Rentrée littéraire : « Amours manquées » entre une mère et sa fille
Arnaud Catherine
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« Amours manquées », par Susie Boyt, publié aux éditions La Croisée, 240 pages, est vendu au prix de 22 euros.
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« Amours manquées », par Susie Boyt, publié aux éditions La Croisée, 240 pages, est vendu au prix de 22 euros.
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Imaginez-vous à Londres. Vous prenez le thé avec des amies proches. L'une d'entre elles vous informe (après avoir hésité à se lancer) qu'elle a croisé votre fille, cette grande fille dont vous n'avez pas de nouvelles depuis trop longtemps. L'amie (mais en est-ce vraiment une ?) ajoute que votre fille était en compagnie d'une bande de clochards. Intraitable cruauté des détails : sa belle chevelure serait devenue filasse et triste, « on voyait le rose de son cuir chevelu, un rose un peu écorché ». Coup de grâce : votre « amie » lui a donné un billet de 10. Vous vous entendez répondre « merci » et vous avez envie de pleurer, humiliée, déchirée. Voilà le genre de couteau qui lamine le cœur de Ruth (enseignante quinquagénaire) à intervalles réguliers depuis que sa fille l'a quittée.
La littérature aime à ausculter les défaillances parentales, mais quid de l'ingratitude des enfants ? Encore faudrait-il savoir si c'est d'ingratitude que parle le roman de Susie Boyt ; elle-même s'interroge du début à la fin, par la voix de Ruth, sa narratrice. Tout avait pourtant bien commencé entre cette mère célibataire et la petite Eleanor. Sauf qu'à l'âge de 13 ans la fille a brutalement cessé d'aimer sa mère. Un classique de l'adolescence.
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Mais voilà : l'amour n'est jamais revenu. Eleanor est une adulte désormais, elle a sombré dans la toxicomanie, n'accordant une entrevue à sa mère que de temps en temps, entrevues que Ruth attend chaque fois le cœur battant : « Que je fusse heureuse de la voir ou désespérée, elle me trouvait tout autant imbuvable. » Les « coups de haine » de sa fille s'étiolent au fil du temps mais l'amour ne revient toujours pas. Triste comme une amoureuse esseulée (« Le monde était veuf d'Eleanor, me disais-je parfois »), Ruth reporte son affection sur ses élèves. Et ça marche d'ailleurs, mais la gratification est amère : « J'étais larguée, avec et sans elle, je perdais pied, me sentais affamée, ne valais plus rien, faisais naufrage - alors c'était étrange d'être acclamée au lycée comme la meilleure amie de l'ado en crise. »
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