Rentrée littéraire : Martial Cavatz, enfance caractérielle
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Les Caractériels, de Martial Cavatz, Alma, 180 pages, 18 euros.
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Est-ce parce que Martial Cavatz est malvoyant qu'il voit si bien le monde ? « J'étais cassos et bigleux, une belle addition d'emmerdes », annonce le double de papier de l'auteur. Moitié Renaud, moitié Charlie Hebdo, il ne verse ni dans la périphrase ni dans l'autoapitoiement. L'histoire - son histoire - est celle d'un jeune garçon qui grandit dans la cité des 408, à Besançon. Sa mère a rencontré son beau-père à l'ANPE, « ce qui prouve l'utilité de ce service public qui, à défaut de trouver du travail, permet aux pauvres de se rencontrer ailleurs que dans les locaux de la CAF ».
À la maison, le quotidien est fait de cris, de violence, d'alcool et est ponctué de visites d'assistantes sociales, d'éducateurs et de policiers. Un jour, un chauffeur venu chercher l'écolier découvre « toute la famille dormant dans une seule chambre dans une hygiène approximative, les enfants, la tête recouverte d'un linge retenant le produit antipoux ». Exfiltré très jeune, le garçon étudie dès la maternelle dans un institut pour enfants caractériels puis, en raison d'une déficience visuelle, rejoint un établissement spécialisé où il sera interne.
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Ce texte n'est pourtant pas un énième roman sur un transfuge de classe. D'abord parce qu'il n'y a aucun désir de revanche chez l'auteur, ni l'impression d'être meilleur que ceux de son milieu. Et surtout parce que Martial Cavatz a de l'humour. « Ne pas être un gros connard est parfois, hélas, juste un hasard. Pas un effort moral », assène celui qui réussit à nous faire rire en campant une scène aussi surréelle que ces ados malvoyants et aveugles agglutinés devant le porno de Canal+ en crypté. Au-delà de la pauvreté ou du handicap, sa plume d'écrivain - car c'en est un - nous offre un beau roman de l'enfance.
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