Rentrée littéraire : l'espionne était archéologue (par Fabrice d’Almeida, historien)
Par Fabrice D’almeida, historien
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Olivier Guez, essayiste, écrivain et journaliste français.
© LTD / ISA HARSIN/SIPA
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En octobre 1922, Gertrude Bell est sur le site d'Ur, la vieille métropole sumérienne. Au fond d'une tranchée, elle trouve des vestiges vieux de cinq mille ans et les conserve pour en faire les premières pièces de son musée d'archéologie à Bagdad. À 54 ans, elle a toujours une jolie ligne. Mais surtout, son regard et son attitude frappent ses interlocuteurs. Churchill ou Lawrence d'Arabie écoutent ses avis. Son autorité s'impose même aux djihadistes arabes les plus durs. Cette femme porte en elle un empire: l'Empire britannique. Et un rêve, l'adapter au XXe siècle.
Là réside la tension du dernier livre d'Olivier Guez, dont le titre est tout un programme, Mesopotamia. Entre les années 1890 et les années 1920, dans cette zone aux confins de l'Irak et de la Syrie, se joue la redistribution de la puissance mondiale, le passage du charbon au pétrole, dont les gisements sont alors découverts. Au même moment, les architectes de l'Empire britannique comprennent que les anciennes méthodes coercitives ne tiennent plus. Il faut être capable de parler avec la myriade de populations locales, cette mosaïque d'ethnies, de tribus, de religions et de lignages politiques. Là où il existe encore des chrétiens nestoriens, des zoroastriens et où émergent les guerriers wahhabites.
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Pour démêler cet écheveau d'intérêts, des spécialistes comme Gertrude Bell sont envoyés. Née dans une grande famille, noble et fortunée, elle compte parmi les premières étudiantes admises à Oxford. Elle y suivait les cours en présentant son dos aux professeurs afin que son regard ne réveille pas leur désir. Elle devint archéologue avant de se faire ethnologue, en Mésopotamie précisément. Mais tout cela est une aimable couverture: très vite en effet elle alimente en renseignements les services coloniaux puis les services secrets, dresse les cartes des soutiens et des adversaires, repère les routes et les points d'eau, décrit les zones fortifiées...
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