Rentrée littéraire : Notre sélection de la semaine
Alexis Brocas, Arnaud Cathrine et Olivier Mony
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Découvrez la sélection de livres de « La Tribune Dimanche » de la semaine. (Crédits : LTD)
LTD
Alexis Brocas, Arnaud Cathrine et Olivier Mony
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Découvrez la sélection de livres de « La Tribune Dimanche » de la semaine. (Crédits : LTD)
LTD
Comme Staline le disait à sa façon guillerette, « la mort d'un homme est une tragédie. La mort d'un million d'hommes est une statistique ». Heureusement, la littérature a le pouvoir de forcer l'indifférence par laquelle l'esprit humain se protège du vertige que provoquent en lui les crimes de masse traduits en chiffres : les romans, en nous faisant partager quelques-uns de ces destins, ramènent nos drames collectifs à hauteur humaine. Les textes de Gaël Faye s'inscrivent dans cette tradition.
Huit ans après le très beau Petit Pays, immense succès où il était question d'enfance burundaise, d'un vélo volé que le narrateur n'aurait jamais dû récupérer et du génocide des Tutsis tel que vécu par sa famille, l'auteur publie Jacaranda, qui nous renvoie là-bas. Pas seulement en Afrique centrale : dans son univers littéraire, où la grande Histoire se lit en creux dans la vie des gens, bien visible, comme la trace de ce coup de machette sur le crâne de Claude, ou indiscernable, comme les cicatrices mentales que porte Eusébie, si joyeuse, si travailleuse, mais absente à sa fille - qu'elle a « faite toute seule » après avoir perdu tous les siens...
Le roman se déroule comme un voyage par étapes vers le Rwanda, ou comme un retour aux racines incluses dans le jacaranda du titre, racines plantées dans un sol où reposent encore les corps laissés par les génocidaires et d'où pourtant peut surgir la beauté.

Jacaranda de Gaël Faye est publié aux éditions Grasset. (Crédits : LTD/Olivier Dion/LH/opale.photo)
À lire également
Première partie : Milan, jeune métis bien français, issu d'un foyer versaillais avec vacances à l'île de Ré, découvre stupéfait que sa mère, d'origine rwandaise, a encore de la famille là-bas le jour où on lui présente Claude, 12 ans, la tête bandée. Même si Claude ne parle que le kinyarwanda, Milan en fait son petit frère - mais l'adoption tourne court. En 1998, les deux jeunes gens se retrouvent lorsque Milan accompagne sa mère au Rwanda - où il s'éclate comme un ado sans percevoir la présence du fantôme de la guerre dans tous les esprits, fantôme qui pourtant lui saute à la figure le jour où il lui prend l'idée de traiter Sartre, ami de Claude, de pillard.
Alexis Brocas, Arnaud Cathrine et Olivier Mony