Chronique de François Simon : Kith, le baiser américain
François Simon
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Chaud devant par François Simon.
DR
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Casquette Corteiz London, sneakers Louis Vuitton, baggy Balenciaga, sweat capuche Gucci : l'air de rien (façon de parler), cet ado de 12 ans doit porter sur lui plus de 3 000 euros de fringues. Il se noie dans la clientèle ultra-pointue de ce restaurant du triangle d'or des Champs-Élysées : Kith, sorte de néo-Colette hip-hop installé sur 1 500 mètres carrés, avec son patio central végétalisé dans ce qui fut le Pershing Hall, ses gadgets, lunettes de soleil, sneakers jusqu'au plafond, mode, décor de marbre blanc, restaurant...
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Kith fait un malheur aux États-Unis avec cinq magasins créés par Ronnie Fieg, mais à Paris seule une communauté s'est éprise de cette table de street food percutante. Étrangement, alors que la mode chavire sous les à-coups de la rue, la « food », comme on dit en France, fonctionne à revers, comme marginalisée, regardée de haut. Pas d'enthousiasme dans les gazettes pour les sandwichs de thon, des croques croissants (avec truffe, salami, sauce Mornay) à faire gémir un gastronome ; caviar, babkas au chocolat ; l'imparable avocado toast, le stand de milk-shakes signé par feu Virgil Abloh. Il y a comme un ostracisme paisible qui laisse en contrechamp, hors circuit, ce qui est ici dévoré avec dévotion. Cela renforce ce sentiment d'étrangeté qui nous fascine tant (nous désirons souvent ce qui nous excède) et en fait un passionnant miroir de notre société de consommation. La bouffe (autre vocable désolant) n'est pas mauvaise du tout, amplifiée, surlignée, grassouillette. La junk food n'est pas un dépotoir de notre gastronomie, elle est le prolongement d'une nouvelle approche, plus éclectique qu'on ne le pense. « JoeyStarr adore les trois étoiles, argumente Hirmane, le roi du sandwich, et Booba, à Miami, va déposer ses enfants en Lamborghini, c'est une tribu d'initiés où tout le monde est bienvenu. » Mais c'est surtout le service fluide, amical, jamais forcé, complice (comme au Ritz, d'ailleurs), qui rend cette adresse unique, jouissive, alors que tout s'agite mollement, et sans grand intérêt, sur les Champs-Élysées.
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