Si sa mère n'avait pas fui avec son bébé, Virginia Tangvald ne serait probablement pas là pour livrer ce roman-récit démythifié écrit comme on caresse - les gouffres de la mer et de l'âme. C'est avec une délicatesse extrême, peu de mots et encore moins de commentaires que la plume de cette jeune femme née en mer en 1986 vous hydrocute. A-t-elle bien suggéré cela ? A-t-on bien lu ? Les Enfants du large révèle une écrivaine.
Arrivée très en avance au rendez-vous, la fille de l'explorateur Peter Tangvald se cache derrière les mèches de ses cheveux courts. Pour qu'elle oublie qu'elle ne sait pas quoi faire de sa beauté, il faut la pousser à parler. Sitôt qu'elle s'exprime, elle impose son rythme, son entrain, son accent québécois (elle a grandi au Canada), ses silences ; elle s'interrompt, réfléchit, tripote les deux joncs dorés qui enserrent son minuscule poignet, efface ce qu'elle vient de dire d'un coup de rire. La douceur de sa voix a ce grelot léger et tintinnabulant, presque trop, qui trahit tout à la fois une connaissance intime du tragique et la conviction que la vie est belle malgré tout. On pourrait la croire fluette ; en fait elle n'est que finesse.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Contrairement à nombre de premiers romans, le vôtre fait la part belle à l'ellipse. Est-ce à dire que vous ne l'avez pas écrit pour purger ou pour conjurer ?