maintenant, c'est vrai que 2021 et 2022 resteront des années exceptionnelles et qu'on devrait revenir en 2023 à une forme de normalité avec davantage de temps pour examiner les dossiers et un retour à des valorisations plus raisonnables.
Comment est-ce que cela se traduit concrètement ?
Par un retour à des principes économiques qui sont finalement assez basiques. Ce qu'on entend chez nos startups adhérentes c'est que le métier de directeur financier ou, à défaut, de directeur général, revient à des missions de gestion opérationnelle de l'entreprise alors qu'il a souvent été trop accaparé ces dernières années par la recherche de financements. Et c'est une bonne chose parce qu'à l'autre bout de la chaîne les fonds nous le disent : « Pour une startup, le meilleur argent c'est celui des clients pas des investisseurs ! ». Cela signifie que les startups ne peuvent plus miser purement sur des levées de fonds successives pour se développer, sauf exception comme des entreprises de la deeptech qui nécessitent mécaniquement de gros moyens financiers, à l'instar de Pasqal dans le quantique. Cette exigence de rentabilité n'est pas un nouveau sujet, c'est même une notion basique, mais elle est redevenue centrale aujourd'hui et tout le monde regarde cette question de près.