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Grande-Bretagne : Boris Johnson va démissionner de son poste de Premier ministre

reuters.com  |   |  808  mots
Grande-bretagne: boris johnson va demissionner, selon les medias[reuters.com]
(Crédits : Henry Nicholls)

par Kate Holton et Elizabeth Piper

LONDRES (Reuters) - Boris Johnson, abandonné par de nombreux membres de son gouvernement depuis deux jours dans le sillage d'une série de scandales, va annoncer jeudi qu'il démissionne de son poste de Premier ministre britannique, a déclaré une source gouvernementale.

Un porte-parole du 10, Downing Street, a annoncé que le chef du gouvernement allait s'adresser ce jeudi aux Britanniques.

Nommé en juillet 2019 pour succéder à Theresa May à la direction du Parti conservateur, s'assurant ainsi sa nomination à la tête du gouvernement, Boris Johnson a ensuite triomphé dans les urnes, lors d'élections anticipées en décembre de la même année, mais a été affaibli par une série de scandales ces derniers mois.

Le dernier en date, provoqué par la démission de l'élu conservateur Chris Pincher en raison d'accusations d'inconduite sexuelle, a poussé mardi soir les ministres des Finances et de la Santé, Rishi Sunak et Sajid Javid, à présenter leur démission.

Une cinquantaine de membres de l'exécutif britannique ont quitté leurs fonctions dans la foulée en mettant explicitement en cause le Premier ministre, désormais jugé inapte à gouverner le pays.

"Sa démission était inévitable", a déclaré le vice-président du Parti conservateur, Justin Tomlinson, sur Twitter. "En tant que parti, nous devons rapidement nous unir et nous concentrer sur ce qui compte. Les temps sont graves sur de nombreux fronts."

Les conservateurs vont désormais devoir élire un nouveau dirigeant, une procédure qui pourrait prendre environ deux mois. On ignore encore si Boris Johnson continuera d'expédier les affaires courantes dans l'intervalle.

Huit ministres ou secrétaires d'Etat ont encore démissionné jeudi matin, dont certains nommés il y a deux jours. Le nouveau ministre des Finances, Nadhim Zahawi, a publiquement appelé jeudi matin à la démission du Premier ministre, de même que le ministre de la Défense, Ben Wallace.

"Ce n'est pas tenable et cela ne va qu'empirer, pour vous, pour le Parti conservateur, et, plus important encore, pour tout le pays", a écrit Nadhim Zahawi sur son compte Twitter. "Vous devez faire ce qu'il faut et partir maintenant."

MENSONGES

Nadhim Zahawi et d'autres membres du gouvernement se sont rendus mercredi soir au 10, Downing Street, accompagnés d'un haut représentant des élus conservateurs au Parlement, pour signifier à Boris Johnson que son heure était révolue.

Dans un premier temps, le Premier ministre a refusé de partir et limogé Michael Gove, l'un des poids lourds de l'exécutif et l'un des premiers à lui demander de démissionner, dans l'espoir de rasseoir son autorité.

Un allié du Premier ministre cité par le journal The Sun est allé jusqu'à affirmer que les frondeurs du Parti conservateur ne pourraient pas se débarrasser de Boris Johnson sans "avoir du sang sur les mains".

Mais la nouvelle avalanche de démissions jeudi matin a rendu sa position intenable et menaçait le gouvernement de paralysie.

Agé de 58 ans, Boris Johnson, ancien journaliste et maire de Londres, avait promis à son arrivée à Downing Street de mener à bien le Brexit, le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne dont il fut l'un des ardents défenseurs lors de la campagne référendaire de 2016.

Si son style fantasque n'a pas toujours fait l'unanimité dans les rangs conservateurs, beaucoup de Tories l'ont crédité d'avoir su élargir l'électorat du parti en conquérant en 2019 des bastions du Parti travailliste.

Mais les scandales de ces derniers mois, en particulier le "Partygate" - des fêtes clandestines organisées à Downing Street pendant les confinements du début de la pandémie de COVID-19 - ont peu à peu fragilisé sa position, fait chuter sa cote de popularité dans l'opinion et accentué la fronde au sein du Parti conservateur.

La dernière crise en date a éclaté avec la démission il y a une semaine de Chris Pincher, promu en février dernier au rang de chef adjoint chargé de la discipline parlementaire, accusé d'avoir fait des avances appuyées à des collègues hommes dans un club privé.

Le Premier ministre a présenté des excuses publiques lorsqu'il est apparu que Chris Pincher avait déjà été visé plusieurs fois pour des plaintes pour inconduite sexuelle avant sa promotion par Boris Johnson au poste de "deputy chief whip". Boris Johnson s'est défendu en disant avoir oublié ces incidents.

Keir Starmer, le chef de l'opposition travailliste, a estimé que le départ de Boris Johnson était une bonne nouvelle pour la Grande-Bretagne.

"Mais cela aurait dû se produire plus tôt", a-t-il dit. "Il a toujours été inapte à ces fonctions. Il est responsable de mensonges, de scandales et de fraude à une échelle industrielle."

(Reportage Kate Holton et Elizabeth Piper, version française Myriam Rivet et Jean-Stéphane Brosse, édité par Bertrand Boucey)