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Corée du Nord: Un ex-espion ou un ministre, qui négociera avec Pompeo ?

reuters.com

Publié le 13 juin 2018 à 14:25 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:51

Coree du nord: un ex-espion ou un ministre, qui negociera avec pompeo ?

Coree du nord: un ex-espion ou un ministre, qui negociera avec pompeo ?

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par Hyonhee Shin

SEOUL (Reuters) - Deux des plus proches collaborateurs du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, l'ancien chef des services de renseignements militaires Kim Yong-chol et son ministre des Affaires étrangères, Ri Yong-ho, ont vocation à être l'interlocuteur du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo lors des rencontres qui traduiront en actes les promesses du sommet de Singapour.

Le choix de l'ex-espion septuagénaire rompu aux arcanes des relations de pouvoir ou du très policé chef de la diplomatie nord-coréenne pourrait donner une idée de la manière dont Kim entend aborder la dénucléarisation de la Corée du Nord, estiment des analystes politiques et des spécialistes du régime communiste dynastique de Pyongyang.

Dans la déclaration conjointe produite mardi par les Etats-Unis et la Corée du Nord au sommet historique de Singapour, Kim Jong-un s'est engagé à renoncer à ses armes nucléaires et le président américain Donald Trump a promis des garanties de sécurité pour la Corée du Nord en échange.

Rien n'a filtré de ce qui s'est dit précisément. Le texte de la déclaration signée par les deux dirigeants souligne que "les Etats-Unis et la RPDC s'engagent à des négociations à venir conduites par le secrétaire d'Etat, Mike Pompeo, et par un responsable compétent de haut rang de la RPDC, à une date la plus proche possible, pour appliquer les résultats du sommet USA-RPDC".

Le communiqué ne dit pas qui représentera la Corée du Nord face au chef de la diplomatie américaine.

Mais la formulation "responsable compétent de haut rang" restreint les candidats possibles à une poignée d'hommes de confiance dans l'entourage de Kim Jong-un.

Kim Yong-chol et Ri Yong-ho ont tous les deux accompagné Kim Jong-un à Singapour et ils étaient tous les deux assis avec lui à la table lors des discussions élargies aux deux délégations après le tête-à-tête initial entre les deux chefs d'Etat.

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KIM JONG-UN TERGIVERSE

L'omniprésence de Kim Yong-chol depuis le dégel entamé entre les Etats-Unis et la Corée du Nord début 2018 pourrait lui donner l'avantage.

Mais il a principalement traité des relations inter-coréennes, plutôt que des questions nucléaires, qui ont surtout été suivies par le ministère des Affaires étrangères.

"L'absence du nom du Nord-Coréen dans la déclaration conjointe, malgré le rôle joué jusqu'ici par Kim Yong-chol, pourrait signifier que Kim Jong-un tergiverse et se demande s'il doit maintenant charger ou pas des diplomates de faire le travail", commente Shin Beom-chul, chargé d'études à l'Institut Asan pour les études politiques à Séoul.

Général quatre étoiles, Kim Yong-chol, 72 ans, est vice-président du Comité central du Parti des travailleurs, le parti unique au pouvoir en Corée du Nord, et directeur du Département du Front uni, chargé des relations intercoréennes.

Il a été chef du Bureau général de reconnaissance, service de renseignement militaire nord-coréen créé à la fin des années 2000. Au total, il a passé une trentaine d'années en tant que membre dirigeant de la communauté du renseignement nord-coréenne.

Il a coordonné les deux réunions de Kim Jong-un avec Mike Pompeo à Pyongyang en avril et en mai, alors que, pour la première, l'actuel chef de la diplomatie américaine venait d'être désigné secrétaire d'Etat mais dirigeait encore la CIA.

Kim Yong-chol a également rencontré Mike Pompeo les 30 et 31 mai à New York avant de remettre le 1er juin à Washington une lettre de Kim Jong-un à Donald Trump.

"FAIRE PRESSION ET HUMILIER"

"Kim (Yong-chol) devrait être le partenaire le plus probable de Pompeo. Il a travaillé avec lui auparavant et connaît bien ce que veut Kim Jong-un", a déclaré Cheong Seong-chang, un expert de la Corée du Nord à l'Institut Sejong près de Séoul.

Mais les États-Unis et la Corée du Sud l'ont inscrit sur leur liste noire pour avoir soutenu les programmes d'armement du Nord. Séoul l'a accusé en outre d'avoir orchestré des attaques meurtrières contre un navire de la marine sud-coréenne et une île en 2010.

Il a également été lié par des renseignements américains à une cyberattaque dévastatrice contre le studio Sony Pictures en 2014. La Corée du Nord a nié toute implication dans ces incidents.

Chef militaire belliciste, Kim Yong-chol a mené une série de pourparlers militaires entre les deux Corées depuis la fin des années 1980.

Il était "le meilleur pour faire pression et humilier" ses adversaires pendant les négociations, selon un diplomate sud-coréen à la retraite. En 2014, il a "quitté la salle" lors de pourparlers militaires quand la Corée du Sud a demandé des excuses pour les attaques de 2010, racontent d'anciens responsables militaires sud-coréens.

"Il est connu comme un radical, tout comme Pompeo à Washington, mais tous deux sont des réalistes capables de faire un compromis si nécessaire", souligne Cheong Seong-chang.

SENS DE L'HUMOUR

A l'opposé, Ri Yong-ho, âgé de 62 ans, est considéré comme un diplomate de carrière distingué, à la voix calme et posée, poli et ayant le sens de d'humour. Il peut toutefois se montrer dur. Ses compétences en matière de débat sont réputées.

Il a certes appelé Trump "President Evil" à l'Assemblée générale de l'Onu l'an dernier, mais ce genre de propos n'est généralement pas dans son caractère, selon ses anciens homologues et collègues.

Très à l'aise en anglais, Ri Yong-ho a occupé plusieurs postes de haut niveau dans les relations avec l'Occident. Il a notamment participé aux désormais défunts "pourparlers à six" visant à démanteler les programmes nucléaires de la Corée du Nord après son retrait du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) en 2003.

À la suite d'un congrès du Parti des travailleurs en 2016, il a été nommé ministre des Affaires étrangères et promu au bureau politique du parti, le saint des saints où se décident les plus hautes affaires de l'Etat. C'était la première fois en deux décennies qu'un diplomate de carrière était nommé au bureau politique, souligne Cheong Seong-chang, de l'Institut Sejong.

"Il serait raisonnable pour le ministère des Affaires étrangères qui a une expérience professionnelle de prendre en charge les pourparlers nucléaires", estime Chun Yung-woo, un ancien représentant de la Corée du Sud aux "pourparlers à six".

Un autre négociateur potentiel serait Ri Su-yong, ancien ministre des Affaires étrangères actuellement responsable des affaires internationales au Parti des travailleurs.

En tant qu'ambassadeur en Suisse, Ri Su-yong, qui est âgé de 78 ans, a supervisé l'éducation européenne du Kim Jong-un - il a étudié en Suisse -, ce qui lui a permis de gagner la confiance du jeune dirigeant.

Un haut responsable sud-coréen ayant requis l'anonymat rappelle toutefois que, quel que soit le négociateur choisi, c'est bien le petit-fils du fondateur de la République populaire de Corée du Nord (RPDC) qui aura le dernier mot. "Quel que soit celui qui siégera à la table des négociations, dit-il, les décisions fermes et précises sur la dénucléarisation seront prises par Kim Jong-un lui-même."

(Avec Jeongmin Kim; Danielle Rouquié pour le service français)

reuters.com

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