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Renforcés par leurs alliances, les USA veulent se montrer intransigeants avec la Chine

reuters.com  |   |  1126  mots
Renforces par leurs alliances, les usa veulent se montrer intransigeants avec la chine[reuters.com]
(Crédits : Yuri Gripas)

par Michael Martina, Yew Lun Tian et Humeyra Pamuk

WASHINGTON/PEKIN (Reuters) - Les Etats-Unis entendent adopter une position intransigeante lors des discussions avec la Chine jeudi en Alaska, ont dit des représentants américains, dans ce qui constituera la première réunion physique entre hauts représentants des deux pays depuis l'arrivée de Joe Biden à la Maison blanche en janvier.

Pékin a appelé à une remise à plat des relations entre les deux grands rivaux, alors que les tensions sont à un pic en plusieurs décennies, mais Washington considère les discussions de jeudi comme un rendez-vous ponctuel dont un éventuel prolongement dépendra d'un changement d'attitude de la Chine.

"Nous sommes impatients de cette opportunité d'exposer en des termes très clairs à nos homologues chinois certaines des préoccupations que nous avons à propos des actions qu'ils ont engagées", a déclaré mercredi, lors d'une visite à Tokyo, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken.

Le chef de la diplomatie américaine et le conseiller à la sécurité nationale de la Maison blanche, Jake Sullivan, doivent s'entretenir avec les deux plus hauts diplomates chinois, Wang Yi et Yang Jiechi, au retour d'un déplacement en Asie où l'administration Biden a souligné son engagement dans la région Indo-Pacifique face à l'influence grandissante de Pékin.

Au cours de sa visite au Japon, qui précédait des entretiens en Corée du Sud, Antony Blinken a promis mardi de repousser la "coercition et l'agression" de la Chine, dont ses revendications territoriales élargies en mer de Chine orientale et en mer de Chine méridionale.

Il s'agit là d'un indicateur de la franchise que l'administration Biden entend adopter dans sa position à l'égard de la Chine, alors que les deux plus grandes puissances économiques mondiales cherchent un semblant de terrain d'entente sur lequel faire reposer leurs relations, qui se sont grandement refroidies sous l'administration de Donald Trump.

La réunion de jeudi dans la ville d'Anchorage, qui marquera les retrouvailles physiques à haut niveau entre représentants américains et chinois depuis un entretien glacial entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays en juin dernier, devrait être avare de courtoisie et d'avancées.

PÉKIN ESPÈRE UN CADRE DE DIALOGUE ÉLARGI

Du fait des restrictions sanitaires face au coronavirus, aucun repas commun entre les deux délégations n'est prévu en Alaska, alors que cela était la norme lors des récents échanges sino-américains.

Par ailleurs, des indications laissent penser que les deux camps ont des attentes divergentes.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a dit voir dans ces discussions un "dialogue stratégique à haut niveau".

Selon une source chinoise au fait des préparatifs, Pékin espère que le rendez-vous sera propice à la mise en place d'un cadre de dialogue élargi, plutôt qu'à la résolution de questions spécifiques.

Mais à Washington, les représentants de l'administration Biden ont explicitement fait savoir que la réunion de jeudi ne constituerait pas le point de départ d'échanges réguliers, qui n'ont par le passé pas permis de répondre aux préoccupations américaines sur le comportement de la Chine.

"Nous nous attendons à ce que certaines parties de la conversation puissent être compliquées", a déclaré aux journalistes la porte-parole de la Maison blanche.

Un haut représentant américain a déclaré lors d'un point de presse que Washington attendait des "actions, pas des paroles" de la part de Pékin si celui-ci voulait voir le ton des relations sino-américaines changer.

Sur le papier, au moins, le contexte a évolué pour la Chine dans l'optique de relations bilatérales, après quatre années d'une politique de l'Amérique d'abord ("America First") prônée par Donald Trump. Joe Biden a promis de rétablir les alliances américaines, et les partenaires de Washington y apparaissent disposés.

Au cours d'un sommet du "Quad" (dialogue quadrilatéral sur la sécurité) la semaine dernière, les dirigeants des Etats-Unis, du Japon, de l'Inde et de l'Australie se sont engagés à coopérer sur les sécurités maritime, informatique et économique, des questions essentielles face aux défis proposés par la Chine.

L'administration Biden a aussi entamé une "tournée européenne", décrite par des représentants américains comme des échanges quotidiens avec l'Europe sur des questions telles que la montée en puissance de la Chine.

"PREMIER ROUND D'UN COMBAT DE BOXE"

Evan Medeiros, spécialiste des questions asiatiques qui fut membre de l'administration Obama et enseigne désormais à l'université américaine de Georgetown, a décrit la réunion de jeudi comme "le premier round d'un combat de boxe" qui ne devrait pas permettre de résoudre des questions majeures, mais qui pourrait réduire le risque de futures erreurs de calcul entre Washington et Pékin.

"Cela devrait principalement être un échange de doléances des deux côtés", a-t-il dit.

S'exprimant la semaine dernière devant la presse, Jake Sullivan a dit ne pas s'attendre à ce que l'accord commercial dit de "phase 1" ou les taxes douanières soient un sujet majeur de discussion en Alaska.

Le conseiller à la sécurité nationale a indiqué que les Etats-Unis profiteraient de la réunion pour faire part à la Chine de leurs intentions stratégiques et de leurs préoccupations face aux agissements chinois, dont la répression de la démocratie à Hong Kong, les violations des droits de l'homme dans la région chinoise du Xinjiang ou encore la navigation dans le détroit de Taiwan.

Aux yeux de Pékin, les Etats-Unis ne doivent pas se mêler de ces questions, considérées comme des affaires internes chinoises.

L'administration Biden a souligné l'importance pour elle que cette première réunion à haut niveau ministériel avec Pékin se déroule sur le sol américain.

En dépit de ce deuxième déplacement consécutif aux Etats-Unis de Yang Jiechi en moins d'un an, que les observateurs chinois considèrent comme un signe de la bonne volonté de Pékin, il semble résider peu d'espoirs, des deux côtés, sur de quelconques avancées pendant les discussions en Alaska.

"Même s'il y a une quelconque coopération initiale sur des questions concrètes comme le changement climatique, l'effet positif de cela sera insignifiant face à la compétition et la confrontation dans tous les domaines qui caractérisent ces relations", a déclaré Shi Yinhong, enseignant à l'université Renmin à Pékin, à Reuters.

(Michael Martina, David Brunnstrom et Steve Holland in Washington, Humeyra Pamuk à Séoul, Yew Lun Tian et Gabriel Crossley à Pékin; version française Jean Terzian)